Milt Hinton, l’artiste de la contrebasse

Milt Hinton (1910-2000) est une des contrebassistes les plus réputés de l’histoire du jazz. Bien que peu connu par ceux qui ne s’intéressent que peu à cette musique, il a amassé au cours de ses 70 ans de carrière un bilan impressionnant. D’après les statistiques établies, il a participé à plus de 1700 enregistrements. Dès la fin des années 20, il est musicien professionnel. C’est le musicien de jazz type, qui peut se glisser n’importe où et n’importe quand. Sa technique est unanimement reconnue. Adepte de la « slapping bass », c’est à dire frapper le manche de l’instrument tout en jouant, fait de lui un des rois de cette technique. Il joue aussi avec un archet. Au cours de sa carrière, il a joué avec les plus grands, tantôt comme membre régulier, tantôt comme musicien de studio. Son plus long séjour dans un orchestre fut pour celui de Cab Calloway, de 1936 à 1951. On le retrouve avec Duke Ellington, John Coltrane, Billie Holiday, Barbara Streisand et même Paul Mc Cartney. Il a aussi enregistré ses propres disques avec des sessions qui regroupent les vieux potes. Il est récompensé deux fois par les gens du métier. En dehors de la musique, c’était un passionné de photographie. Il a amassé un collection d’archives de 60000 photos, qui résument toutes les figures de jazz qu’il a rencontrées. Il était aussi socialement actif avec une fondation qui venait et qui vient encore en aide, aux jeunes démunis qui veulent étudier la contrebasse.
Un personnage clef, un de ces personnages un peu dans l’ombre, mais sans lesquels une musique ne serait rien.

Tout en taillant une bavette, une leçon de contrebasse

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Bobby Troup en route pour la 66

Bobby Troup est ne en 1918 en Pennsylvanie. Il se destine à une carrière de musicien en potassant les touches de son piano. Dès ses premières intrusions dans la musique au début des années 40, ce sera surtout comme compositeur qu’il sera remarqué. En 1941, il obtient un succès local avec une chanson qui s’appelle « Daddy ». Elle obtiendra un no1 national avec la version Sammy Kaye et elle figurera aussi au répertoire de Glenn Miller. La même année, Frank Sinatra mettra dans son répertoire une autre de ses chansons « Snootie Little Cutie ». Appelé par les obligations militaires, bien que blanc, il devient capitaine dans une unité de soldats entièrement noire. Dans une Amérique où le problème raciste n’est pas encore résolu, il se démarque par une sorte d’anticonformisme et organise son groupe de manière à rendre la vie plus agréable. Ses hommes construisent un night club, un terrain de basket et même un parcours de golf. Les activités musicales et sportives qu’il organise font que bientôt tous les blancs du camp viennent se distraire avec les noirs. Tout au long de sa carrièreil ne fera pas de différence entre les races, ses compositions s’adresseront tant à l’un qu’à l’autre.
En 1946, il marque un grand coup en composant sa plus célèbre chanson, « Route 66 ». Il semble que c’est sa première femme Cynthia qui lui suggère le titre. Cette chanson va devenir une institution dans la vie américaine qui prise les déplacements en voiture. Cette fameuse route va de Chicago à Los Angeles sur près de 3000 km. La chanson narre les principales villes et étapes que l’on peut rencontrer tout au long. C’est Nat King Cole qui la crée la même année. Depuis les versions ne se comptent plus, tout le monde la veut à son répertoire ou presque. Pour la génération suivante, ce sera surtout la version des Rolling Stones, à leurs débuts, qui entrera dans leurs oreilles. Bobby enregistre aussi ses propres disques, mais il seront loin d’atteindre la notoriété de ses compositions, comme pas mal d’autres compositeurs, Burt Bacharach par exemple. Qu’à cela ne tienne, en 1955, il produit le célèbre « Cry Me A River » enregistré par Julie London qui sera sa future femme cinq ans plus tard. En 1956 il est pressenti pour composer la musique d’un film qui va enflammer les teenagers qui s’adonnent au rock and roll « The Girl Can’t Help iT ». Cette comédie réalisée par Frank Tashlin est surtout intéressante par la présence de la pulpeuse Jayne Mansfield. Plus encore le film voit défiler quelques vedettes d’alors, mais surtout Little Richard, qui interprète le générique, mais aussi Eddie Cochran, Gene Vincent et ses Blue Caps, Fats Domino, les Platters et les Treniers. On retrouve également Julie London et son tube et aussi un certain Nino Tempo, qui va devenir une assez grande vedette plus tard. Même si le film n’est sans doute pas un chef d’oeuvre inoubliable, c’est un bon document sur l’époque.
Le compositeur continuera d’apporter ses contributions au fil des ans, Miles Davis en autres, et pour les musiques de séries tv. Mais c’est plutôt comme acteur qu’il réussira le mieux. On le verra dans la série Dragnet, on l’apercevra dans M.A.S.H. et plus tard dans la célébre série « Emergency » au début des seventies avec sa femme Julie. Il est décédé une année avant sa femme en 1999.
Bobby Troup fut et reste un personnage à part dans le monde de la musique. Tout le monde connaît au moins une de ses chansons, mais le personnage se cache un peu derrière elle. Ses propres interprétations n’ont pas vraiment trouvé grâce auprès du public et c’est un peu dommage. Mais s’établir comme un compositeur renommé, n’est pas rien. C’est même indispensable à la survie de la musique.

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Billie Holiday – L’ange noir

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Billie Holiday, Eleonora Fagan est née en 1915. Il existe beaucoup de controverses à propos de son enfance. Elle serait née à Philadelphie de parents très jeunes, sa mère, Sadie Fagan, a 18 ans lorsqu’elle accouche. Quant à son père on est pas très sûr de qui il s’agit dans la réalité, probablement un certain Clarence Holiday dont elle gardera le nom de famille. Ce qui est plus sûr, c’est qu’elle connut une enfance plutôt misérable, à Baltimore principalement. Elle est placée dans une école disciplinaire à 10 ans. Deux ans après, elle suit sa mère à New York. Après une histoire d’enlèvement dont elle aurait été victime, elle s’adonne à la prostitution, elle est encore très jeune, dans le quartier de Harlem. Elle passe un bref séjour en prison pour racolage. Il y a tout dans les débuts de sa vie pour en faire une chanteuse de blues, pour autant que le blues serve d’inspiration et d’état d’âme dans une carrière de chanteuse, ce qui semble être son cas.
Justement elle chante, mais dans des endroits qui ne sont pas encore les grands lieux qui l’ accueilleront plus tard. Sa principale source d’inspiration est une autre grande chanteuse noire, Bessie Smith, qui est une vedette à l’époque. La chance lui sourit assez vite. le grand producteur John Hammond, la remarque et lui fait enregistrer ses premières chansons. C’est comme chanteuse dans l’orchestre de Benny Goodman qu’elle fait ses deux premiers enregistrements, qui est alors plus connu comme musicien de session, mais il commence à mettre en place l’orchestre qui fera sa gloire. Elle ne commence réellement sa carrière de chanteuse soliste en 1936 pour le label Brunswick. L’orchestre qui l’accompagne est celui de Teddy Wilson avec qui elle entamera une fructueuse collaboration. C’est surtout par sa facilité d’improvisation qu’elle se distingue et elle arrive à se glisser à fond dans ses interprétations.
Elle impressionne les auditeurs qui font d’elle une chanteuse de premier plan. Elle fréquente alors le gratin du jazz de cette fin des années 30. Elle se fait à elle-même quelques infidélités et on la retrouve avec Count Basie et Artie Shaw. Elle compose aussi, assez peu il est vrai, mais « Billie’s Blues » est bien d’elle. Un nom que l’on retrouve fréquemment lié à son nom est celui de Lester Young, une légende du saxophone en devenir. C’est lui qui lui colle le surnom de Lady Day. Alors qu’elle est sous contrat avec Columbia, on lui propose une chanson « Strange Fruit », qu’elle désire enregistrer. Son label trouve la chanson inappropriée pour diverses raisons qui feraient bien rire maintenant. Il lui est toutefois autorisé de l’enregistrer pour le compte des disques Commodore qui va devenir son nouveau point de chute. Cette chanson va devenir une des plus connues de son répertoire avec son interprétation débordante de sensualité. Nous sommes en 1939 et tout va presque bien pour elle. Elle s’est établie comme une vedette connue et une des premières noires à être accompagnée par un orchestre blanc. On la verra un peu au cinéma. Son répertoire s’étoffe de chansons qui vont rester dans les annales et ça continue au fil des ans. En 1944, elle signe avec Decca qui va continuer de faire d’elle une artiste qui aligne les réussites discographiques en commençant par « Don’t Explain ». Toutes les chansons qu’elle grave dans la cire resteront des classiques qui vaudront par son interprétation personnelle. Mais la dame à ses démons. Elle s’est mariée en 1941, mais passe plus de temps avec un rival dealer que son mari. Elle ne crache pas dans la bouteille et consomme régulièrement des stupéfiants. Elle est arrêtée pour ces faits en 1947, jugée, et condamnée à la prison dont elle ne ressortira qu’en 1948. Elle réussit assez bien à relancer sa carrière et se produit la même année au Carnegie Hall. Elle replonge l’année suivante où elle est de nouveau arrêtée. Au tournant des années 50, à force d’abus, sa santé commence à décliner et sa voix suivra. Divorcée, elle se remarie en 1952. Le reste de sa carrière sera une alternative de périodes fastes et moins fastes. Ses derniers vrais enregistrements se feront pour le compte de Verve, le reste ne sera que des enregistrements pris en direct. En 1956, sa biographie est publiée. C’est une mise en forme d’une série d’entretiens qu’elle a eus avec William Dufty. De plus en plus atteinte dans sa santé, elle tourne encore régulièrement, mais devient peu à peu une ombre. Elle meurt le 17 juillet 1959 d’une cirrhose du foie.
L’histoire de la musique contemporaine compte beaucoup d’artistes, mais peu de divas. Elle en est incontestablement une, parmi les plus brillantes. La vie ne lui a pas fait trop de cadeaux, à une exception près, sa voix. Ce cadeau elle l’a partagé avec le monde entier. Il reste présent pour notre plus grand plaisr et c’est à nous de savoir en profiter.

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