Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.
Yellowstone
En jouant les touristes à Yellowstone, la première chose qui vient à l’esprit d’un visiteur ce sont les fameux geysers. Ceux des Etats-Unis surclassent sans doute tous les autres, car on y trouve les deux tiers de ceux qui parsèment la surface terrestre. On en trouve également en Alaska, au Chili, en Islande, pour n’en citer qu’un échantillon. Cela peut faire penser à un volcan, mais c’est de l’eau chaude qui jaillit à la place de lave, mais les deux se comportent un peu de même manière sous la surface du sol, il sont liés à la présence de magma. Le plus célèbre du parc est le Old Faitfull. Il entre en activité dans un laps de temps compris entre 45 et 125 minutes et son jet varie entre un hauteur de 32 à 56 mètres.
Mais reprenons le récit de la voyageuse.
Le chemin de fer s’arrête ici, et un omnibus conduit les voyageurs par un chemin raboteux et escarpé à la première station où l’on passe la nuit, l’hôtel Mammoth Hot Springs. La maison est neuve et confortablement organisée. Dans tous les hôtels du Yellowstone on paie quatre dollars par jour. Non loind’ici s’élève le fort Yellowstone, quartier militaire des soldats chargés de la surveillance du Parc.
Le soir même de notre arrivée, nous grimpâmes, accompagnés d’un guide, sur les terrasses les plus rapprochées. Formées par les alluvions des sources chaudes — on en trouve ici plus de cinquante — ces plates-formes s’échelonnent jusqu’à une hauteur de 300 mètres et se déploient sur une égale largeur. Depuis que les fameuses terrasses de la Nouvelle-Zélande ont été détruites, celles de Yellowstone sont les seules qui existent. Comment les dépeindre? On ne peut le faire mieux qu’en les comparant à des cascades pétrifiées ou congelées. Du reste le phénomène qui les a formées continue. Chacune des vasques dans lesquelles s’écoule le trop plein des bassins supérieurs est remplie d’une eau bleue comme du saphir, dans laquelle ondoient de longs filaments verts, jaunes, rouges, bruns, blancs. Ce sont des couvertes, espèce d’algues qui se plaît dans ces eaux chaudes. L’eau qui glisse le long des parois d’albâtre les nuance graduellement de toute la gamme des jaunes, depuis la teinte d’or la plus claire jusqu’à celle de l’orange foncé. Les vapeurs de soufre qui flottent au-dessus ajoutent encore à la magie de cette succession de fontaines somptueuses. Dessus ajoutent encore à la magie de cette succession de fontaines somptueuses. La température des sources varie entre 20 et 100° centigrades. Saturées de substances minérales, elles tiennent encore d’autres couleurs en réserve. Les tons de la plus riche palette, le vert, le rose-saumon, le rouge, le brun-clair, l’ocre foncé, rivalisent de finesse et de brillant avec l’azur transparent de l’eau et la blancheur nacrée des marches du gigantesque escalier. Ce jour-là, nous vîmes aussi des geysers en miniature, puis un lac bleu dont on ne connaît pas l’écoulement et dont la température reste constante en été et en hiver.
Le parc en profite aussi pour offrir aux visiteurs un spectacle bien local avec le folklore de l’endroit. Pour notre touriste, nous somme toujours en 1901, un premier parfum d’une musique américaine encore peu connue en Europe, mais qui déferlera deux décennies plus tard. Elle découvre également un instrument de musique d’origine africaine importé par les esclaves.
Fatigués et accablés par la chaleur, nous rentrâmes à l’hôtel. J’avais grand besoin de repos; mais le moyen de goûter un sommeil réparateur lorsque les gens de la maison, des nègres du plus beau noir, se sont mis en tête d’organiser en l’honneur de leur hôtes une représentation comique. Ils exécutèrent, en s’accompagnant sur le banjo — espèce de guitare — le cake-walk, danse grotesque qui provoque un fou-rire inextinguible. Rien de plus drôle que ces noirs, dames et messieurs, vêtus avec une élégance exagérée de costumes à la dernière mode aux LIBERTY CAP couleurs criardes. Je m’en étais déjà amusée à New York.
A suivre
Sources : Wikipédia, B.N.F, DP








