En passant

Dimanche en quelques manches d’automne (8)

Les archives de la tv allemande sont d’une richesse exceptionnelle. La principale émission fut Beat-Club de 1965 à 1972. L’Allemagne devint une terre d’accueil pour de nombreux artistes qui n’arrivaient à percer en Angleterre. D’un autre côté, les bases de l’armée américaine stationnées dans le pays créaient un appel d’air pour distraire les GI’s. Ceci avec cela permit un défilé impressionnant d’artistes qui pour quelques-uns réussirent une carrière principalement allemande du point de vue du succès. Et puis il y a encore ceux qui se firent la main en terre allemande avant de connaître un succès international, les Beatles sont les plus connus, mais il y aussi les Searchers, Gerry et les Pacemakers.
L’émission Beat-Club permit à nombre d’entre eux de passer devant les caméras. C’est d’autant plus admirable que ce sont pour certains les seuls documents filmés qui existent d’eux. Le show accueillait aussi des noms très connus de passage en Allemagne et on peut de temps en temps les découvrir dans des titres que l’on ne trouve pas forcément dans la discographie habituelle. En plus, les chansons sont interprétées parfois en vrai live, ce qui fait que les versions sont différentes. Que demander de plus ?
En voici une autre livraison.

Derrière l’émission

Au cours de l’émission allemande Beat Club, on voyait souvent apparaître un duo composé d’une femme à l’orgue et d’un homme à la batterie, un couple dans la vie civile originaire de l’Afrique du Sud, Cherry Wainer et Don Storer. Ils servaient parfois de lien musical entre le changement d’artistes sur le scène, mais meublaient aussi l’émission. La femme fut une sorte de pionnière du rock en Angleterre, elle chaperonna Cliff Richard, mais fut également une virtuose de l’orgue Hammond et se bâtit une solide réputation. Elle fait partie de ces musiciens doués que l’on retrouve un peu partout et qui sont capables de se métamorphoser pour un style ou l’autre. Née en 1935, elle connut un premier goût du succès en étant l’organiste de Lord Rockingham’s XI, un groupe anglais multiracial qui fut no 1 en 1958 avec « Hoots Mon ». Elle enregistra de nombreux disques en solo, principalement instrumentaux. En 1968, avec son mari elle s’établit aux USA et ils se produisent dans les cabarets renommés. Elle se retira finalement du monde musical et mourut en 2014, 7 ans après son mari. Elton John lui rendit un hommage sur scène. Je vous ai retrouvé quelques clips assez intéressants.

Au cours de l’émission Beat Club

Le no 1 de 1958, Lord Rockingham’s XI – Hoots Mon

En 1960, avec Cliff Richard, les Shadows, et son mari comme second batteur, un titre rare « Love ». Cette émission est datée du 30 juillet 1960. Au même moment, un certain « Apache » venait d’entrer dans les charts. Il sera no 1 le 25 août.

En duo avec Cliff Richard en 1961, « Lucille« 

Sa version de « Money » en 1960. Cela doit être la première reprise anglaise

The Equals – Hold Me Closer & Outro (1967)

Cherry Wainer & Don Storer feat. Ernestine Anderson – Moanin’ (1967)

Sandie Shaw – Puppet On A String (1967)

Simon Dupree & The Big Sound – I See The Light (1967)

The Tremeloes – Here Comes My Baby (1967)

Tiffany Baby – Don’t Look Down (1967)

Geno Washington & The Ram Jam Band – Que Sera, Sera Whatever Will Be Will Be (1967)

The Tages – Every Raindrop Means A Lot (1967)

Paul Jones – I’ve Been A Bad, Bad Boy (1967)

Casey Jones & The Governors – Hold On I’m Comin’ (1967)

Graham Bonney – No One Knows That I’m The Luckiest Boy In Town (1967)

Herman’s Hermits – Jezebel (1966)

The Monks – Complication (1966)

Manfred Mann – You Don’t Know Me (1966)

The Overlanders – Along Came Jones (1966)

En passant

Inventaire musical à la Prévert (62)

Manfred Mann, fut l’un des groupes les plus déroutants des sixties. Ils ont eu la faculté d’aligner une série de trucs, souvent des reprises, calibrés pour occuper les premières places du hit parade, ce qu’ils firent quasiment sans interruption entre 1964 et 1970. Ca c’est c’est pour le côté pile, ils amassaient pas mal de fric en s’amusant et en étant hissés au rang d’idoles. Mais en y regardant de plus près, on découvre une toute autre démarche bien plus proche de leurs aspirations personnelles. Le leader du groupe et claviers, Manfred Mann, vient des milieux du jazz. Les autres Paul Jones (chant, harmonica); Mick Vikers, guitare, saxophone; Tom McGuiness, basse; Mike Hugg, batterie, vibraphone, sont plutôt des accros du blues et du r’n’b. Ces tendances se trouvent dans les enregistrements, enfin pratiquement tout ce qui n’est pas enregistré avec option hit parade. Le premier album sorti en 1964 « Five Faces Of Manfred Mann » est le métronome de cette tendance musicale, il ne contient aucun hit. A part peut-être l’album d’Alexis Korner Blues Incorporated sorti en 1962, c’est un album pionnier dans ce que l’on baptisera un peu plus tard « UK Blues Boom ». Il n’y a guère comme équivalent cette année-là en Angleterre, que le « Five Live » des Yardbirds assez proche dans la démarche, John Mayall n’a pas encore publiée d’album. Pour une moitié ce sont des reprises, Howlin’ Wolf, Muddy Waters, Bo Diddley, Cannonball Adderley, Don Raye. Le reste aligne des compositions du groupe de la même veine.
Un album savoureux qui a marqué ma jeunesse et m’a fait découvrir, avec celui des Yardbirds, tout un monde dont j’ignorais le charme. Mais je me suis bien rattrapé depuis.

Smokestack Lightning

Don’t Ask Me What I Say

Sack o’ Woe

What You Gonna Do?

Hoochie Coochie Man

I’m Your Kingpin

Down the Road Apiece

I’ve Got My Mojo Working

It’s Gonna Work out Fine

Mr. Anello

Untie Me

Bring It to Jerome

Without You

You’ve Got to Take It

Durant les sixties, la discographie française se distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

A écouter le groupe Creation, auparant les Mark IV, on remarque bien qu’ils sont assez proches des Who, pour ne pas dire qu’ils les imitent. Le groupe a malgré tout une certaine créativité et ils se distinguent par un répertoire constitué principalement de titres originaux assez accrocheurs. Le guitariste du groupe Eddie Philips est selon toute les anecdotes, le premier qui tira des sons sur scène en frottant un archet sur sa guitare. On verra aussi un peu plus tard Ronnie Wood, le futur Rolling Stones, dans les rangs du groupe. Malgré tout, cela ne marche pas très fort en Angleterre, mais ils connaissent une certaine popularité en Allemagne ou l’on verra un album et un best of édités. Mais c’est aussi un groupe qui fabrique les collectors à la pelle. Redécouverts dans les années 1980, on recherche évidemment les pièces originales. C’est encore une fois la France qui se distingue par les deux EP’s publiés en 66 et 67, magnifiés par deux splendides pochettes, très représentatives du courant « mod » très en vogue à cette époque. Le deux sont rares, mais le second l’est beaucoup plus, on peut même affirmer que c’est la pièce maîtresse de leur discographie au niveau collectors. C’est le genre de disques que l’on peut se féliciter d’avoir eu la curiosité d’écouter et d’acheter il y a bien longtemps.
Ironie de la photo de la pochette, elle est prise devant la fameuse salle de vente aux enchères Christie’s où le disque pourrait presque se vendre aujourd’hui.

The Creation – Vogue INT. 18 144, publié en 1967, meilleure enchère sur Ebay 1232 euros.

Tom Tom

If I Stay Too Long

Can I Join Your Band

Nightmares

Envies de découvrir autre chose ?

La musique n’a pas de frontières. S’il y a bien un point où je suis très éclectique, c’est assurément la musique. Entre un disque de hard rock et un opéra, pour moi c’est de la musique. C’est la différence qu’il y a entre un plat de haricots et un entrecôte bordelaise, les deux pris dans leur contexte propre peuvent s’avérer délicieux. Je fouille, j’écoute, je trouve, et puis quelquefois je tombe sous le charme. C’est pour moi une quête permanente.
Je vous invite à partager ces découvertes au hasard. Des artistes qui ne font pas forcément la une des médias, mais qui ne sont pas dépourvus d’un certain magnétisme ou plus simplement nous présentent une belle vision musicale.

Ceux qui me suivent savent que je suis la moitié d’un Italien par ma mère, alors forcément la musique du pays est un peu présente dans mon sang, au même titre que la cuisine et le romantisme, oui, oui, je suis un romantique. J’aime l’Italie profonde, celle des petites gens simples, celle des coins un peu retirés où il n’y a que des Italiens, celle du café noir comme la nuit avec la petite grappa qui l’accompagne. Alors voici trois chansons populaires qui ont pour origine le sud de l’Italie, la Calabre. Leur manière de parler peut être comparée à notre marseillais en plus prononcé, c’est un véritable dialecte, pas forcément toujours très compréhensible pour un habitant du nord. Mais ce n’est pas forcément rebutant, elle fait resurgir de vieilles traditions. Rappelons que la Calabre fait partie de L’Italie que depuis 1860.

Jenny Caracciolo – Regina Bella Di La Muntagna. C’est une sorte de blues à l’italienne. Vous l’aurez remarqué, si vous êtes amateur de cette musique, on cite souvent Dieu dans les paroles. Ici ce n’est pas très différent, mais il s’agit de la Vierge Marie, la « Madonna », très présente dans la vie des Italiens, autant sous forme d’interjection que de croyance religieuse. C’est un condamné aux galères qui adresse une prière à la Madonna di Polsi, un village situé dans la province de Reggio Calabria. C’est un lieu de pèlerinage dédié à la Vierge comme il en existe de nombreux dans le pays, chacun veut un peu le sien. Ici le légende raconte que la Vierge serait apparue à un berger et lui demanda de construire une église. La chanson a toute la saveur de l’Italie et de ses croyances.

Otello Profazio – U Ciucciu Miu. On est aussi très près d’un blues. Cette chanson très connue en Italie raconte la tristesse d’un homme dont l’âne, son fidèle compagnon, vient de mourir. Pure chanson en dialecte calabrais.

Eugenio Bennato – Riturnella. Autre air populaire calabrais, une chanson sur les choses qui vont et qui viennent, qui vont à la mer et qui viennent d’elle. Arrangée de manière moderne, elle a le potentiel d’un tube et montre que cette chanson aurait pu avoir comme origine un autre pays latin. Eugenio Bennato est très connu en Italie, et un peu comme Angelo Branduardi, il mélange l’ancien et le nouveau.