En passant

Exploration en terre musicale inconnue (19)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1959- Carl Perkins / Good Rockin’ Tonight. C’est la première publication de Carl Perkins en France qui ignore complètement la période Sun. Encore un de ces disques qui doit faire gratter la tête aux fans français de Mr Perkins.

1969 – The Paupers / South Down Road. Excelelnt groupe canadien psyché pop dont c’est la seule publication française. Une belle obscurité.

1971 – Aunt Mary / Jimi, Janis, Brian. Groupe pop norvégien dont la voix du chanteur n’est pas sans rappeler celle de Roger Chapman de Family. Unique single publié en France.

1967 – Duffy’s Nucleus / Hound Dog. Connu aussi sous le nom de Duffy Power, il commença sa carrière comme rocker, mais se tourna vers le blues par la suite. Un assez belle reprise de « Hound Dog » sorti sur un rare EP en France.

1968 – Lee Hazlewood / Rainbpw Woman. Un compositeur et un producteur très connu, Nancy Sinatra lui doit une bonne partie de son succès. Il eut moins de réussite comme interprète , excepté ses duos avec Nancy, malgré sa voix et l’ambiance particulière de ses chansons, dommage.

1969 – Elton John / It’s Me That You Need. Première publication en France pour cette star en devenir, évidemment ce n’est pas son titre le plus célèbre, qui l’a acheté chez les disquaires français de l’époque ? C’est assez ballade pop.

1962 – Nashville Five / Like Nashville. Même si parfois je peux ressembler en matière musicale à un célèbre commissaire à la pipe, il y a parfois des énigmes que je n’arrive pas à résoudre. C’est le cas pour ce disque. Les interprètes ne posent pas de problème, ce sont des requins de studio dont Reg Guest, Andy White, et Big Jim Sullivan. Par contre le disque est bizarre, c’est bien une édition française, pochette et logo différents, mais avec la même référence et titres que la publication anglaise, DFE.6706, alors que normalement le catalogue anglais sous licence était publié en France sous la référence 457 XXX. Je ne connais pas d’autre cas semblable, alors… A part ça, c’est du rock instrumental, mais il y a quand même un titre qui m’intriguait, qui me rappelait quelque chose. Je me suis creusé la tête un moment et j’ai fini par trouver. Ce titre ressemble à un titre enregistré par Michel Page sur son premier disque de 1963 « Tout Au Long De Ma Rue ». Je pense que c’est un accident, mais je vous mets les deux titres et vous verrez qu’il y a un air de famille dans certains passages.

Michel Page

1959 – The Mark IV / Mairzy Doats.  Reprise un peu plus « rock » d’un air de swing de la seconde guerre mondiale, avec la participation de Donald Duck. Sorti par Barclay en single alors qu’il avait les droits de licence sur le label américain Mercury, ce qui fait que l’on trouve aussi les Platters en publication Barclay pour les années 50, avant que Philips ne prenne la relève.

1957 – Domenico Modugno / Moi, Ta Mere, Et Moi. Avant de triompher internationalement avec « Volare », Modugno avait tenté de percer en France avec des chansons interprétées dans la langue nationale. C’est assez drôle, il est très aisé dans le maniement du français. L’ambiance du teste est très néo-réaliste, parallèlement au grand cinéma italien d’après guerre.

1959 – The Impalas / Sorry. Groupe de doo wop interracial assez connu aux USA,leur plus gros succès fut publié en France mais resta un peu dans les bacs des disquaires.

1969 – Jotta Herre / Penina. Cette chanson porte la signature de Paul McCartney, il ne l’a jamais enregistré lui-même. D’après ses dires, il était en vacances au Portugal dans un hôtel du nom de Penina. a l’intérieur, il y avait un groupe local qui faisait de l’animation musicale, McCartney a jammé avec eux et leur a refilé cette chanson composée spontanément et leur a refilé la chose. Le groupe l’a enregistrée et malgré la prestigieuse signature ne fut pas vraiment un succès. Sa publication en France reste très confidentielle,

1966 – The Vogues / Five O’Clock World. Aux USA, les groupes vocaux à succès sont surtout dominés par les Noirs. Mais il y a de notables exceptions blanches, les Four Seasons, les Happenings, Jay & The Americans, les Tokens, les Vogues. Ces derniers placèrent quelques titres dans le top ten entre 1965 et 1968 dont « Five O’Clock World ». En France, bien que le titre aie été publié chez London, on connaît plutôt cette chanson via l’adaptation de Noël Deschamps « A Six C’est Fini ». On ignora pratiquement complètement l’original.

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En passant

Exploration en terre musicale inconnue (18)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1964 – The Downbeats / Je Le Vois. Des Anglais atterris en France, ils accompagnent notamment Moustique et enregistrent aussi en français sous leur nom quelques titres qui ne décollent pas, comme ici cette reprise de « I Can Tell » de Bo Diddley.

1967 – José Salcy / Sophie. Il eut des débuts assez prometteurs et un ou deux titres qui connurent quelques succès. Même parmi les moins connus, on ne peut pas dire qu’il oublia de se construire une discographie où il n’y a rien à jeter. C’est un des chanteurs issu des débuts du yéyé que j’ai encore bien du plaisir à écouter.

1976 – The Stylistics / Sixteen Bars. C’est un groupe issu du « Philadelphia Sound », un mouvement branché musique noire à l’aube du disco. Comme très souvent chez les Noirs, c’est vocalement très intéressant, mais la chanson n’est pas mal non plus. On ne peut pas dire qu’ils devinrent des stars en France, même si ce fut le cas ailleurs.

1968 – Jimmy Walker – Drown In My Broken Dreams. Il fut le batteur des fameux Knickerbockers et aussi de temps en temps, un des deux Righteous Brothers. Il a aussi enregistré pour son compte quelques titres comme celui-ci assez marqué soul music. C’est le seul édité en France,

1961 – The Velvets / Tonight. C’est le genre de disque que l’on peut acheter les yeux fermés si on a envie de se faire un peu de fric et qu’il vous est proposé pour 10 euros. Vous êtes sûrs de le revendre 10, 20, 30 fois plus cher. A peu près tous les disques du style doo wop publiés en France au tournant des sixties sont des pièces recherchées et le prix est fonction de la rareté. Et en plus, c’est toujours vocalement plus que parfait, surtout si la voix est noire.

1970 – Eyes Of Blue / Largo. Il y a une connexion avec le groupe Big Sleep dont un 45 tours sortit en France deux ans plus tard avec le même titre dans un version différente. Cette première tentative d’imposer un arrangement pop sur une pièce de Bach ne rencontra pas plus de succès que la deuxième.

1970 – Purple Heart – Sympathy. Encore une illustration d’une maison de disques, ici Vogue, qui profite du succès d’une maison concurrente (Philips)  pour s’insérer sur le marché des 45 tours. La chanson est la reprise du succès de Rare Bird. Le nom de  l’artiste choisi, Purple Heart, est celui de Jackie Lynton qui est ailleurs un artiste et compositeur à part entière et aussi la voix mâle du groupe People, qui eut un hit la même année avec une reprise de « Hallelujah » de Deep Purple. Voilà vous savez tout !

1970 – The Pentangle / Once I had A Sweetheart. L’un des plus merveilleux groupe de folk progressif anglais avec de prestigieux musiciens comme Bert Jansch, John Renbourn, et la sublime voix de Jacqui McShee. Sorti uniquement en 45 tours promo.

1970 – Tanj(i)a Berg / Na Na Hey Hey Goodbye. Sans doute un astrologue avait prédit une nouvelle invasion allemande, car éditer un version allemande du tube de Steam relevait de la gageure au niveau des possibilités de ventes et de passage radio. Même si la chanteuse est plutôt une vedette en Allemagne, son nom ici ne veut pas dire grand chose, même son prénon a été un peu adouci.

1968 – Eric Burdon & The Animals / Year Of The Guru. Quand la première mouture des Animals se sépara le groupe se mua en Eric Burdon & The Animals, il en profita pour changer ses musiciens. Il s’en suit une période très créative résolument tournée vers la pop. Les productions sortirent sur le label Yameta, d’ailleurs fondé par Chas Chandler, le bassiste des Animals originaux. Barclay en avait la distribution pour la France et ne se priva pas de sortir une flopée de 45 tours extraits des albums dont aucun ne connut le succès et qui sont relativement rares maintenant. Voici celui que je considère comme le plus intéressant, un bon mélange de pop et de psychédélique.

1963 – Nino Tempo & April Stevens / Baby Weemus. Nino Tempo n’est pas un chanteur italien  mais un Américain, April Stevens n’est pas sa femme mais sa soeur. En 1963, ils ont un gros hit avec « Deep Purple » une vieille chanson remise au goût du jour. Publié en France le disque passe assez inaperçu, mais pas pour tout le monde. Sur le même disque figure la chanson que je vous propose, qui fut adaptée par Frank Alamo avec la collaboration de Marjorie Noël « Jolie Frimousse ». Comme de bien entendu peu de gens savent de qui est la version originale.

1960 – Les Baxter / Barbarian. Les baxter est un batteur américain et également un chef d’orchestre. Même s’il n’a pas la réputation d’Henry Mancini, il se défend plutôt bien pour créer des ambiances et des musiques originale. Comme ce titre ici, qui aurait fait merveille comme générique d’une série télévisée avec plein d’espions dedans.

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