En passant

Inventaire musical à la Prévert (43)

Si je devais citer mon album préféré des Beatles, je serais bien en peine d’en citer un. Il y en a que j’aime plus que d’autres, aucun que je déteste. Le premier que j’ai possédé fut « Hard Day’s Night », acheté un peu par hasard. Une nièce à mon père, donc une cousine pour moi, mais nettement plus âgée que votre serviteur, m’avait filé du pognon. J’ai couru au magasin le plus proche. Parmi les albums proposés, c’est celui-là qui m’intéressait le plus. Le suivant fut « Rubber Soul », j’aurais pu acheter les précédents, mais voyez-vous, je ne rencontrais pas tous les jours la nièce à mon père. Il y a plus de 50 ans qu’elle est morte, mais chaque fois que je réécoute ce premier album, je pense à elle. Sans le vouloir, elle s’est offert un « in memoriam » via les Beatles. La musique quel aide mémoire !
Cet album à « l’âme en caoutchouc » est intéressant sur bien des points. Il montre à l’évidence que les Beatles n’étaient pas complètement dans leur bulle, ils savaient aussi écouter et se laisser influencer par d’autres artistes, une tendance musicale en évolution. Par exemple dans l’album « Help » la chanson « You’ve Got To Hide Your Love Away » ressemble assez à un clin d’oeil à Bob Dylan. Jusqu’ici, on était un peu dans une certaine tradition instrumentale, guitare, guitare, basse, batterie, avec quelques petites apparitions de piano ou d’orgue et l’addition de certains artifices sonores en quantité homéopathique. Avec « Rubber Soul », on franchit un pas de plus, l’apparition de nouveaux instruments comme le sitar, une recherche de nouvelles sonorités évidente à l’écoute. Les compositions sont plus intimes, des paroles abordent des sujets plus personnels ou plus imagés. Plus encore, c’est surtout le premier album des Beatles que l’on peut qualifier d’expérimental. Mais, et c’est là peut-être la chose la plus extraordinaire chez les Beatles, c’est que cela reste très mélodique et facilement abordable par le premier passant rencontré. Le subtile différence n’apparaît qu’aux initiés. Beaucoup de choses se racontent sur cet album, mais plus que d’en parler pendant des heures, c’est de l’écouter. Le voici…

Drive My Car
Norwegian Wood
You Won’t See Me
Think For Yourself
The Word
Michelle
What Goes On
Girl
I’m Looking Through You
In My Life
Wait
If I Needed Someone
Run For Your Life

Durant les sixties, la discographie française de distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

Combo britannique typique du milieu des sixties, les Nashville Teens connurent leur moment de gloire avec leur reprise du fameux titre, mais jusque-là assez obscur, de John D. Loudermilk « Tobacco Road ». Grâce à eux, il passa à la postérité pour devenir un standard très repris. Ils renouvelèrent ce succès dans une moindre mesure avec un autre emprunt au même compositeur « Google Eye », un nom qui a fait son chemin depuis. On retrouvera ces titres sur le premier EP paru en France. Côté anglais, pour changer un peu, ils enregistrent un original écrit par un duo externe au groupe « Find My Way Back Home ». Le titre ne marche pas trop bien, mais il devient un tube en France via l’adaptation de Ronnie Bird « Fais Attention ». On décide alors de refaire appel à la vieille méthode, reprendre un titre de Loudermilk « The Little Bird ». Bonne idée, ce sera un hit, mais via la version de Marianne Faithfull. Merci Decca d’avoir mis en concurrence les deux versions. Decca France se décide è sortir un nouvel EP comprenant ces deux titres. Nul doute que le succès de Ronnie Bird incita cette publication. D’après mes observations, ce second EP est nettement plus rare que le premier, mais dans les enchères ou parmi les collectionneurs, le premier attire plus d’amateurs par la présence de « Tobacco Road ». Ce qui fait que les prix sont sensiblement les mêmes pour un ou l’autre, avec un petit plus pour le second. Mais les prix restent quand même assez modestes par rapport aux prix atteints par le EP publié en Allemagne, même pochette mais titres différents, et le LP américain sur London, seul LP paru de leur vivant. Les prix atteignent deux à trois fois plus que les éditions françaises. Je n’ai d’ailleurs pas toujours bien compris cette différence. A titre de consolation le EP anglais, identique à la publication allemande fait aussi des scores modestes.
Il n’en reste pas moins que les Nashville Teens ont un une assez belle aura dans l’histoire du british beat. Quelques uns de leurs enregistrements sont plus que de simples « disques de plus » et valent largement le détour. Je pense à quelques titres vers 1968 qui sont des monuments d’originalité, comme fut la partie vocale à deux chanteurs solistes avec Ray Philips et Arthur Sharp. N’oublions pas qu’ils servirent de groupes d’accompagnateurs à Carl Perkins et surtout Jerry Lee Lewis sur son fameux album live au Star-Club de Hambourg, l’une des plus chaudes galettes du rock and roll. Au fil des arrivées et des départs, ils virent le batteur Barry Jenkins rejoindre les New Animals d’Eric Burdon et le pianiste John Hawken rejoignit Renaissance avec deux anciens Yardbirds, Keit Relf et Jim Mc Carty. Quand à Ray Philips, il a fait perdurer le nom du groupe jusqu’à aujourd’hui, seul survivant de la période glorieuse.

The Nashville Teens – Decca 457074 publié en 1965, meilleure enchère sur Ebay 129 euros.

Find My Way Back Home
Devil-In-Law
The Little Bird
Whatcha Gonn DO – Version studio en playback

Sans doute après avoir pris un solide apéritif, les Nashville Teens débarquent sur une scène parisienne pour chanter « Find My Way Back Home ». La sono n’est pas au sommet et les chanteurs encore un peu à la cave. Cela doit dater de la même époque, je me souviens très bien de les avoir entendus, invités à Salut les Copains. Ensuite un clip avec le groupe aujourd’hui, enfin juste hier, et leur plus gros hit.

En passant

Inventaire musical à la Prévert (42)

Le premier album des Doors est incontestablement une pièce maîtresse de la musique des sixties, et celle des Doors en général, du 20ème siècle. Un poète, Jim Morrison, un peu maudit, et des musiciens qui s’intègrent parfaitement dans la couleur des paroles, c’est l’image en relief des Doors. La magnifique réussite du single (no 1 USA) extrait de l’album « Light My Fire » fut un bon tremplin pour lancer leur carrière. Déjà à ce stade, Morrison et les Doors ont pu un peu grincer des dents, car la publication en single du succès ampute la chanson de 4 minutes pour des raisons d’occupation d’antenne radio. Il était pour l’époque absolument inconcevable de diffuser un titre aussi long. Jim Morrison était aussi peu à l’aise dans le showbiz qu’un chat dans un cage avec un tigre. Malgré tout, la musique ne s’en ressentit point, pendant presque cinq ans ils publièrent des albums tous enchanteurs pour une chose ou pour une autre, et même plusieurs. Contrairement à la créativité de certains groupes, la leur ne s’épuisa pas au bout d’un ou deux albums. Même que l’on peut considérer le dernier « L.A. Woman » comme un sommet. Les générations suivantes semblent avoir un certaine admiration pour la musique des Doors, pour autant qu’ils soient un peu curieux. On retrouve assez facilement un album ou l’autre dans leur discothèque. C’est du baba cool qui passe bien.
Bien entendu cet album appartient à l’ère psychédélique, c’est sans doute une des premières grande ventes du genre. L’album contient deux reprises, la plus évidente reste « Bank Door Man » d’Howlin’ Wolf, mais on est bien étonné de trouver la reprise d’une chanson allemande des années 30 « Alabama Song » composée par Bertold Brecht. C’est assurément Morrison qui l’a imposée, pour des raison que l’on peut entrevoir, deux esprits qui se rejoignent. Brecht ne l’a pas vu, mais c’est depuis la reprise des Doors que sa chanson est devenue iconique. Mais plus que des paroles, écoutons, récoutons, découvrons-le. Ces mecs sont extra!

Break On Through
Soul Kitchen
The Crystal Ship
Twentieth Century Fox
Alabama Song
Light My Fire
Back Door Man
I Looked At You
End Of The Night
Take It As It Comes
The End,, iconique chanson dans le film « Apocalypse Now »,
Light My Fire, version expurgée en live
The Crystal Shio – Sur le playback quelques images filmée de Morrison

Durant les sixties, la discographie française de distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

Les Doors arrivèrent juste à temps pour profiter d’une publication française sous forme de EP. Il y en a deux, mais l’un beaucoup plus rare que l’autre. Je pense que c’est un peu l’empressement de publier quelque chose d’eux en France qui fait sa rareté. C’est bien entendu Vogue qui distribuait les Doors en France sous licence Elektra. Je ne sais pas comment Vogue a eu connaissance des publications américaines. La première publication et de beaucoup la plus rare comprend quatre extraits du LP, mais pas leur fameux premier hit. On peut imaginer que Vogue ne soupçonnait pas qu’il allait en devenir un et un gros en plus. Une fois le fait connu, on n’allait pas faire l’impasse sur un no 1 aux USA. Donc, Vogue publia un autre EP avec le titre en vedette. Les ventes furent certainement meilleures, reléguant dans l’ombre la première publication. L’avantage et une des raisons que les collectionneurs veulent aussi le second, c’est la seule édition sixties qui contient le tube en intégrale, les 7 minutes de durée remplissant une face du disque. Il ne contient en fait que trois titres au lieu de quatre. En même temps, Vogue publia aussi un single a l’intention des jukeboxes, mais il contient la version expurgée.

The Doors – Vogue Int 18129, publié en 1967. Meilleure en chère sur Ebay 550 euros

The Doors – Vogue Int 18145, publié en 1967. Meilleure en chère sur Ebay 252 euros

Voici un exemple d’un disque dont on recherche la pochette plus que le disque lui-même, un peu comme le « sandwich cover » des Beatles, sans toutefois atteindre son prix un peu dingue. Cela concerne un des actes majeurs du british beat, les Hollies. Ils font partie de la poignée de groupes qui pouvaient prétendre faire une certaine ombre aux Beatles. Ils existent encore aujourd’hui avec deux membres originaux. Le groupe cassa la baraque en Angleterre alignant les hits et les no 1, 2, ou 3, connut une renommée internationale, mais bizarrement fut passablement boudé en France. Les disques furent régulièrement édités ici sous forme de EP’s. Ils sont tous relativement rares, et une centaine d’euros pour une copie n’est pas impensable. Mais celui qui nous intéresse, le plus recherché, fut publié en 1966 avec deux pochettes différentes, l’une sans photo du groupe, l’autre avec. C’est cette dernière qui est prisée par les collectionneurs en y mettant parfois un bon prix. Il contient deux gros hits anglais, qui n’eurent pratiquement pas de succès français.

The Hollies – Odeon EP MEO 125, publié en 1966. Meilleure en chère sur Ebay 177 euros avec photo, 25 euros sans photo.

Bus Stop
Don’t Run And Hide
I Can’t Let Go
Running Through the Night