En passant

Exploration en terre musicale inconnue (15)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1958 – Ruth Brown / This Little Girl Gone Rockin’. Ruth Brown est une artiste noire de R&B assez connue aux USA, mais beaucoup moins en France. Sur cette publication française de 1958, alors que l’on se plaignait de la rareté des publications de disques de rock and roll, en voici un exemple passé inaperçu.

1968 – The Pretty Things / Talking About The Good Times. Un peu comme les Moody Blues, les Pretty Things abandonnèrent leur racines blues pour se tourner vers des choses plus progressives. Si leur 45 tours chez Fontana sont relativement courants, ils en va autrement de ceux sortis chez EMI. Voici le premier de la série. C’est juste l’époque où je les ai vus sur scène, avant de les revoir 45 ans plus tard.

1961 – Marie Laforêt / St Tropez Blues. Mais oui Marie Laforêt n’est plus, c’est dommage c’était pour le moins un excellente chanteuse.  Dans la presse j’ai constaté qu’aucun journaliste n’était capable de citer juste son premier disque. Non ce n’est pas « Les Vendanges De L’Amour » mais celui-ci avec Jacques Higelin. Evidemment c’est moins connu et c’est pour les besoins d’un film.

1969 – Octopus / Laugh At The Poor Man. Groupe anglais enregistrant pour le naissant label Penny Farthing. Très dans le vent de l’époque avec ses harmonies vocale bien fouillées. pas assez pour conquérir la France. Très plaisant !

1970 – Family / The Weavers Answer. Quelques singles de Family sont parus en France sans être très visibles. Dominé par la fantastique voix du chanteur Roger Chapman, c’est un des très grands groupes pop toutes tendances confondues.

1965 – Kim Fowley / The Trip. Le légendaire producteur a enfanté sans le vouloir cette très belle pièce de collection française sur le label Vogue. Une petite anecdote, un pote musicien qui l’avait rencontré par hasard à New York dans les années 1990, lui a demandé s’il voulait produire le groupe dans lequel il jouait. Fowley lui a répondu : C’est 5000 dollars par jour !

1968 – Linda Tillery & Loading Zone / No More Tears . Seule publication ici de ce band américain, chanteuse noire et musiciens blancs très R&B, assez populaire aux States dans les concerts. La chanteuse est toujours en activité.

1970 – Stray / Only What You Make It. Un de ces groupe anglais assez peu connu mais prisé des collectionneurs.  Cela pourrait faire penser à du Deep Purple pour ce titre.

1965 – The Deejays / Blackeyed Woman. Groupe d’origine anglaise exilé en Suède. Ils enregistrent cette pièce devenue légendaire et combien merveilleuse, parue en France sur un rare EP  très difficile à dénicher. Un casse tête pour beaucoup de collectionneurs.

1967 – The Rokes / Let’s Live For Today. Emmenés par Shel Shapiro, les Rokes sont des anglais émigrés en Italie. Ils deviennent immensément populaires dans la Botte en se posant un peu comme des Beatles italiens. Ils chantent en italien et en anglais principalement des adaptations de titres anglo-américains. Un de leurs succès originaux composé par le chanteur, « Piangi Con Me » est repris en version anglaise sous le titre que je vous propose ici. Les deux titres sont édités en France par RCA sous deux EP’s différents, sans qu’ils soient remarqués. Par contre en Amérique, les Grassroots reprennent ce titre et en font un succès et même un standard. Plutôt marrant, RCA qui les distribue en France, sans doute un peu refroidi par l’insuccès des Rokes, publie plusieurs disques d’eux mais pas celui-là.

1963 – The Blackjacks / Woo Hoo / The Red Dragon. En 1963, les Blackjacks décident de réactiver pour le label anglais Pye, un hit des Rock-A-Teens, groupe vocalo-instrumental qui fut classé dans les chars US en 1959, « Woo Hoo ». Disque facilement contagieux, il ne se classa pas en Angleterre bien que régulièrement publié. Quelques passages radio auraient suffi pour le faire démarrer, ce qui ne se produisit pas. Vogue décide de le publier en France où ce titre est inconnu, car la version originale ne fut pas publiée. Couplé avec un single de la chanteuse Pat Harris à laquelle ils servent de backing band, le EP ne rencontra pas plus de succès chez nous. Je vous file également l’autre face qui est un bon instrumental à la Shadows.

1969 / Little Richard / Baby What You Want Me To Do. Il existe sur le marché français un nombre impressionnant de 45 tours de Little Richard. On y retrouve bien sûr ses grands classiques car c’est un des influences majeures du rock and roll. Dans sa carrière, il n’a pas fait que du rock, mais aussi du gospel et devint aussi dans les années 60 un très compétant chanteur de rhythm and blues et de soul music. Certains de ses disques ne furent publiés que sous la réputation de son nom et l’on peut y trouver des choses très hétéroclites, comme cette reprise de ce célèbre titre de Jimmy Reed pas si mal roulée.

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Exploration en terre musicale inconnue (14)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

Pour varier, nous irons faire un tour en Allemagne selon le même principe. Durant les sixties le scène musicale allemande fut beaucoup plus animée qu’en France, ici les groupes sont presque une exception, tandis qu’outre-Rhin c’est le contraire. Mais on retrouve le même phénomène, ne devient pas star qui veut, les fonds de tiroir et les obscurités existent aussi. Je parle uniquement de 45 tours et si certains des artistes que je cite ici ne devinrent jamais des stars, les plus chanceux d’entre eux eurent une renommée locale. Ce qui est encore plus certain, c’est qu’ils furent complètement ignorés en France-

1965 – The Details / What Shall I Do. Dans les sixties le label Bellaphon était plutôt un label mineur, signant des artistes secondaires sans vraiment que ceux-ci éclatent au niveau national. Voici un exemple de 1965 sur ce label, un de ces groupes qui existaient parmi des centaines sur la scène musicale allemande très prolifique. Ce disque, je l’ai découvert grâce à un collectionneur allemand, et comble de bonheur il en avait une copie à double. C’est musicalement assez proche du garage punk américain. Toutefois au moins une licence Bellaphon fut publiée par President en France (Casey Jones & Governors). Plus tard au tournant des seventies, le label se hissa au rang de major, publiant notamment le label Chess et en 1977 les fameuses bandes des Beatles au Star-Club.

1967 – The Savages / Why Don’t You Say. Même label, autre groupe avec un nom plutôt prétentieux quand on écoute leur musique.

1965 – The Kentuckys / Uncle Willy. Encore du Ballaphon avec la reprise d’un titre R&B assez obscur popularisé par Zoot Money et Brian Poole & les Tremoloes. Ce groupe obtint une petite popularité en Allemagne, un peu parce qu’ils avaient des cheveux plus longs que la moyenne et aussi habillés en femmes pour la rigolade. Cette version est plutôt bonne.

1965 – The Rollicks / Das Totenschiff. Le hit des Islanders repris en France par Sacha Distel & Sheila (Un Bateau S’en Va), ici en instrumental. Les Rollicks eurent un petit goût de succès avec leur reprise du « Let’s Go » des Routers.

Frederic & Rangers / I’m On The Outside. Ce groupe fit deux tentatives phonographiques dont celle-ci. Peu connus même en Allemagne. Cela fait au moins 50 ans que je n’avais pas entendu ce disque que j’avais jadis possédé.

1966 – The Faces / Cry Cry Cry. Un de ces groupes surtout connus pour avoir occupé la scène du Star-Club de Hambourg. Très souvent en dehors de celle-ci ils n’étaient pas grand chose. J’ai eu la chance de rencontrer le batteur de ce groupe en 2002 en Allemagne, Mr Niels Taby. On a un peu discuté entre deux bières, très sympathique, il m’a signalé que sa grande passion c’était Johnny Kidd. A part ça une belle reprise du titre de Bobby Bland.

1966 – Ian & Zodiacs / No Money No Honey. Un groupe d’origine anglaise assez ambitieux qui publia quelques belles galettes surtout en Allemagne avec des succès modérés.

1965 – The Blizzards / I’m Your Guy. A l’étranger ils sont surtout connus pour avoir enregistré en allemand une cover de « Heart Full Of Soul » des Yardbirds. Mais ils chantent aussi en anglais et c’est pas mal du tout.

1968 – The Blackbirds / No Destination. Une petite perle alors que la musique se faisait un peu plus planante. De tous les disques que je vous ai proposés ici, c’est certainement celui que j’ai écouté des centaines de fois, eh ou ça fait 50 ans.

1964 – The Javalins / Scherben. La tentation d’une carrière en Allemagne n’était pas le fait uniquement des Anglais. Ce groupe était bel et bien hollandais, mais testa le coup en Allemagne avec une adaptation toute germanique de « Bits And Pieces » de Dave Clark Five.

1967 – The Ones / Lady Greengrass / Love Of Mine. C’est une des plus prestigieuses pièces de collection du label Star-Club pour au moins deux raisons. La première c’est que cela n’a pas marché, la seconde c’est que ce groupe est une première mouture des célèbres Tangerine Dream. Et que c’est beau !!!

1966 – The Rebbels / Come Back. Après avoir joué le jeu des albums de reprises quelque chose de plus original, du beat et de la fuzz guitar. C’est toujours un de ces disques, qui sans être exceptionnel se trouve très bien dans une collection pour les amateurs du genre. Je le possède même avec une pochette aux couleurs alternées dont je n’ai vu mention nulle part, le lettrage est violet au lieu d’être rouge. Le monde est plein de mystères…