Exploration musicale en terre inconnue (12)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.
Pour ce chapitre, nous allons plutôt nous attarder sur des chansons en français.

1984 – Noel Deschamps / Noir Mon Frère. Après avoir été un des seconds couteaux, mais avec une grosse lame, de la vague yéyé dans les années 60, son étoile commence à pâlir à la fin de la décennie.  Malgré son talent évident, il peine à reconquérir les foules et enregistre sporadiquement quelques singles. En 1984, il est signé par Virgin pour un 45 tours dans lequel il reprend en version française (« Noir Mon Frère », le très connu « Neighbour Neighbour » de Jimmy Hugues. La promotion fut assez bonne, mais le disque n’émergea pas vraiment.

1959 – Jacques Revaux / Que Fais-Tu Là ? Pour les spécialistes, Jacques Revaux est avant tout avec Claude François le compositeur de « Comme D’Habitude », chanson qui a fait le tour du monde après 1968. Mais il tenta pendant longtemps de percer en tant qu’interprète à partir de 1959. Sous son nom et sous pseudonyme, il essaya tous les trucs, originaux, adaptations, changement de label, pour un maigre résultat d’ailleurs très peu visible chez les vendeurs de collectors. Voici son premier essai en 1959. Je pense que cela aurait pu faire une bonne chanson de film noir français.

1964 – Ria Bartok – Et Quelque Chose Me Dit. Exemple type de ces chanteuses qui étaient lancées à tour de bras dans la compétition des idoles de demain. N’étant que des interprètes, on cherchait un peu toutes les chansons anglaises qui étaient encore libres sur le marché des adaptations possibles, comme ici la reprise d’un titre rendu célèbre par Herman’s Hermits et Goldie & Gingerbreads. Elle fut quelque peu populaire, mais n’accéda jamais au titre de vedette. Elle périt dans un incendie en 1970, mais cela ne l’immortalisa pas.

1967 – Marjorie Noël. Au Temps Des Princes Charmants. Avec elle, ce fut un peu différent. Elle connut quelques bons petits succès, représenta Monaco à l’Eurovision en 1965 et devint pratiquement une star au Japon en enregistrant aussi dans la langue nationale. Mais le succès est futile, victime d’un sérieux accident de voiture en 1966, elle subit un traitement qui l’a fit grossir. Après un dernier disque, celui-ci, Barclay rompt son contrat. Elle abandonne la chanson et se marie. Elle est décédée en 2000, comme le dit un de ses fils à quelque part : « Dans l’indifférence la plus totale », sauf peut-être au Japon où l’on s’intéresse encore à elle.

Curiosité, chanson en japonais inédite en France.

1972 – France Gall / Frankenstein. Dans la discographie de France Gall que l’on peut qualifier de standard, voici une des pièces les plus recherchées et les plus obscures de sa discographie. Après avoir quitté Philips, elle enregistre pour La Compagnie, le label fondé par Hugues Aufray qui fait faillite. Elle se retrouve chez Pathé-Marconi où Gainsbourg lui écrit ce titre qui n’a de loin pas le retentissement de ses anciens succès pour la même chanteuse. Pour la suite, Michel Berger n’est pas très loin…

1965 – Bernard Laféraud / Une Fois Au Moins. A part moi et une poignée de spécialistes ou de nostalgiques, qui se rappelle encore de cette chanson ? Ce fut pourtant un petit succès que l’on pouvait entendre à la radio. Il enregistra d’autres disques qui ne connurent pas de retentissement significatif dans les circuits nostalgiques. Ce n’était pourtant pas si mal torché pour de la chanson nouvelle vague.

1966 – Peter Flam / il Ne Faut Pas Pleurer. Avant d’être plus connu sous le nom de Claude Puterflam, il enregistra un premier EP chez Vogue pas inintéressant musicalement. Jacques Dutronc composa ce titre avec lui, pas très loin de ce qu’il pouvait faire pour lui.-même. C’est un titre qui peut se rapprocher du garage punk américain avec sa fuzz guitar.

1963 – Tony Fontana / Quand il sera de retour. En Angleterre, on prit l’habitude de lancer un disque parce qu’il avait une connexion avec les Beatles, un chauffeur de taxi qui avait pris les Beatles en charge pouvait presque espérer un contrat pour autant qu’il possède un filet de voix. En France, dans certains cas ce n’était pas différent, on remplaçait par Johnny Hallyday. C’est le cas pour Tony Fontana, qui fut aux dires de Decca, un de ses musiciens, On lui fit enregistrer 4 titres en 1963, quatre adaptations, dont « Wait Till My Bobby Gets Home » de Darlene Love, l’égérie de Phil Spector et ex chanteuse des Crystals. Le chanteur n’a pas la magie de Darlene Love et l’orchestration ne peut se comparer aux arrangements de Phil Spector. C’est sa seule apparition phonographique pour un résultat qui ne bouscula pas le monde des yéyés.

1980 – Chantal Bassi – A Peine Inhumaine. Chantal Bassi, c’est Chantal Kelly qui en 1965, du haut de ses 15 ans et de son mètre et demi, enregistra deux ou trois succès dont le fameux « Caribou » devenu un titre emblématique chez les Anglo-Saxons. Le succès s’amenuisant, elle cesse d’enregistrer en 1968. Elle tente un comeback en 1980 sous son vrai nom en abrégé et adopte un style d’époque. Publié par CBS, elle bénéficie d’un bref petit retour dans l’actualité, sans que beaucoup de personnes remarquent qu’il s’agit d’une réincarnation de Chantal Kelly. Comme certaines de ces chanteuses qui eurent la chance d’enregistrer autre chose que des bruits de courants d’air, sa discographie originale attire les nostalgiques prêts à payer une certaine somme pour compléter la collection et même un petite fortune pour son album de 1967 chez Philips. Aujourd’hui, elle est une ardente militante de la cause animale.

1966 – Long Chris /Haschich. Ce que j’aime bien en France, c’est le manque de curiosité. La fameux album de Long Chris « Chansons Bizarres Pour Gens Etranges » est autant encensé aujourd’hui qu’il fut ignoré lors de sa sortie. Musicalement point en retard pour l’époque, même assez en avance et bien décadent sur certains points. Il y a peu de choses comparables dans les production françaises de 1966. Les 45 tours extraits n’eurent pas beaucoup plus de  visibilité radiophonique. Pourtant, on est en pleine époque où Long Chris composa « La Génération Perdue » pour le futur mari de sa fille Adeline, c’est bien là le manque de curiosité.  Pour certains fans de Johnny, il faut admettre qu’il n’existe presque rien en dehors de leur idole, j’en connais.

1964 – Les Searchers / Mais C’était Un Rêve. Parmi les plus belles pièces de collection originales dans la discographie des Searchers, figurent tout ce qu’ils ont enregistré en langue étrangère, français ou allemand. Dans ce genre d’exercice, ils ne furent pas les meilleurs, accent anglais et paroles pas toujours très intelligibles.  Bien évidemment, ce disque ne fut pas programmé sur les radios et les ventes restèrent confidentielles mais font le plaisir des collectionneurs aujourd’hui. Ici il s’agit de la version française de leur titre original « It’s All Been A Dream ».

1964 – Helen April / Je M’Ennuie. Le seul et unique disque sorti sur la label de Vince Taylor, son fondateur. Ce fut un fiasco total, car Vince Taylor avait estimé que le pressage avait été un peu loupé, c’est vrai pour certaines copies. Monsieur Barclay, le distributeur cessa de le distribuer et les quelques copies que l’on trouve sont celles qui ont échappé au désastre. A l’époque la chanteuse était un peu l’éternelle fiancée de Vince , un top model. Les disque n’est pas déplaisant tant musicalement que vocalement.

*****

En passant

Bas nylons et une chanson pour les Zombies

*****

Certaines chansons sont noyées dans la discographie d’un artiste. Très souvent elles émergent des profondeurs grâce à la reprise d’un autre artiste et se posent en un sorte de standard en bénéficiant de cet impact. Il faut bien remarquer que c’est souvent un peu la faute des maisons de disques en ne lui donnant pas la visibilité voulue. Nous allons aller dans la discographie des Zombies et nous intéresser à un titre, une vrai perle. J’ai toujours considéré ce groupe comme étant l’une des meilleures signatures que Decca ait pu faire dans les sixties, mais qu’elle ne sut pas ou mal exploiter. Les USA furent plus rapides et sans doute plus attentifs à pousser la promotion, et avec succès, sur certains de leurs enregistrements. Pour la période Decca, les Zombies c’est surtout l’incontournable « She’s Not There » que ne fut « que » 12ème dans les charts anglais, alors qu’il atteignit aux USA la première place  au Cashbox et la seconde Billboard. Pour le suivant l’Angleterre choisit « Woman » qui n’entra même pas dans les classements. Les USA firent l’impasse, le décalage des publications le permettant, et préférèrent le suivant « Tell Her No » qui fut encore un hit aux USA et se hissa à la 6ème, tandis qu’il fit un très modeste score en Angleterre. La chanson dont nous allons parler s’appelle « I Remember When I Loved Her ». Un de ces titres dont les Zombies avaient la spécialité via la voix unique de Colin Blunstone, ceci dans une ambiance un peu froide et nostalgique au niveau texte. Le clavier Rod Argent en est le compositeur. Les Zombies se partageaient le travail de composition entre lui et Chris White le bassiste, mais jamais ensemble. Originalement, elle figure sur le premier album anglais de 1965. Immédiatement elle attire du monde et plusieurs reprises sont faites la même année, dont Noël Deschamps pour la France. Les USA font selon leur bon plaisir, ils récupèrent un titre pas encore publié « I Want You Back  Again » intitulé parfois « I Want Her Back » aux USA et publient un single avec justement « I Remember When I Loved Her » en face B. Ce sera aussi une spécialité française, Decca publie le premier titre, mais pas le second sur le 4ème EP français des Zombies. Ce sera un succès pour les Zombies en France, il atteindra la 3ème place du hit parade de Salut les Copains. Voilà le contexte original de cette chanson. Pour moi. ce fut un casse-tête pendant longtemps, car il était impossible de mettre la main sur une copie, soit le LP anglais ou le single US. Attiré par l’adaptation française, je l’ai commandé plusieurs fois sans jamais avoir une réponse favorable. Il me fallut attendre la réédition « Rock Roots » en 1976, pour enfin écouter l’original. Je me suis bien rattrapé depuis.

L’original, les Zombies 1965.

Le superbe adaptation française de Noël Deschamps, qui peut faire pâlir l’original, « Souviens-Toi Que Moi Je T’aime », 1965.

Pour la Suède, Ola & Janglers, belle version, 1965.

Pour l’Allemagne, les Boots, un grand groupe, 1965.

Suède, the Monx, 1966.

Par les Brothers Four, la première version anglaise que j’ai entendue, 1966.

Des Hollandais, C-Sounds, 1966.

Une curiosité. Dans un épisode de « Destination Danger » avec Patrick McGoohan, on peut entendre une version en italien de la chanson. Je l’avais noté il y a bien longtemps sans savoir qui l’interprétait. Magie de la Toile, c’est une certaine Angelique, chanteuse apparemment très discrète, Un single publié par Pye en Angleterre, 1966.

Des Hollandais, Denvis and the Real Deal, 2010.

Cineplexx, des Anglais, belle version, 2011.

Victor Delorenzo, 2013

I Love Math, des Américains, 1966.

Lana Cooper, une Allemande, 2018.

Bayshore Zombies, un groupe actuel qui clone les chansons des Zombies.

*****

En passant

Peter Pan fait son cinéma (6)

Suite des chroniques de notre ami Peter Pan. Merci à lui.

 

Distribution

  • Richard Burton (VF : Jean-Claude Michel) : Alexandre le Grand
  • Fredric March (VF : Jean Martinelli) : Philippe II de Macédoine
  • Claire Bloom (VF : Nadine Alari) : Barsine
  • Danielle Darrieux (VF : Danielle Darrieux) : Olympias
  • Barry Jones (VF : Raymond Rognoni) : Aristote
  • Harry Andrews (VF : Jean Marchat) : Darius
  • Stanley Baker (VF : Jean-Henri Chambois) : Attale
  • Peter Cushing (VF : Jean Berton) : Memnon
  • Helmut Dantine (VF : Yves Furet) : Nectanébo
  • Friedrich von Ledebur (crédité Friedrich Ledebur) : Antipater
  • Michael Hordern (VF : Jean Davy) : Démosthène
  • Niall MacGinnis (VF : Pierre Morin) : Parménion
  • Peter Wyngarde (VF : Marc Cassot) : Pausanias
  • William Squire (VF : Gérald Castrix) : Eschine
  • Teresa del Rio (VF : Martine Sarcey) : Roxane, fille de Darius
  • Ruben Rojo (VF : Hubert Noël) : Philotas
  • Virgilio Texeira (VF : Jean-Louis Jemma) : Ptolémée
  • Gustavo Rojo (V.F : Andre Falcon) : Cleitos
  • Marisa de Lesa (V.F : Nelly Benedetti) : Eurydice
  • José Nieto : Spithridatès
  • Et les voix de :
    • Marc Valbel : Cousin de Darius
    • Jean Violette : le messager
    • Georges Chamarat : un prêtre
En passant

Exploration musicale en terre inconnue (11)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1960 – Jimmy Fontana / Romantica. L’Italie se gargarisait pas mal avec les chansons issues du Festival de San Remo. La chanson qui remportant le grand prix se voyait ensuite retenue pour représenter le pays au Grand Prix Eurovision. Il pouvait arriver à ces chansons d’être connues aussi en France, assez rarement il est vrai. Mais celle qui gagna le prix en 1960 « Romantica » chantée par Tony Dallara, devint presque un phénomène en France, reprise par de nombreux interprètes, dont la version de Dalida se tailla la part du lion. A côté de cela, la version originale publiée chez nous fut passablement occultée par les reprises. Quelques petits labels profitaient de cette vague pour publier le titre d’une manière ou d’une autre. Ce fut le cas pour l’obscur label Hollywood / Holiday qui avait un droit sur une reprise italienne faite par un certain Jimmy Fontana. Il deviendra par la suite un chanteur et animateur très connu, mais là, il est encore un prétendant. A part ça, sa reprise est assez originale, d’une chanson un peu larmoyante, il en fait un truc jazzy et rythmé, un peu comme aurait pu le faire un Frank Sinatra. Ce disque passa bien inaperçu.

1966 – Paul Butterfield Blues Band / Shake Your Moneymaker. Paul Butterfield fut un peu un équivalent américain de John Mayall, il compta dans son groupe de nombreux musiciens de talent comme Mike Bloomfield. Plusieurs albums bien torchés témoignent de son art. En France, un trés rare EP fut publié par Vogue, un petit régal.

1964 – Gloriy Lynne – I Wish You Love. Si vous ne connaissez pas ce disque, sachez que derrière ce titre se cache une adaptation anglaise de « Que Reste-t-il De Nos Amours. de Charles Trenet. Publié par London sous licence américaine, ce fut un bide complet en France, il est vrai qu’en 1964 Trenet était nettement moins coté en bourse que la vague yéyé.

1952 – Jo Stafford / You Belong To Me. Je crois que c’est la plus ancienne vieillerie que je vous présente ici. Jo Stafford est une star américaine des années d’après guerre, qui subit même quelques foudres en pleine du Maccarthysme. Peu connue en France, il existe d’elle un 45 tours simple datant de 1952, autant dire à une époque où très peu de gens possédaient un électrophone capable de lire les vinyles. Elle interprète une chanson très connue aux USA, qui sera un hit une dizaine d’années plus tard pour le groupe The Duprees, disque aussi rare que celui-ci. Vous aurez une belle idée sur quoi ancêtres pouvaient pincer les fesses de madame en 1952, je me demande si je ne dois pas quelque chose à cette chanson.

1961 – Bobby Rydell / Cherie. Bobby Rydell est assez peu connu en France, mais il fut une idole pour les teenagers US. De nombreuses publications de lui existent en France, relativement peu courantes. On pensait sans doute qu’il avait le potentiel pour percer chez nous, d’où le nombre. Le titre proposé ici avait le potentiel d’un hit, tellement il est dans le ton de l’époque.

The Silkie – The Times They Are Changing. Après avoir connu un certain succès avec « You’ve Got To Hide Your Love Away », reprise des Beatles, dans laquelle les Fab Four collaborèrent musicalement aussi  à la production, la suite fut plus hésitante. Le titre fut aussi bien accueilli en France et publié sur un EP. Le suivant passa complètement à côté et est plutôt rare. Il contient une bonne version du fameux titre de Bob Dylan.

1965 – Kathy Kirby – I Belong. Un EP de la chanteuse anglaise Kathy Kirby, un mini clone de Marilyn Monroe dotée d’une assez belle voix et assez populaire dans son pays, était paru en France en 1964. Il n’y en aurait sans doute jamais eu un second, si la chanteuse n’avait pas participé au Grand Prix Eurovision 1965 et se classa à la deuxième place derrière le « Poupée De Cire Poupée De Son » de France Gall. Je m’étonne encore aujourd’hui du classement à cette deuxième place, car la chanson est assez peu aguicheuse, dix fois moins que celle de France Gall. Même les Anglais boudèrent, car elle ne monta pas plus haut que la 36ème place dans les charts britanniques. Petite pièce de collection dont la rareté ne fait pas monter excessivement les prix.

1972 – Daniel Boone / Skydiver. Le compositeur du titre précédent, sous son vrai nom Peter Lee Stirling, c’est lui. A part sa collaboration pour Kathy Kirby, il avait fait beaucoup plus intéressant avec « I Think Of You » pour les Merseybeats. Au début des années 1970, il s’établit comme chanteur avec un nom d’artiste en hommage à Davy Crockett  et décroche un tube international avec « Beatiful Sunday », record de ventes au Japon pour un artiste étranger avec plus de 2 millions de copies. Comme souvent, ce genre de succès est difficile à renouveler, même en France où il se vendit beaucoup plus modestement, voici une de ces suites restée dans l’anonymat.

1967 – Scott McKenzie / Look In Your Eyes. Avant de devenir une sorte de roi des hippies avec « San Francisco », Scott McKenzie avait déjà enregistré chez Capitol en 1965. Le succès venu, EMI alla repêcher deux titres Capitol pour les publier en France. Bien que cela ne soit pas si mal, les fans préférèrent visiter un tas de fois San Francisco.

1966 – Barry McGuire – Don’t You Ever Wonder Where It’s At. J’ai eu un contact assez marrant sur la Toile avec ce chanteur. Je l’ai averti qu’on avait publié un article sur lui dans un journal français et que je pouvais lui envoyer une copie s’il le désirait. Il m’a répondu d’une manière assez amusante en se demandant qui pouvait encore se souvenir de lui en France. Mais bon il était partant et il m’a filé son adresse. C’était une manière de le remercier, car j’ai adoré pas mal de ses disques et pas seulement son fameux hymne du protest song « Eve Of Destruction ». Par exemple celui-ci publié sur son second rare et dernier EP français. Ce n’est pas loin de Bob Dylan.

1969 – Savoy Brown / Tollin’ Bells. Quand les albums prirent le pas sur les 45 tours, le compagnies continuèrent d’éditer les 45 tours principalement pour la promotion et les jukeboxes. Quand ces publications concernent des artistes qui enregistrent de belles choses, ils deviennent de petites perles, parfois plus cotées que les albums. C’est le cas pour Savoy Brown qui fut une pièce maîtresse du blues anglais à la John Mayall, comme cette très belle reprise de ce titre de Lowell Fulsom qui dure près de 7 minutes. Une durée de EP pour le prix d’un single.

1966 – Joe Dassin / Katy Cruel. De mon seul point de vue, Joe Dassin était un chanteur de variétés plutôt casse pompes. Mais on trouve dans sa discographie, surtout au début, quelques titres qui méritent le détour. Comme ce traditionnel figurant sur ce single passé très inaperçu. En plus, il possède plutôt bien l’anglais, chose assez normale pour un Américain de naissance.

*****

En passant

Bas nylons et un Johnny qui devrait être bon

*****

Retournons au rock and roll et une de ses chansons les plus célèbres « Johnny Be Good » enregistrée en 1958 par Chuck Berry. Ce dernier a une discographie qui fait de lui l’un des chanteurs les plus créatifs du rock and roll en matière de compositeur. Le rock noir est celui qui a réussi a conquérir rapidement  le public blanc, la réciproque est beaucoup moins courante. L’avantage de Chuck Berry a sans douté été le fait qu’il a interprété ses chansons  à la manière des blancs, avec une orchestration simplifiée, guitare (s), basse, batterie, typique  des orchestres blancs. C’est un peu pour les interprètes blancs des chansons clé en main, pas besoin de remplacer un saxophone ou d’autres cuivres par un arrangement à la guitare. Vous pouvez regarder tous les groupes de rockabilly actuels, ils ne fonctionnent qu’avec des cordes, dans lequel on peut inclure le piano, instrument à cordes camouflées. Un autre mérite de Chuck Berry est d’avoir écrit des paroles qui reflétaient assez bien la vie des jeunes de son époque, aujourd’hui ce sont presque des témoignages de sociologie. La chanson qui nous occupe ici est une des premières a magnifier le rôle du chanteur qui va devenir une rock star et faire du fric avec sa guitare. C’est bien observé, car c’est un truc qui fait rêver à fond les adolescents des années 1950. Elle est et restera une des chansons les plus reprises de son répertoire. Classique incontournable, elle fait partie de ces chansons qui ont façonné le rock and roll, d’autant plus qu’elle fut un succès immédiat dès sa sortie et facilement identifiable par son intro à la guitare. Elle a souvent été parodiée, comme les Beach Boys l’ont fait dans « Fun Fun Fun ».  A noter, souvent les gens confondent cette chanson avec « Bye Bye Johnny » assez ressemblante, paroles différentes, aussi de Chuck Berry. Les Rolling Stones l’ont reprise.

L’original, 1958

Probablement la première reprise, par les Penny Rockets, un groupe australien, 1958.

En Europe, c’est en Italie que ça se passe, Little Tony And His Brothers, 1959.

Version français par les Chaussettes Noires, « Eddie Sois Bon », 1961.

Les Tornadoes, attention il s’agit ici du groupe américain qui s’orthographie à peine différemment, 1963

Johnny Hallyday, sur l’album les rocks les plus terribles, « Johnny Reviens », 1964.

Les Astronauts en live, un peu surf, 1964.

Les Beach Boys, aussi en live, 1964.

Version en réécriture, The Surfer Girls, « Draggin’ Wagon », 1964.

Jerry Lee Lewis, sur les albums Mercury, c’est tout de suite différent, 1965.

Les Liverbirds, ce fameux groupe anglais vocalo-instrumental entièrement féminin exilé en Allemagne, 1965.

On le sait moins, mais Presley l’a aussi interprétée, 1969.

Johnny Winter, 1969.

Grateful Dead, 1971.

Un inédit qui fit sensation en 1972, la reprise de Jimi Hendrix.

Une version parodique, Patrick Topaloff « Ali Sois Bon », 1977.

Une version marrante, celle du film « Retour Vers Le Furur », 1985.

*****

 

En passant

Bas nylons et ballade sur du fer

*****

J’ai toujours adoré les trains. Je trouve que c’est un moyen de transport pratique, confortable et qui a « de la gueule », surtout quand ils étaient tirés par des locomotives à vapeur, tant pis pour la pollution. Quand j’étais jeune, c’est à dire il y a pas mal de temps, posséder un train électrique était le must en matière de jouets. Mais à côté, le train grandeur nature était aussi un sujet d’intérêt. Coup de pot, j’habitais dans un village où il y avait une gare assez importante, puisqu’elle était le lieu d’acheminement des marchandise et arrivée ou départ des voyageurs. Cette gare servait de connexion ferroviaire pour une dizaine de villages. Autre coup de chance, le père d’un de mes meilleurs copains était un employé de la gare pour l’intendance, alors on pouvait faire un peu ce que l’on voulait, monter dans les wagons de marchandises à l’arrêt et même quelquefois monter dans les petites locomotives qui manoeuvraient les wagons. Le père du copains était un vieux râleur, mais il ne nous a jamais rien dit, sans doute un peu flatté qu’on le considère comme un personnage « important » dans la vie de la gare. J’en garde de très bons souvenirs.

Dans la seconde moitié du 19ème siècle, une sorte de fièvre s’empara des pays occidentaux, on voulait des trains partout. Evidemment à l’époque où les voitures et les camions étaient encore des moyens de transport assez archaïques, le train offrait de nombreuses possibilités. En France, c’est tout juste si l’on ne promit pas de bâtir une gare devant chaque maison. De nombreuses lignes furent construites dès que l’on en décelait la moindre utilité. Une bonne partie ne survécurent pas plus que quelques dizaines d’années. D’autres existent toujours, et encore d’autres sont à moitié hors service, servant le plus souvent de trains touristiques. Construire le chemin de fer, c’était aussi le moyen de procurer du travail à pas mal de monde. Selon la difficulté de la ligne, le besoin en hommes pouvait être énorme. Il faut bien constater que certaines constructions furent de petits chefs-d’ouvre de technique et de réalisation.  Un spécialiste m’a dit que près de chez moi, il existe le plus long tunnel ferroviaire du monde a avoir été percé à l’ancienne méthode, c’est à dire à l’explosif. C’est sans doute vrai, car il est antérieur à l’invention de la dynamite et relativement long.

Nous allons pour le plaisir et surtout pour les images, nous promener sur une de ces anciennes lignes située dans le département de l’Isère, qui n’est plus exploitée aujourd’hui.

 

En 1880 est prise la décision de relier par voie ferrée le bassin minier de La Mure à l’agglomération grenobloise, son principal client. Le plateau de la Matheysine, situé à 900 mètres d’altitude et la vallée de l’Isère, 600 mètres plus bas, ce qui rend difficile l’établissement d’un itinéraire. La rampe de Laffrey étant exclue, le tracé devait emprunter la vallée du Drac, très accidentée sur ce secteur.

Ces conditions géographiques particulièrement difficiles ont fait choisir la voie étroite (1 mètre), permettant un gabarit moindre pour les ouvrages d’art et des rayons de courbes plus petits. La ligne serait donc en correspondance avec la ligne à écartement normal la plus proche, celle de la ligne de Grenoble à Gap, qui suit le Drac depuis Grenoble jusqu’à Saint-Georges-de-Commiers.

La déclaration d’utilité publique date du 27 mars 1881 (pour la ligne principale et l’embranchement de La Motte-d’Aveillans à Notre-Dame-de-Vaulx). La construction effectuée sous la direction des Ponts et Chaussées, dure six ans et coûte douze millions de francs-or.

La nouvelle ligne, longue de trente kilomètres, comporte cent quarante deux ouvrages d’art, dont six grands viaducs et 18 tunnels dont les longueurs cumulées dépassent quatre kilomètres. Bien que le dénivelé total soit de 600 mètres, la ligne ne comporte aucune rampe supérieure à 28,5 .

L’établissement de la plateforme sous la côte de Crozet (balcon du Drac), est l’objet d’une opération unique : depuis la rive opposée du Drac, on bombarda au canon la falaise jusqu’à y dessiner une entaille suffisante pour que les ouvriers puissent y prendre pied et commencer les travaux.

 

La ligne est inaugurée le 24 juillet 1888, ouverte le , exploitée par la compagnie de Fives-Lille en traction vapeur, puis à partir de 1892 par le service des Ponts et Chaussées de l’Isère. En 1978, une société privée reprend à son compte l’exploitation du trafic voyageurs de la ligne à des fins touristiques. Le trafic du charbon continue jusqu’en 1988.

La ligne de la Mure, de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure

La ligne a son origine en gare de Saint-Georges-de-Commiers, à l’altitude de 316 mètres, commune avec la gare SNCF sur la ligne Grenoble – Gap5. Les voies du SG-LM sont parallèles à la voie (unique) SNCF, sans raccordement ni quai de transfert.

La ligne est orientée en direction du nord, et effectue immédiatement une rotation de 180 degrés en tunnel, afin d’atteindre les collines du Commiers, qu’elle gravit par de larges boucles. La voie domine bientôt la vallée du Drac, dans laquelle le barrage de Notre-Dame-de-Commiers retient un lac secondaire. La ligne est encore et pour peu de temps, dans un paysage boisé. Après avoir contourné le plateau de Monteynard, la voie, soudainement accrochée à flanc de falaise à la sortie d’un tunnel, domine le lac de Monteynard-Avignonet de plus de cent cinquante mètres, presque à la verticale.

La ligne bifurque alors vers l’Est et entre dans le vallon de La Motte. Après avoir surplombé le « château aux trois cent soixante-cinq fenêtres », elle atteint la gare de La Motte les Bains.

 

Après avoir traversé le viaduc du Vaulx, la voie fait deux boucles complètes pour atteindre en dénivelé, les deux viaducs parallèles de Loulla Ils sont séparés par un trajet de 1,5 kilomètre, pour quarante mètres de différence d’altitude.

Entre le viaduc du Vaulx (alt. 710 m) et la gare de La Motte-d’Aveillans (alt. 875 m), distante seulement d’un kilomètre à vol d’oiseau, le tracé se développe sur plus de six kilomètres.

La liaison entre La Motte-d’Aveillans et la plaine de Susville se fait par un tunnel de plus d’un kilomètre de long (tunnel de la Festinière, altitude 925 m).

De Susville à La Mure, la voie longe les anciennes installations et les cités ouvrières liées à la mine, revenant à l’altitude de 882 mètres à son terminus.

La longueur du tracé est de trente kilomètres exactement, pour une distance à vol d’oiseau de seize kilomètres entre les deux gares terminus.

Les images sont dans le format original, cliquer pour agrandir.

Source, Gallica, BNP, Wikipedia, DP