Allons dans un endroit de Paris très facile à trouver, les Champs-Elysées. Pourtant, même si tout peut sembler immuable, les choses changent et même assez rapidement. Il faut avoir un certain âge pour le remarquer. Une personne âgée de 20 ans aujourd’hui et descendant l’avenue, arrivée au nos 52-60 va bien remarquer qu’il existe une succursale des Galeries Lafayette. Mais sait-elle qu’il n’y a pas si longtemps, il y avait un autre temple de la consommation, le Virgin Megastore?
Inauguré en 1988, il sera pendant un quart de siècle un endroit où flâner et faire des trouvailles axées sur les médias, livres, disques, cd’s, dv’s, électronique, ordinateurs. J’ai quelque peu fréquenté l’endroit lors de mes escapades parisiennes. Une chose dont je me souviens très bien lors de ma première visite, la musique diffusée quand je suis entré, c’était ceci…
La raison principale de mes visites reste dans l’immense choix que proposaient les rayons. Moi qui suis plutôt un amateur d’obscurités, je trouvais assez facilement ce genre de choses. Même l’obscure réédition d’un obscur label du fin fond du Nebraska, je la trouvais. Une chose pas déplaisante non plus, le décor était assez somptueux, l’idée du temple est assez juste. La dernière fois que j’y suis allé, c’était un peu en coup de vent, sans présumer que c’était ma dernière visite. Nous sommes en 2012. J’étais parti en Bretagne et sur le chemin du retour, nous avions un arrêt de 4 heures à Paris. Le car nous a déposé en haut des Champs vers 10 heures et nous reprenait Place de la Concorde à 14 heures. C’était suffisant pour aller faire une petite visite au Virgin. C’est justement là que j’ai eu ma petite séquence humour de la journée. Je me suis baladé dans les rayons et approcha l’heure du déjeuner. N’ayant pas trop de temps à perdre, j’ai décidé de manger sur place, car je savais qu’il y avait un restaurant au premier étage. J’entre dans les lieux et une charmante hôtesse m’accueille : « Vous avez réservé ? » Je me suis mis à rire et lui disant que je n’avais pas vu que j’étais à la Tour d’Argent, tout en me moquant un peu du snobisme parisien. Réserver pour manger dans un endroit où la cuisine tient plus du fastfood que de la gastronomie, faut quand même pas trop pousser. Elle m’a quand même installé à une table et j’ai pu manger, pas trop mal d’ailleurs. Bye bye Virgin Magastore, je crois que j’ai encore un sac à quelque part avec ton logo, c’est sûrement un collector !
De temps en temps, ce serait bien que le concierge de la Toile fasse son boulot, annonce visible actuellement…

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N’allons pas trop loin, remontons une centaine de mètres l’avenue en restant du même côté. Arrêtons-nous au no 72. Je vais vous parler d’une petite aventure vécue il y a une trentaine d’années, dans l’endroit illustré sur la photo, l’entrée coté Champs se trouve au fond. Il se nomme Galerie des Arcades, il a un peu changé, mais on reconnaît encore. Par un bel après-midi je léchais les vitrines, comme on dit. Sans faire vraiment attention, tout à l’autre bout, je vis un bonhomme avec une serviette qui regardait quelque chose dans une vitrine. Comme il n’y avait presque personne, il était d’autant plus repérable. A un moment donné, il est parti pour revenir un peu après. Parfois on hésite sur un achat, c’est normal. Là où j’ai commencé d’être intrigué, c’est qu’il a plusieurs fois recommencé son manège. Je me suis douté qu’il y avait quelque chose de bizarre dans son comportement et je me suis approché pour essayer de comprendre. La boutique qui l’intéressait était en fait un magasin de lingerie, mais de là à faire un cirque pareil, il y a un pas. Il m’est arrivé de regarder une vitrine de lingerie, on regarde et c’est tout. Je me suis planqué dans un coin pour comprendre. Le monsieur tellement absorbé pas sa quête n’a pas fait attention à moi. C’est alors que j’ai tout compris. Dans l’unique vitrine de la boutique, le fond était fait de bandes en papier crêpe, pendus par des ficelles. Un ventilateur rotatif posé sur le comptoir, faisait voler les papiers, permettant une vision momentanée à l’intérieur. Il y avait justement une cliente qui était en train d’examiner des soutiens-gorge avec la gérante. Le bonhomme pour ne pas se faire repérer, s’en allait et revenait pour noyer le poisson. C’est là qu’il avait tort, car sinon je n’aurais jamais fait attention à lui. A chacun son truc. Inutile d’aller vous rincer l’oeil sur place, cette boutique n’existe plus. Pour autant que ma mémoire soit fidèle, la boutique se trouvait là où une célèbre marque de montres s’expose, à droite sur la photo. Cher Monsieur qu’êtes-vous devenu ?
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Traversons l’avenue, attention de ne pas vous faire écraser. Descendons un petit peu et vous allez trouver tout de suite une rue qui part sur votre droite, la rue Marbeuf. Allons jusqu’au no 21. C’est un bistrot, le Bistro Marbeuf. A moins d’avoir envie d’une gratinée à l’oignon, inutile d’y entrer, vous n’y verrez rien de spécial et pourtant il y a bien longtemps…
Nous allons faire appel aux souvenirs d’un acteur de cinéma, même si ce n’est pas une star, vous avez certainement vu subrepticement sa binette dans l’un ou l’autre des quelques 600 films où il apparaît. C’est peut-être le troisième couteau le plus célèbre du cinéma français et il s’appelle Dominique Zardi (1930-2009). Acteur, journaliste, écrivain, compositeur, il a touché à pas mal de choses, mais il lui est arrivé une drôle d’histoire qu’il raconte lui-même et qui se passe justement dans ce bistrot qu’il fréquentait occasionnellement, il y a une petite cinquantaine d’années, la date exacte n’est pas précisée.
Zardi décide d’aller casser une croûte dans ce fameux restaurant. Il offre une certaine discrétion, même s’il n’est pas Alain Delon, sa figure est quand même relativement connue, c’est donc l’endroit idéal pour être tranquille. Il est en train de manger quand on lui tape sur l’épaule.
– C’est toi Zardi?
Il se fâche presque, furieux d’avoir été reconnu.
Il regarde l’inconnu, très élégant, très bcbg.
– Oui c’est moi. qu’est-ce que tu veux?
– Rien, je peux t’offrir une verre?
– Je suis déjà en train de le boire et j’aimerais être tranquille.
Le mec ne dit rien et se tire sur la pointe des pieds.
Quand il quitte le restaurant, il est sur le trottoir et interpelle Zardi :
– Si tu veux on peut manger ensemble un de ces jours.
Il dit oui, plus pour se débarrasser de lui qu’autre chose.
Zardi a soudain un flash, le mec en face de lui, c’est Jacques Mesrine.
Sans doute un peu par défi, et certain que le mec ne voulait pas le truander, il accepte l’invitation. Ils discutèrent de cinéma, de polars, Mesrine apparait comme un mec ayant une très grande culture cinématographie et littéraire.
Ce fut quand même une drôle de rencontre…
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Sources . Wikipédia, B.N.F, Street view, DP









