En passant

Voyage début de siècle (10)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Yellowstone

L’exploration continue avec un peu de botanique et quelques petites anecdotes.
Au delà du domaine des exhalaisons de soufre, prospère une superbe végétation; je vis des gentianes jaunes de la forme et de la grandeur des nôtres; de mignonnes petites fleurs jaunes, à cinq pétales, dont je n’ai pu trouver le nom botanique, que les Américains appellent dog tooth violet (violette dent de chien); des lupins d’un bleu d’azur, des dauphinelles ou pieds-d’alouette, des immortelles, de petits asters, des soucis et une fleur d’un rouge ardent qui m’était inconnue. Les Américains l’appellent paint brush; je la retrouvai fréquemment dans les montagnes de la Californie.

Fleur paint brush

La voyageuse fait preuve d’une certaine culture, la moindre n’est pas celle de ses connaissances en faune et en flore vu le nombre de fleurs et d’animaux qu’elle cite et semble connaître par leur nom.
Je passai la nuit à grelotter. Dans ces régions élevées, des nuits très froides succèdent souvent aux journées brûlantes. Chacune des tentes hébergeait six personnes qu’isolait un simple rideau. Comme j’avais annoncé à mes compagnons de gîte qu’il se trouvait un ronfleur parmi nous, la gaîté fut grande lorsque, au bout d’un moment, les premiers sons d’une musique peu harmonieuse se firent entendre; on étouffa d’abord les rires, puis peu à peu ils gagnèrent tout le monde et finirent par réveiller la malencontreuse basse. Il n’était pas question de dormir dans ces conditions. Le matin, en me levant, je constatai qu’une couche de glace recouvrait l’eau de ma cuvette.

On partit de bonne heure ce jour-là. Huit heures durant, nos pauvres chevaux nous traînèrent sur de mauvais chemins abrupts. Peu avant d’arriver à la première station, Thumb, on jouit, du haut d’une colline, d’une vue superbe sur le lac de Yellowstone qui étale à nos pieds sa nappe transparente dans laquelle se mirent les arbres de la forêt qui l’entoure. A l’arrière-plan, les sommets neigeux des Absaroka. Ce paysage me fait penser au lac de Neuchâtel (plus grand lac suisse), avec quelque chose en plus, la poésie agreste — dans toute son exquise fraîcheur — des lieux indemnes d’entreprises humaines. Car ici il n’y a pas trace d’habitation. Tout est paisible; les puissances souterraines mêmes sont endormies. Le lac Yellowstone, situé à 2263 mètres au-dessus de la mer, a deux fois la grandeur du Léman. C’est certainement la plus grande étendue d’eau de l’Amérique à pareille altitude.
De nombreuses îles émergent de sa surface unie, troublée ci et là par les sources thermales, alcalines ou sulfureuses qui sourdent dans le lit même du lac. Malgré cela, l’eau reste froide en toute saison; sa température ne dépasse jamais 15° centigrades; il s’y développe une riche végétation marine. Le sable de la rive est composé presque uniquement de fragments d’obsidienne et de petits cristaux qu’on appelle diamants de Californie.

Notre voyageuse fait allusion dans son récit à un cratère qui se nomme Morning Glory. A la base c’est le nom d’une fleur qui ressemble à notre gentiane bleue. Le terme est aussi adopté pour désigner une forme de nuage matinal. Mais ce qu’elle ignore probablement, c’est que les Américains emploient aussi le terme pour désigner tout autre chose. C’est une manière imagée de parler d’une érection matinale masculine.
Après un mauvais déjeuner, pris dans une tente, nous descendîmes au bord du lac. A quelques pas de la rive, un cône de geyser s’élève au-dessus de l’eau. Y arriver, pêcher une truite — elles pullulent dans le lac de Yellowstone — la plonger dans l’eau bouillante du cratère, l’en retirer cuite et la manger est l’affaire de quelques minutes. Ne désespérons pas de découvrir le jour où les cailles vous tombent plumées et rôties dans la bouche!
Les voitures nous conduisent par un chemin très pittoresque, qui longe la nappe miroitante, à l’hôtel du lac. De vastes étendues de forêt ont été détruites par le feu. Rien de plus lugubre que ces tronçons noircis, à la place de beaux arbres feuillus, dont la sève est à jamais tarie. Dans un des troncs calcinés, un couple de pigargues, espèce d’aigle des régions septentrionales, a établi son aire.
L’hôtel est situé dans une contrée sablonneuse. Notre unique distraction était de nous livrer à la pêche à la ligne, le seul sport permis dans le Parc National. Chaque coup de hameçon ramène une truite; cela fait mal de voir tous ces pauvres poissons massacrés en pure perte; car les hôtels en regorgent et la vente est interdite. La truite du lac Yellowstone (salmo myhiss) appartient à une espèce endémique très joliment tachetée.


A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

En passant

Inventaire musical à la Prévert (248)

Disques sous la loupe

Des curiosités musicales diverses, des ambiances particulières, une démarche artistique originale. Des disques qui sont des collectors de plus ou moins grande valeur, mais qui en ont une artistiquement parlant. Les découvrir c’est partir à l’aventure.

Jacques Brel – France LP

Un petit détour dans la chanson française qui ne nécessite pas de commentaires, tout est dans les textes…

Artiste : Jacques Brel
Titre : sans titre
Genre : chanson française
Label : Barclay
No Catalogue :  80323 S
Pays : France 1966
Meilleure enchère sur Ebay, très courant peu coté
Note : il existe une édition de l’année précédente avec photo identique, format 25 cm, mais seulement 6 titres

Ces Gens-Là

Visites au musée du Boss

Au cours de ma vie je ne sais pas combien j’ai écouté de disques, probablement des millions. Dans ce musée il y a certains disques qui reviennent régulièrement, pas seulement pour un titre mais plusieurs. C’est assurément le cas pour les albums, mais aussi un autre support, le fameux EP qui présentait le plus souvent quatre titres. En France jusqu’en 1967-68, c’était le format le plus courant, d’autres pays dans une moindre mesure les publiaient aussi, mais le single deux titres était la référence. Ces fameuses publications françaises sont très demandées par les collectionneurs étrangers, car elles avaient l’avantage d’être présentées dans une pochette en carton avec fréquemment une photo de l’artiste. En revisitant ma collection, voici quelques unes de ces pépites qui m’enchantèrent pour deux, trois, quatre titres.

It’s Just Because

The Craig – I Must Be Mad

Dans une future pièce du musée encore en construction, ces chansons y figureront probablement. Je ne les ai pas encore suffisamment écoutées, elles sont de découverte plus ou moins récente et ne font pas partie de mes 20 premières années d’écoutes, mais je suis sûr que je les écouterai encore dans dix ans.

The Durutti Column – Never Known