En passant

Voyage début de siècle (26)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Découverte d’Hawaï suite

Même si l’on est à l’autre bout du monde, on n’en reste pas moins patriote. Elle mentionne le nom d’un Suisse qui prit part aux explorations de James Cook, originaire de la même ville qu’elle, Berne. Elle continue toutefois de nous parler de ses découvertes et ses explorations, notamment sur l’île de Kauaï. Mais son récit reste un résumé de ce qu’elle a vu sans toujours préciser l’endroit exact.

Lorsque Cook fit son dernier voyage, dans le but de trouver un passage entre l’Océan pacifique et l’Océan atlantique, il se trouvait un Suisse parmi ceux qui l’accompagnaient. Jean Waeber, peintre bernois, avait été désigné par le gouvernement anglais pour accompagner le grand explorateur et dessiner les sites et les habitants des pays qu’on allait découvrir. Le but principal de l’expédition ne fut pas atteint. Dans le détroit de Behring, où Cook se croyait arrivé à la réalisation de son rêve, il se vit soudain entouré par les glaces et obligé de faire voiles vers le sud. Il retomba sur les îles Sandwich qu’il avait découvertes une année auparavant; là, le trépas l’attendait. Du navire prêt à lever l’ancre, Waeber et ses compagnons assistèrent, terrifiés et impuissants, à l’horrible drame. Les dessins que Waeber rapporta de son voyage figurèrent dans un ouvrage publié par l’Amirauté. Ses travaux lui valurent le diplôme de membre de la Société royale des artistes. L’un de ses tableaux, un paysage, passa pour l’un
des meilleurs de l’exposition des Beaux-Arts à Londres, en 1788. Le peintre vivait dans cette ville et y mourut en 1793. Son talent et son travail acharné lui avaient valu, en Angleterre, une grande réputation et une situation très considérée. Toutefois il n’oublia jamais sa ville natale qu’il avait quittée fort jeune, et à laquelle il devait de la reconnaissance; c’était grâce à l’assistance morale et financière du gouvernement et de l’Abbaye des Marchands qu’il avait pu commencer ses études, à Berne d’abord, chez Aberli, puis, pendant cinq ans, à Paris. Waeber légua à l’abbaye une somme de cent livres sterling; de son vivant il lui avait donné déjà une collection de gravures ainsi que son portrait peint par lui-même, qui furent longtemps exposés dans la grande salle de l’Abbaye des Marchands.
La bibliothèque de la ville de Berne reçut les ustensiles, les vêtements et les armes des insulaires de la mer du Sud rapportés par Waeber; tous ces objets, dont plusieurs sont des exemplaires uniques — le Musée britannique lui-même ne les possède pas — sont conservés dans la collection ethnographique du Musée historique de Berne. Parmi les plus rares, se trouvent un manteau tissé entièrement avec les plumes rouges d’un tout petit oiseau des îles Hawaï, le lerthia coccinea, et un casque également en plumes. Ces deux pièces faisaient partie du costume d’apparat des anciens chefs hawaïens. Les vêtements de plumes étaient une spécialité des Hawaïens. Les indigènes les confectionnaient en fixant sur un filet à mailles serrées les plumes jaunes du drepanis pacifica ou 00, petit oiseau qui n’en porte que quelques-unes de cette couleur près des ailes. Quel massacre de ces gracieux animaux ne fallut-il pas faire pour tisser le manteau jaune de Kamehameha Ier, auquel on a travaillé pendant neuf générations, et que j’ai vu exposé au Bishop Museum à Honoloulou!
Le mamo, manteau dont le souverain ne se parait que dans les grandes solennités, était fait entièrement de plumes jaunes de l’oo et descendait jusqu’à la cheville. Les manteaux jaunes et rouges des princes étaient plus courts, ainsi que ceux, entièrement rouges, que portaient les prêtres.

Les dépouilles royales léguées par Wæber à sa ville natale proviennent certainement de cadeaux faits par les indigènes à Cook et à ses compagnons, qu’ils avaient pris pour des êtres surnaturels. Les blancs, toutefois, ne firent rien pour entretenir cette croyance et manquèrent d’égards envers les insulaires. Cook, lui-même, excita leur colère en faisant brûler, un jour qu’il manquait de bois, plusieurs idoles ainsi que la palissade qui entourait le temple. C’est probablement cette mesure arbitraire qui a coûté la vie au célèbre voyageur.
La mort tragique de Cook fit une telle impression en Europe que, pendant plusieurs années, aucun navire n’aborda plus sur ces îles, dont les paisibles habitants avaient acquis la réputation de féroces cannibales.
Mais revenons à la vallée de Waimea. Ses champs de riz d’un vert clair, ses étangs qui miroitent au soleil, ses cocotiers géants avec les minuscules huttes des indigènes à leur pied, forment un tableau d’une richesse de couleurs et d’un charme infinis.
La maison de mes compatriotes est située dans la plantation de Kakaha, au milieu d’une vaste prairie plantée de goyaviers et d’algoravas. C’est une jolie maison avec une véranda qui en fait le tour. On m’avait assigné ma demeure dans un cottage, à côté de l’habitation de mes hôtes; je ne tardai pas à faire la connaissance de mes nouveaux voisins, bruyants et caquetants, des martins tristes (acridotheros tristis) dont le nom répond aussi mal à leur caractère qu’à leur plumage. Le meina — c’est le nom que lui donnent les indigènes — vient des Indes et appartient à la famille des étourneaux. On me dépeignit son naturel sous les couleurs les plus noires: glouton et querelleur, cet oiseau, m’assura-t-on, aime à s’installer dans les nids des autres, qu’il en chasse à coups de bec. En fait de défauts, je ne pus constater chez le meina que sa grande loquacité. Le soir surtout, son caquetage est étourdissant; la nuit, au moindre bruit, il se réveille et bavarde à n’en pas finir.
De ma fenêtre, j’entendais la grande voix de la mer et je voyais la population cosmopolite de Kehaha se promener et s’amuser sur la plage. Les plantations occupent des Portugais, des Portoricains, des Chinois, des Japonais et quelques Kanakes. Ces derniers cependant ne travaillent que poussés par la plus grande misère. Les demeures des indigènes sont toujours ouvertes; on peut ainsi, sans indiscrétion, jeter un coup d’œil dans leur vie de famille et assister aux détails intimes de leur existence.
Ma visite au moulin à vapeur, où débute la fabrication du sucre, m’intéressa beaucoup. Je vis apporter des quantités énormes de cannes que l’on jette dans une machine pour y être broyées. Le liquide obtenu par cette opération est chauffé, clarifié au moyen de chaux et de gaz acide carbonique, après quoi on le cuit pendant trois ou quatre heures dans une chaudière. Le produit de cette cuisson, une mélasse épaisse, passe dans la machine centrifuge, qui la tourne avec une rapidité vertigineuse. Le sucre reste attaché aux parois du tamis, tandis que la mélasse liquide s’écoule et, cuite encore une fois, fournit une qualité de sucre inférieure. Le premier sucre, de couleur jaunâtre, est mis dans des tonnes et expédié aux raffineries de San-Francisco. Le moulin emploie comme combustible le résidu des cannes à sucre broyées et réduites en paille.

Indigènes dans les iris

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

En passant

Paris, par-ci, par-là (6)

Descendons les Champs-Elysées pour finalement parvenir place de la Concorde. Bien sûr, la première chose qui saute aux yeux c’est l’obélisque. Mais peu de gens connaissent l’histoire de cette place, surtout pas les touristes, sans parler d’une chose très grande, visible, que pratiquement personne ne remarque. Non il ne s’agit pas de l’obélisque, c’est encore plus grand. Comme on peut le lire dans les livres religieux, au début il n’y avait rien. C’est bien le cas de cette place, qui devient une vague esplanade au 18ème siècle. En 1748, on décide un peu de meubler en projetant d’élever une statue équestre de Louis XV, hommage au roi qui a failli avaler son extrait de naissance à Metz. Comme on est pas trop pressé, elle ne sera vraiment visible qu’une quinzaine d’années plus tard, mais le roi étant devenu très impopulaire, elle suscite plutôt quolibets et railleries.
Un premier coup de semonce, préfigurant le déclin la royauté, se produit le 30 mai 1770. Si le roi n’est plus en faveur, on ne déteste pas encore son fils, le futur Louis XVI. Justement il se marie avec une certaine Marie-Antoinette. Sur la place en cours d’aménagement, on décide d’offrir une fête au peuple de Paris, avec feu d’artifice final. Le peuple se presse, c’est noir de monde. Un tir d’artifice mal ajusté provoque un mouvement de panique, on déplore 132 morts sur la place au début du mouvement, mais des décomptes ultérieurs font grossir les chiffre à près de 700 morts. Ah il commence bien le futur règne du roi serrurier.
En 1772, la place est achevée et ressemble un peu à celle que nous connaissons aujourd’hui pour les dimensions. Les années suivantes sont celles qui mènent à la révolution. En 1789, l’année doit vous dire quelque chose, l’endroit devient un lieu de réunions agité et surtout il y aura assez d’espace pour y mettre une guillotine avec les spectateurs. Elle changera de place plusieurs fois, mais c’est bien là que seront exécutés Louis XVI (21 janvier 1793) et Marie-Antoinette (16 octobre 1793). On renversera la statue de Louis XV, que l’on remplace par une statue de la Liberté et on la renommera place de la Révolution.

La plaque de la place Louis XVI existe encore mais effacée


La place de la Concorde trouvera son nom en 1795, mais il ne faut pas voir l’endroit comme la plaque tournante des événements parisiens, ni un endroit au nom définitif. On pourrait même ajouter ironiquement qu’on ne sait pas trop quoi en faire. Les temps sont troubles, il y a des républicains, mais encore des royalistes, la guillotine a coupé des têtes pour un oui ou un non, mais rien n’est vraiment résolu. La France connaîtra quelques régimes assez différents, le Directoire, le Consulat, l’Empire, la Restauration. Les têtes couronnées, celles qui règneront vraiment, seront Napoléon 1er (1804 – 1814 puis brièvement en 1815); Louis XVIII (brièvement en 1814 puis 1815 – 1824); Charles X (1824 – 1830); Louis-Philippe 1er (1830 – 1848); Napoléon III (1852 – 1870). Cela vaudra à la place plusieurs changements de nom, elle deviendra place Louis XV, place Louis XVI, place de la Charte, elle reprendra son nom définitif de Concorde en 1830 à l’instauration de la monarchie de Juillet en 1830.
Mais l’événement qui va lui donner un aspect significatif se produit en 1831. Le vice-roi d’Egypte Méhémet Ali décide de donner en cadeau deux obélisques à la France, celles qui trônent à l’entré du temple de Louxor à Thèbes. Ce genre de cadeau est nettement moins transportable qu’une caisse de dattes, encore chance qu’il n’ait pas songé à la pyramide de Khéops. Bien entendu cela ne se refuse pas, bonne entente oblige. La livraison est prévue en deux temps, la seconde après avoir livré la première à Paris. L’obélisque pèse 230 tonnes pour 23 mètres de haut, à laquelle il faut ajouter les 240 tonnes du piédestal. Son sommet est donc à 33,37 m de hauteur. Autant dire dire que la poste de l’époque ne prend pas le colis en charge même dûment affranchi. La seule solution, le bateau. On a encore le temps, elle n’arrive qu’à fin 1933, mais on ne sait pas trop où la mettre. C’est alors que Louis-Philippe a une idée, la mettre sur la place de la Concorde. L’idée lui plait, car après la valse des statues que l’on érige pour mieux les enlever après, l’obélisque n’a pas de symbole politique. Alors c’est parti, il y a du boulot, elle finira complètement dressée le 25 octobre 1836. La seconde ne fut jamais livrée, il fallut attendre presque 150 ans pour que la France dise clairement qu’elle renonçait à cette dernière. Historiquement, comme nous l’apprend la petite histoire, ce ne fut pas vraiment la première obélisque à trôner sur la place. En février 1784, des suites d’un hiver terrible, le peuple de Paris en éleva une, mais en… neige! Ce fut en l’honneur de Louis XVI qui y alla de sa bourse pour soulager un peu les misères du petit peuple très exposé aux rigueurs de l’hiver.
A partir de là la place subira quelques aménagements qui peu à peu conduiront à son aspect actuel. Mais il est vrai que si vous y allez aujourd’hui, la première chose que vous remarquerez c’est l’obélisque. C’est de très loin le monument le plus ancien de Paris, il date du XIII siècle avant J.-C., époque ou Paris ressemblait à une marécage chichement peuplé.
Après ce bref résumé de l’histoire de cette place, il nous reste un point à mentionner dont je parle au début de l’article, cette chose très grande, plus grande que l’obélisque, bien visible et que personne ne remarque.
C’est une vieille idée émise par l’astronome Camille Flammarion, celle de se servir de la place pour en faire un cadran solaire, l’obélisque en étant ce qu’on appelle le gnomon. Elle mit longtemps à être finalisée, mais le 21 juin 1999 dernier solstice d’été du siècle, c’est chose faite. En parcourant la place vous allez en cherchant bien découvrir sur le sol une suite de lignes plus ou moins visibles avec des chiffres romains de VII à XVII en bout de ligne. L’ombre projetée par l’obélisque vers les chiffres indique l’heure qu’il est. Il faut relativiser sa précision car pour être exact toute l’année, il faudrait qu’elle soit inclinée en direction du nord polaire à 49 degrés, qui est la latitude de Paris, or elle est verticale. Ce cadran n’est donc précis qu’à certaines dates de l’année. mais le fait est qu’il existe.

Sources . Wikipédia, B.N.F, Street view, DP