En passant

Voyage début de siècle (49)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

En route pour Kioto.

Le lendemain, de bon matin, je partais avec mes amis J. et un guide, pour le village de Hozou où commencent les rapides de Katsoura-gawa. Un canot fait de longues planches souples nous attendait; nous y montons et nous abandonnons au courant d’un torrent impétueux. Notre embarcation, livrée au caprice des flots, se soulève brusquement lorsqu’elle touche le lit rocheux de la rivière, et, comme une balle, rebondit sur l’obstacle. De tous côtés se dressent des blocs de rochers contre lesquels nos gens appuient leurs longues gaffes pour nous éviter des chocs dangereux. Nous descendons ainsi durant une lieue et demie entre deux hautes parois rocheuses qui enserrent le fleuve dont les rives sont couvertes de grands bambous aux tiges souples. Les matsous, qui croissent partout, et les hêtres qui sortent des anfractuosités du roc, projettent leur ombre sur les flots verdâtres et écumants. Ce voyagé fécond en péripéties, quoique nullement dangereux, ne se termina que trop tôt, à Arashi-yama, au pied des rapides. Là, nous prîmes, dans une maison de thé, en l’arrosant de nombreuses tasses d’ocha, notre second déjeuner que nous avions emporté.
Pendant tout le repas, la famille de l’hôtelier nous tint fidèle compagnie. La méridienne que la chaleur nous obligea de faire nous donna l’occasion de goûter les charmes du makoura, chevalet-oreiller dont j’ai déjà parlé. Notre sommeil fut intempestivement interrompu par notre guide qui, infatigable, prévenant, empressé, était une perle dans son genre, mais aussi un insupportable tyran. Lui et moi ne nous serions certainement pas accordés. Du matin au soir, il commandait, se mêlant de tout, prenant toutes les décisions, ne tenant compte des désirs de mes amis que lorsqu’ils concordaient avec les siens. Mme J. le surnommait le Tout-puissant, et, quoique à contre-cœur, se soumettait toujours à ses ordres. Au demeurant, c’était un guide consciencieux, ne craignant pas la peine, et multipliant les occasions de nous faire voir des choses intéressantes.
Son patriotisme me plaisait; il évitait de nous montrer ce qui aurait pu jeter un jour peu favorable sur son pays et ses compatriotes, suivant à la lettre les préceptes des singes du temple de Nikko qui ne veulent ni voir le mal, ni en parler. C’est sous cette direction excellente et autorisée que nous employâmes, mes amis et moi, les quatre premières journées à Kioto.

L’ancienne ville des mikados, reine déchue des temps héroïques du Japon, compte aujourd’hui à peine la moitié des 600,000 habitants qu’elle possédait au moyen âge. Choisie comme résidence par le mikado, en 793, agrandie et embellie de toutes manières, elle s’étendait, de l’est à l’ouest, sur une longueur de cinq kilomètres environ, et davantage encore dans la direction nord-sud.
Kioto est la Rome du bouddhisme comme du shintoïsme. Toutes les sectes religieuses aspirent à avoir des représentants et à établir des temples dans la ville sainte. A la fin du XVIIe siècle, il n’existait à Kioto pas moins de 2127 mias (temples et chapelles) shintoïstes. Les bouddhistes possédaient 3893 pagodes. On comptait 52,170 prêtres et vingt sectes différentes. Le mikado était, de par son origine divine, le chef de l’ancienne religion du shinto, qui n’avait pas de clergé. Les employés nommés pour veiller aux affaires du culte finirent, peu à peu, par s’octroyer le caractère sacerdotal.
Si Kioto est déchue, elle a du moins conservé un cachet plus original que les autres villes du Nippon. Ses Geishas, les sirènes du Japon, passent pour les meilleures du pays. Trois livres sterling pour assister pendant une heure à leurs danses, c’est un divertissement coûteux; mais il n’est pas possible de quitter le Japon sans avoir goûté, ce spectacle. Nous nous rendons donc, mes amis, le guide et moi, dans une maison de thé où tout est préparé pour nous recevoir, même les pantoufles que nous passons sur nos chaussures. Après les révérences habituelles, profondes et longues à plaisir, nos hôtes nous conduisent dans un appartement, au premier étage.
Des lampions bariolés illuminent la salle et son balcon qui donne sur le fleuve. Le plancher est couvert de fines nattes. Par égard pour nos membres d’Européens maladroits et peu élastiques, on a disposé à notre intention, sur le balcon, une table et quelques chaises. Toutefois nous faisons notre possible pour nous accommoder des nattes et des coussins; on nous apporte de petites tables noires de cinq pouces de hauteur, sur chacune desquelles se trouve une mignonne corbeille garnie de chrysanthèmes, de boutons, de feuilles de lotus, charmants de forme et de couleur, le tout en sucre. Puis vient une dégustation de saké — dans des gobelets de poupées — et de pâtisseries cuites au beurre, que servent trois vieilles japonaises. Il s’agit maintenant de faire manœuvrer les petites baguettes!

Geishas vers 1900


A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

En passant

Music Emporium (23)

Les Relax, un autre groupe suisse instrumental qui signala sa présence en France avec un 45 tours publié par Decca en 1964. Leur popularité se concrétisa surtout en Suisse du côté de Genève leur ville d’origine. Bien entendu quand on pense groupe instrumental à cette époque, on pense tout de suite aux Shadows, mais les quatre titres du disque font plutôt penser aux Tornados. Le titre « Natacha » composition de Gérald Matthey le guitariste du groupe, fut repris par un groupe rival, les Four Shakers, que nous étudierons dans un autre article. Leur version fut presque plus populaire que celle des Relax, ce qui est sûr c’est que le disque des Relax est beaucoup plus difficile à dénicher. En 1965, la mode des groupes instrumentaux devenant un peu désuète, ils passent au vocaux. Le groupe s’adjoint les services d’un chanteur et compositeur, Jean-Jacques Egli. C’est un ancien Mousquetaire de Larry Greco. Le groupe a la possibilité d’enregistrer quatre nouveaux titres pour Decca. Le disque est publié par l’extension suisse du label et n’est pas publié en France. Le disque bénéficia d’une assez belle promotion, il ne manque d’ailleurs pas de charmes, et on peu affirmer qu’il fut plus diffusé à la radio que le précédent. Trois compositions originales de Jean-Jacques Egli, dont une en collaboration avec Larry Greco. La reprise du disque est une adaptation française de « Rock And Roll Music », alors assez populaire via la reprise des Beatles. Elle n’a rien à voir avec la version de Johnny Hallyday. Une fois le groupe séparé, on retrouvera certains membres dans d’autres aventures musicales, Jean-Jacques Egli est toujours très actif aujourd’hui.

Premier EP Decca 1964.

Natacha.


Paris Après Minuit.


Le Sang Du Soleil. Les fans des Tornados reconnaîtront un petit air de famille avec « Ridin’ The Wind ».


Little Buffalo.


Second EP Decca Suisse 1965.

Clip avec les quatre titres.

1) – Les Gars Bas Les Pattes.

2) 2’42 – Quatre-Vingts Cavaliers.

3) 5’35 – Si Tu Veux Me Suivre.

4) 8’24 – Rock And Roll Music.


Document.

Clip pour la tv suisse. Ridin’ The Wind – Interview – Quatre-Vingts Cavaliers.


Les Sorciers – Groupe de Lausanne qui fut engagé par Ken Lean dans la foulée des Aiglons, c’est également un groupe instrumental. Sur le plan local, ils se distinguèrent en remportant quelques prix dans des concours locaux. Ils eurent l’occasion d’aller ä Paris et d’enregistrer deux 45 tours instrumentaux chez Barclay, aujourd’hui rares. Ils servirent aussi d’accompagnateurs pour Evy lors d’une tournée. Comme pour les Aiglons, les devoirs civiques et les études mirent fin à leur carrière. Seul Michel Saugy continua une carrière musicale et devint un compositeur et interprète de music new âge assez réputé.

Premier EP Barclay 1963.

Parmi les milliers de pochettes de disques que je possède, je trouve celle artistiquement au top.


Cyclone. Un titre où l’on retrouve un peu l’empreinte de Ken Lean.


Caravelle.


Baya – Reprise de Baja des Astronauts.


Youpi Yé. Chant scout. Le clip est suivi à nouveau de « Natacha » des Relax.

Second EP Barclay 1963.

7.65


Thierry La Fronde. Reprise du thème de la série télévisée.


Indicatif.


Monika.


The Ryth’men – Lancés par Beat Graf, un producteur qui s’occupa des Neuf de Choeur, un pendant des Compagnos de la Chanson en version yéyé, groupe qui connut une assez belle renommé locale du côté de la ville de Neuchâtel, et qui eut l’occasion de sortir deux EP’s chez Decca / France et un sur Decca / Suisse. Les Ryth’men viennent de la Neuveville, un gros village au bord du lac de Bienne. Cet EP instrumental très plaisant est leur seule publication, il fut publié par Philips/Suisse. Très rare, une copie peut aller au-delà de 200 euros. Je n’ai malheureusement trouvé qu’un seul titre sur Youtube, mais c’est le meilleur.

The Jag


Les Volcans – Groupe originaire de Montreux, la ville du festival, ils furent aussi patronnés par Ken Lean, alors qu’il était déjà chez Pathé-Marconi. Un seul disque à leur actif, le groupe se sépara peu après suite au décès accidentel du meneur de la bande. On peut les comparer aux Missiles.

EP Columbia 1964.

Sans hésiter. Adaptation de « All Of The Time » de Dave Clark Five.


Quand Tu Nous Tiens – Un original assez plaisant.