Jeter une bouteille musicale à la mer (8)

Si l’Angleterre et les USA avaient un monopole quasi total et mondialement en matière de musique dans les années 60, certains artistes ou groupes parvinrent quand même à se forger une gloire locale et souvent pas la moindre. En imitant les autres le plus souvent, il devinrent des stars locales. Quelquefois leur réputation franchira les frontières. ou à défaut une de leurs chansons. Voyons à travers quelques pays quelques unes de ces idoles glorieuses dans un coin du monde. Commençons par l’Allemagne

The Rattles

Incontestablement le plus populaire groupe allemand et des talents certains. Gros succès dans le pays avec une percée sur le plan international en 1970 et la chanson « The Witch ». Leurs répertoire fut assez standard, mais avec pas mal de titres originaux. Le groupe connut d’innombrables changements de personnel.

The Lords

Les nos 2, très populaires sans jamais égaler le succès des Rattles. Coupes de cheveux en mop, ils puisaient une bonne partie de leur répertoire dans le folk auquel ils ajoutaient une touche beat. Un de leurs premiers hits, une version rock du fameux « Greensleeves ».

Casey Jones & Governors

De vrais anglais, ce groupe intégra un certain Eric Clapton qui décida de rester dans son pays quand le groupe voulut aller en Allamagne. Clapton rejoignit les Yardbirs et connut le succès que l’on sait par la suite. Quant aux autres, ils ne réussirent pas trop mal en Allemagne et devinrent l’un des groupes les plus en vue. Base très rock and roll

The Liverbirds

J’ai toujours été fasciné par les groupes féminins, j’entends par là pas seulement les groupes vocaux, mais ceux qui s’coompagnent instrumentalement. Pas de quoi m’extasier, ils sont assez rares. En voici un des plus beaux exemples en ce qui concerne les sixties. Quatre jeunes anglaises qui vont tenter leur chance en Allemagne. Et cela marche plutôt bien. Elles enregistrent deux albums et quelques singles.
La bassiste marie Frank Dostal des Rattles pour les faits mondains et pour la musique, elle ne font pas dans la guimauve, mais s’inspirent plutôt de Chuck Berry ou Bo Diddley. Sans être exceptionnels, leur enregistrements méritent la mention bien.

Lee Curtis & All Stars

Un autre anglais qui trouva en Allemagne de quoi voler plus haut. Il commence en Angleterre chez Decca et enregistre sans grand succès. Son principal atout, il a un type de voix à la Presley et est plutôt beau mec. Il file en Allemagne et fait du célèbre Star-Club de Hambourg son fief. Il y chante quasiment tous les soirs et plusieurs fois. Il serait, d’après ses dires, entré sur la scène plus de 7000 fois. Il rencontre toutes les stars qui s’y produisent, les Beatles, Johnny Kidd, Jerry Lee Lewis, Jimi Hendrix, c’est une encyclopédie vivante. Un accident de voiture en 1967, dans lequel il n’est pas blessé, met un terme à sa carrière. Il vend tout son matériel pour payer les frais d’hôpitaux des autres passagers. Il rentre en Angleterre et finira comme directeur d’une chaîne d’hôtels. Il revient sur scène régulièrement surtout en Allemagne où il est encore très apprécié.

Ian & Zodiacs

Toujours des Anglais pour les mêmes raisons, le marché national est saturé. Ian et les Zodiacs fut un groupe très en vue et ma foi plutôt bon. Deux titres, le premier « All Of Me », un standard du jazz modulé pour en faire quelque chose de plus appréciable par le génération beat, une belle réécriture. Le second, un original de très bonne facture « No Money No Honey ». Ils se produisent encore.

The Remo Four

Un groupe qu’on ne peut pas passer sous silence, tant pour ses qualités que pour le succès relativement important qu’il a connu. Ils sont de Liverpool et marchent sur les traces des Beatles à la fameuse Cavern. Ils deviennent les accompagnateurs de Tommy Quickly et Johnny Sandon sur disques. C’est encore une fois l’Allemagne qui les adoptent. Dans leurs rangs on compte Tony Ahston, plus tard célèbre dans le trio Ashton Gardner & Dyke et un guitariste soliste assez talentueux Colin Manley. Ils seront recrutés par George Harrison en 1967 pour son premier essai solo « Wonderwall », musique de film. Ils se séparent définitivement vers la fin des sixties. Quelques beaux titres enregistrés en Angleterre et surtout en Allemagne laissent de bons souvenirs et surtout un potentiel mal exploité par les producteurs.

The Rainbows

Cette fois-ci c’est vraiment un groupe germanique. Ils trouvèrent l’astuce d’enregistrer un titre très élémentaire, très accrocheur, des paroles simplistes. Ce fut un cyclone en Allemagne et pas mal de pays alentours. D’innombrables versions en furent enregistrées et fut au répertoire de tous les groupes sur scène. Succès autant grand que sans lendemain.  Alors écoutons ce fameux « Balla Balla ».

The Yankees

Quelques groupes chantaient aussi en allemand, c’est normal quand on est citoyen du pays. Un peu la même recette que le précédent, accrocheur et dansant. Ecoutez et vous verrez, même si vos détestez l’allemand.

Francesca et moi

Elle avait l’air un peu triste d’une femme qui prépare sa bouillotte par un soir d’hiver, en sachant que son homme ne viendrait pas la rejoindre dans son lit. Des hommes, je crois qu’elle n’en a jamais connus.   Pas quelle soit moche, non, pas franchement une beauté non plus. Elle avait assumé le destin de ces pauvres filles de la relativement misérable Italie de l’après guerre, obligées de s’expatrier pour trouver un travail souvent mal rétribué dans un quelconque pays d’accueil. Elle venait de Piacenza, cette ville d’Italie où le Pô s’attarde, conquis par le ciel de l’Emilie-Romagne et le charme de ses vins. Elle parlait un français approximatif, très teinté d’accent de son pays, avec la particularité de prononcer le tu ou tout en tuut, ce qui nous donnait parfois l’impression qu’une locomotive à vapeur allait entrer dans le salon. Une fois en se rendant à la boucherie, désirant une tranche de veau et ne connaissant pas le mot français, elle demanda simplement une tranche du fils de la vache. Elle avait ouvert un petit atelier de couture à domicile, entreprise dont elle était l’employée, la directrice et la seule actionnaire. Elle était assez habile de ses mains et, ma foi, une bonne partie de la  bourgeoisie de la ville, presque toujours des dames, venait volontiers lui confier des travaux. Francesca a pourtant joué un rôle essentiel dans ma présence en ce bas monde, c’est par son intermédiaire que mon père à rencontré ma mère. Comme vous le voyez, tout est relatif en ce bas monde, autant que dans le théorie d’Einstein. Le moindre petit fait banal peut avoir une importance capitale pour vous. Elle était en effet une copine de ma mère, rencontrée lors d’une de ces réunions amicales  qui font que les gens d’un même pays ou région, ont une certaine tendance à se rejoindre sous d’autres cieux. Ma mère était justement la gouvernante d’une famille de bourgeois de la ville qui venait lui apporter du travail. Si ma mère a aussi des origines italiennes, par contre elle avait fait d’assez bonnes études dans son pays natal, surtout elle parlait et écrivait le français d’une manière quasi impeccable. Ma passion pour l’écriture vient sans doute de là, je suis bien le fils à ma maman. Quand je suis venu au monde, nul doute qu’elle se considérait un peu comme mon sponsor. Elle avait une certaine affection pour moi, j’étais un peu son fils. Elle n’oubliait jamais Noël et je recevais de sa part un cadeau de circonstance. Comme nous n’habitions plus  la même ville, ma mère avait l’habitude de rendre une visite à ses anciens patrons et à sa copine par la même occasion et parfois je l’accompagnais. Une fois ou l’autre, c’est elle qui venait chez nous.

Lors d’une de ces visites, c’était vers le milieu des années soixante, elle se livra involontairement à un petit jeu qui m’intéressa. J’avais déjà une libido éveillée et je n’ignorais pas que sous les jupes des dames se cachait de terribles et agréables secrets que seules les personnes autorisées pouvaient voir. Vu mon âge à ce moment là, je ne pouvais que tenter d’en savoir plus par indiscrétion ou d’attraper au vol quelques visions furtives.  Une partie de ces secrets était d’ailleurs assez visible par les bosses que faisaient ses jarretelles sous sa jupe assez serrée. Je dois dire que je me régalais du spectacle et la pauvre ne se doutait point de mon intérêt pour ses jambes et le reste, surtout le reste. Après dîner, en attendant le café elle se rendit sur le balcon pour admirer la vue, splendide, que nous avions depuis notre appartement. Ne sachant pas que je l’observais, elle s’assit sur une chaise qui se trouvait là et commença à jouer, disons-le comme cela., avec les boutons de ses jarretelles, toujours bien visibles en relief sur sa jupe. Je n’en perdais pas une miette. Le jeu dura tant qu’elle ne se sentit pas observée et ne vit venir personne. J’imagine ce qu’elle aurait pu faire dans l’intimité, mais c’est une autre histoire.


Après cette bien innocente histoire, quelques années plus tard, elle fut à nouveau la complice involontaire d’une séance d’observation qui ne me laissa pas de marbre. Je suis allé chez elle un peu par obligation, en voiture, car j’ai grandi depuis l’anecdote précédente et je conduis maintenant, pour amener ma mère chez elle. C’était pas vraiment une corvée, car je savais que j’aurais l’occasion de boire un de ces bons cafés à l’italienne, trois cuillères de café pour un dé à coudre d’eau. Et puis, c’était aussi un peu le plaisir de me replonger dans la langue de Dante. En rien, je ne devais regretter ma visite. Tout commença par un séjour au petit coin, où  je vis quelques paires de bas soigneusement alignées sur un séchoir. Cela m’indiqua qu’elle n’avait pas passé aux collants comme la presque totalité des femmes converties à cette détestable mode, avec le consentement, plus que l’approbation, du copain ou du mari. Il y avait au moins deux irréductibles résistants, San-Antonio et moi. Lui, dans ses romans il voyait des bas partout, moi beaucoup moins car je ne suis pas un romancier. Mais la suite de l’histoire aurait pu sortir d’une histoire de ce cher commissaire. Cette histoire, vous la découvrirez dans le prochain épisode de mes folles aventures…