En passant

Inventaire musical à la Prévert (56)

Dans l’histoire de la musique en général, on peut affubler un tas de noms à un album, précurseur, ringard, navet, mythique etc… Il y en a quelques uns que l’on pourrait désigner par l’étiquette surréaliste. Remontons en France en 1965. Un sorte d’ange déchu du rock and roll a pour nom Vince Taylor. Lancé à grands coups de pubs par Barclay en 1961, pour essayer de rattraper une vedette qui lui a passé sous le nez au profit de Philips, Johnny Hallyday. La différence est assez visible, Hallyday est un amateur de rock and roll qui a déjà un peu vendu de son âme, Taylor lui est un diable qui incarne le rock and roll et ne jure que par lui. Son handicap principal, il est Anglais et ne pourra jamais chanter en français sans accent. Pour le reste il possède tout, c’est un showman fabuleux, capable d’amener son public à détruire une salle, il le fera au Palais des Sports en 1961. Il a aussi un côté sexy avec ses habits en cuir noir, ses déhanchements accentuent la chose. Au niveau vocal, il ne craint personne, il est à l’aise dans tout, sauf quand il chante en français. On le lance comme un produit de consommation. On lui fabrique une fausse biographie, il est né à Hollywood, il a 19 ans, pour peu il serait le jumeau d’Elvis Presley qui aurait survécu. Le temps de quelques disques et d’une folle épopée qui dura quelques mois, Barclay le met sur une voie de garage. Certains fans ne décrochent pas, Mr Barclay décide de lui donner encore une chance. Nous sommes en 1965, Taylor n’est pas au mieux de sa forme, physiquement c’est parfait, mais mentalement cela pourrait être mieux. Parfois il lui arrive même de se prendre pour Dieu, celui du rock ou l’autre. Malgré tout on recrute quelques musiciens qui formeront le Bobbie Clarke Noise, il retrouve d’anciens Playboys son groupe d’accompagnement, principalement l’un des plus fameux batteurs de son temps Bobbie Clarke, parti chez Hallyday, mais disponible pour cause de service militaire de son employeur. Le reste vient de Johnny Taylor et les Strangers, avec l’ajout d’Yvan Julien à la trompette sur certains morceaux.
L’album est enregistré et publié en 30 com, le premier de sa carrière. Comme on a un peu des doutes sur les qualités de son contenu, certains le trouvent franchement mauvais, on ajoute un bruit de public pour faire croire qu’il s’agit d’un enregistrement live. A l’exception de deux originaux, un vocal et un instrumental, ce sont des reprises de standards déjà connus. Deux titres sont des nouvelles versions de titres figurant dans son ancienne discographie « Long Tall Sally » et « My Babe ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que ceux qui le trouvaient mauvais, n’étaient pas trop des visionnaires. A l’écoute il paraît évident que certains titres frisent la folie, le chanteur est complètement déchaîné, même plus tard dans le punk on ne trouvera pas facilement des trucs aussi déglingués. C’est en cela que je pense que cet album est surréaliste, par certains côtés en avance sur son temps. Il occupe une plece particulière dans ma collection, même que je le cite souvent en exemple.
Malgré tout l’album ne se vendit pas si mal, pas assez pour donner un second souffle. Il a été constamment réédité avec ou sans sans le bruit du public, même récemment. Le voici à vous de trouver les plages les plus folles.

My Babe
Jezebel
Summertime
The Men From El Paso
Long Tall Sally
Trouble
Clank part 1 & 2, instrumental par Bobbie Clarke Noise
High Heel Sneakers
My Baby Left Me

Documents

Document pris lors d’un concert
Whatd I Say, extrait d’un film italien
Twenty Flight Rock, en vrai live

Durant les sixties, la discographie française de distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

Le jazz fut souvent employé comme musique de fond dans les films d’action. Pour le troisième volet de la série de films « le Monocle » de Georges Lautner avec Paul Meurisse en vedette « Le Monocle rit jaune » sorti en 1964, il est fait appel à Michel Magne pour le générique et la musique du film. Il est un compositeur en vue, spécialisé dans le cinéma avec d’innombrables apports musicaux. Souvent, les musiques de films français passèrent au second plan et ne firent pas toujours l’objet de programmations radiophoniques et pour autant qu’elles soient publiées en disque, même si le film fut un grand succès. Ces publications assez rares parce que peu vendues, spécialement celles qui sont orientées vers le jazz, attirent certains collectionneurs et avec le temps deviennent de jolis objets de recherche. Cette BO de film est l’une des plus recherchées parmi celles qu’il composées.

Michel Magne -Ducretet Thomson – 460 V 6478, publié en 1964, meilleure enchère sur Ebay 290 euros.

Le Monocle Rit Jaune, générique
Monocle Story
Le Monocle S’attendrit

2 réflexions sur “Inventaire musical à la Prévert (56)

  1. Bonjour M.Boss,
    De Vince Taylor, j’ai surtout le EP Français où il reprend des Beatles « Bad To Me  » / Tu Chang’ras d’avis …..en français bien sûr !
    Vince Taylor, tout y était, le look (qui me fait penser à celui de Pete Best , (1er batteur des Beatles trop beau qui faisait de l’ombre aux autres , mais aussi batteur moyen il faut le dire, quoique Ringo n’était pas terrible au début) , le déhanché…., il aurait pu plus concurrencer Johnny …hélas l’histoire en a décidé autrement ( pas assez français je pense)
    bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      Je crois surtout que Vince Taylor avait un foutu caractère. Je connais quelques personnes qui l’ont approché, elles n’en gardent pas un souvenir très lumineux. J’ai rencontré une fois sa veuve, mais rien de plus. Il n’en reste pas moins que ce fut un showman extraordinaire. Je l’ai vu une fois en 1967 lors de cette fameuse tournée qui avait mal tourné. Il était déjà un peu l’ombre de lui-même.
      Pour Pete Best, cette histoire m’a été confirmée par Lee Curtis quand je l’ai rencontré en Allemagne. Il avait même été écarté une seconde fois lorsqu’il faisait partie (brièvement) de son groupe les All Stars lors d’une session chez Decca.
      Bonne fin de semaine

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