En passant

Bas nylons et une pierre particulière

Il est parfois amusant de constater comment une chanson peut entrer dans la légende et devenir presque exclusivement attribuée à un artiste qui l’a en fait empruntée à un autre, même s’il n’est pas le premier à la faire. C’est là que la popularité d’un artiste peut aspirer tout ce qu’un autre a pu faire. Je suis assez pinailleur sur le sujet, mais les deux tiers du mérite revient au créateur de la dite chanson. La chanson qui nous occupe aujourd’hui est « I’m Not Your Steppin’ Stone », que pas mal de gens attribuent aux Monkees, ce qui est en réalité absolument faux. Couplée en 45 tours à leur fameux hit « I’m A Beliver », elle ne pouvait que pénétrer facilement dans les oreilles des teenagers en empruntant cette voie, d’autant plus qu’elle a des atouts pour le faire. La-dessus peuvent se greffer tous les phénomènes propres à la promotion d’un artiste et de ses enregistrements. Car dans ce cas précis pour l’original, ce n’est pas tellement le fait d’un groupe obscur mais bien d’un band qui était plutôt très connu aux USA, Paul Revere & Raiders, au potentiel évident. Même si avant de figurer au répertoire des Monnkees, elle est encore précédée par l’excellente reprise faite par Liverpool Five, ce n’est que grâce aux Monkees qu’elle gagnera ses galons de notoriété. Les compositeurs en sont Tommy Boyce et Bobby Hart, un duo aux multiples hits, occasionnellement aussi interprètes. Elle retrouvera une seconde jeunesse grâce au mouvement punk et plus particulièrement aux Sex Pistols qui l’enregistrent pour leur second album « Great Rock And Roll Swindle », aussi bande sonore de film. Elle n’a pas disparu des répertoires, car ceux qui l’interprètent encore aujourd’hui peuvent se recommander de deux écoles, celle des sixties et celle du punk. Partons en exploration…

L’original, Paul Revere & Raiders, début 66.

La première reprise, W.C. Fields Memorial Electric String Band, mai 1966

La très très bonne version de Liverpool Fine, un rien aux sons psychédéliques, juin 1966.

La version des Monkees, clip en playback, novembre 1966. Il existe des petites différences entre les versions mono et stéréo. Leur version ne démérite pas.

Première reprise en Angleterre par the Flies, assez intéressante, fin 1966.

Les Sex Pistols, version punkisée, 1979.

Les Merton Parkas, revival mod, 1979

Modern Rocketry, un air disco, 1983.

Long Tall Shorty, très énergique version, 1985.

The Krewmwn, un groupe psychobilly, 1988.

Intruder, du hard rock, 1989.

Version garage par Feminine Complexe, 1997.

Sky Saxon, ex chanteur des Seeds, sauce garage sixties, 2008.

Un version en live par Metallica.

Ce qui reste des Monkees en 2015, ceux qui sont au premier plan.

En passant

Bas nylons et petites histoires pour l’été.

Comme je lis énormément, il m’arrive parfois de retrouver des histoires ou anecdotes intéressantes dans les vieux journaux et bouquins ou sur la Toile, presque toujours par hasard. Je vous en ai sélectionné une poignée sur des sujets divers, mais qui valent un petit détour.

Monsieur Ferré n’aime pas Monsieur Barclay

Monsieur Barclay et sa maison de disques du même nom fut la plus grande marque indépendante française de disques. Un catalogue exhaustif qui se compte en centaines de publications, lui permit d’être un des plus en vue sur le marché du vedettariat sonore. A côté, il acquiert un droit de licence pour des grandes compagnies américaines comme Atlantic, Chess, et des tas d’autres de plus ou moins grande importance. Jimi Hendrix fut aussi un artiste maison, grâce à une licence des disques via Yameta, managé par l’ex bassiste des Animals, Chass Chandler.  Parmi les artistes maison, il a eu dans son écurie des grosses pointures de la chanson française comme Ferrat, Brel, Aznavour. Léo Ferré fit aussi partie du lot pendant presque 15 ans. Pourtant en 1967, il traîna devant la justice son patron pour une drôle d’histoire. En effet, lorsque sortit son album « Cette Chanson ». Ferré s’aperçut qu’il manquait une chanson celle intitulée « A Une Chanteuse Morte », hommage à Edith Piaf. Elle fut censurée sans préavis par Barclay, ce qui n’est pas très élégant, pour une raison lamentable. Ferré a toujours été un chanteur engagé, à côté d’être un poète exceptionnel dans ses plus beaux textes, l’anarchie le connaît bien. Il n’a jamais mis des gants pour dire ce qu’il pensait et c’est justement là qu’est le problème. Dans sa chanson en hommage à Piaf, il ne se contente pas de rendre un hommage à la Môme, mais il égratigne celle que l’on avait désigné comme successeur, Mireille Mathieu. Comparer Mireille Mathieu à Edith Piaf, c’est comparer un feu de cheminée à un incendie et cela n’a pas échappé au chanteur. Il fait une allusion à la fille d’Avignon en ces termes : « on ne t’a pas remplacée sous la lampe à arc, n’en déplaise à Monsieur Stark ». Stark est l’impresario de Mireille Mathieu et comme cette dernière est à cette époque certainement la meilleure vendeuse de disques maison, cela frise au sacrilège, version showbiz. Même s’il fut défendu par le célèbre Me Floriot qui traita Barclay de dictateur et réclamait la saisie du disque, Ferré fut débouté. Malgré tout, la collaboration entre les deux hommes continua, on dut s’arranger à l’amiable en coulisse.

Voici cette chanson suivie d’un titre datant de 1965, où Ferré se moquait (gentiment) de Barclay.

Un Accident qui soulage.

Cette histoire absolument authentique est arrivée aux sports d’hiver. Madame skie et a soudain un besoin pressant à satisfaire. Elle se met à l’écart de la piste à l’abri de quelques buissons qui avaient eu la bonne idée de pousser là, toutefois sur un terrain loin d’être plat. Mais les pentes ayant la fâcheuse habitude d’être à la descente vers le bas, l’attraction terrestre s’en mêlant, voilà notre brave dame qui repart sur ses skis et réintègre la piste de ski la culotte en bas, situation pas très optimale pour battre faire du slalom, et finit par se casser la gueule. Emmenée à l’hôpital, elle est en attente sur un brancard que l’on veuille bien s’occuper d’elle, les dégâts n’étant pas d’une extrême gravité et ne nécessitant point d’urgence. Voici que l’on pose un second brancard à côté d’elle, avec un monsieur ayant aussi eu quelques problèmes. Tout naturellement, la discussion s’engage et la dame demande au monsieur la raison de son arrivée à l’hôpital. Le bonhomme déclare alors : « J’étais en train de faire du ski quand j’ai vu une femme qui skiait à poil, et je me suis foutu dans un arbre !

 

Un bref lever de soleil.

Cette histoire n’a jamais paru dans un journal, et pourtant elle est aussi authentique, d’autant plus authentique qu’elle est arrivée à mon père, et qu’il aimait à la raconter tant elle est idiote par les faits, faits dont il n’est pas la cause, mais la victime. L’histoire commence par la demande d’un couple qui connaissait mon père, de l’accompagner pour une excursion. Dans la région où ils habitaient, il y avait une montagne, la plus haute loin à la ronde, c’est scientifiquement prouvé, réputée pour ses levers de soleil sur des décors des plus plaisant. Pour les admirer, il n’y avait qu’une solution, passer la nuit à l’hôtel qui se trouvait au sommet de la fameuse montagne, aucun moyen de transport pour y arriver, sinon en voiture par des chemins pas trop carrossables, nous sommes dans les années 1920. Et puis, de voiture, ils n’en avaient pas, alors la marche était la seule solution envisageable. Du village le plus proche, il y avait bien une dizaine de kilomètres pour arriver au sommet avec au moins 800 mètres de différence d’altitude, vis des chemins tortueux et en empruntant une gorge. Les voilà partis, on passe la nuit à l’hôtel et on se lève de bon matin pour admirer le spectacle, un spectacle plutôt mitigé car le temps est plutôt couvert. Ce que mon père n’avait pas prévu, c’est que ce couple très bigot avait prévu de regagner le village le plus proche pour assister à la messe dominicale, aussitôt le jour levé. Lui, il pensait passer une journée pépère, et envisagea même de renter dans l’après-midi après un bon gueuleton. En faisant la grimace, mon père se rangea à leur décision, bien que ses croyances religieuses ne soient pas assez fortes pour lui faire envisager une damnation éternelle s’il n’allait pas à la messe. En route pour l’aventure, sur le chemin qui conduit au village vers la fameuse église dans laquelle pourrait s’apaiser la colère divine. Pourtant, elle ne tarda pas à se manifester sous forme d’un de ces orages matinaux dont la montagne a le secret. Ils arrivent à se mettre à l’abri sous une sorte de rocher qui surplombe la gorge et qui les empêche d’être trempés jusqu’aux os. Ce pète de tous les côtés, il tombe des tonnes d’eau et ça dure, ça dure. Le couple croyant la dernière heure arrivée, prient comme si le grincement des portes de l’enfer se faisait entendre entre deux coups de tonnerre , ils invoquent tous les saints dont il connaissent le nom, même ceux dont ils soupçonnent l’existence. Sans doute, leur prière furent plus fortes que les jurons de mon père, peut-être l’inverse, mais l’orage finit par se calmer et s’éloigner. On reprit la route, on arriva au village, juste à temps pour voir les gens sortir de l’église !

Monsieur Paul, l’homme qui regardait la mort.

Il n’est pas nécessaire d’avoir une profession bien vue pour devenir célèbre. Il y a des métiers qui sont absolument nécessaires, mais qui jouissent plutôt d’une mauvaise réputation, agent des pompes funèbres en est un exemple. Juste à côté, dans le même style, celle de médecin légiste peut sembler rébarbative. Cette dernière est plus scientifique et requiert des connaissances précises, il faut pouvoir affirmer sans se tromper, la cause d’un décès. Dans le cas d’une mort suspecte, il appartient à cette personne de démêler tous les détails de cette dernière, devant une cour d’assises la vie d’un accusé peut basculer d’un côté ou de l’autre selon ses affirmations. A l’instar de célèbres avocats qui furent quasiment des vedettes, un médecin légiste se hissa dans le monde des célébrités. il s’agit de Charles Paul. Né en 1879, médecin de formation, il fut un des personnages qui apporta sa contribution à une police devenue scientifique. Personnage à l’éloquence facile, très bon vulgarisateur, très persuasif, il devint un personnage clef lors de certains procès. Il apparut au procès de  Landru, Violette Nozière, Marcel Petiot. Il autopsia les corps de célébrités comme Jean Jaurès ou Jules Bonnot, Au cours de sa carrière qui s’étale sur plus de 50 ans, il pratiqua des autopsies sur presque 160 000 cadavres, ce qui fait une moyenne de 8 à 9 autopsies par jour ouvrable. Fréquemment, ces personnages côtoyant les choses morbides sont plutôt des joyeux caractères. On lui prête quelques bons mots qui font partie de sa légende. En voici quelques uns…
Très souvent ces personnalités un peu marginales et connues suscitent une curiosité pas toujours de bon aloi, alors souvent on les invite à dîner, il n’était pas réputé pour dédaigner les arts de la table et était plutôt du genre très bon vivant. On imagine qu’il avait des préférences pour ses fréquentations et ce n’est pas toujours d’humeur joyeuse qu’il répondait à ses invitations. Il le faisait savoir à sa manière, Souvent la maîtresse de maison se faisait un malin plaisir à lui demander de couper le gigot ou la selle de chevreuil. Pour éviter la corvée, il avait sa petite méthode. Quand il se pointait, souvent en retard, il disait à la maîtresse des lieux : « excusez-moi chère amie, j’ai été retardé par un client qui avait trois mois de caveau, m’autorisez-vous à me laver les mains ? »
Evidemment avec la professions qu’il exerçait on essayait de lui tirer une consultation à l’oeil. Imperturbablement il répondait : « Ne vous inquiétez pas, nous verrons cela à l’autopsie ! »
On le surnommait l’homme aux cent mille autopsies, chose qu’il trouvait parfaitement idiote. Pour preuve, il donnait en exemple le maître d’hôtel de la célèbre Tour d’Argent qu’il fréquentait assidûment et qui chaque fois croyait bon de lui glisser à l’oreille : « Monsieur le professeur, je vais avoir l’honneur de découper devant vous mon XXXX ème canard au sang ».
Un matin alors qu’il traversait la rue, il manqua de se faire écraser par une jolie conductrice qui lui cria : « Attention le gros ! ». Il releva le numéro de la plaque et retrouva l’adresse de la conductrice, chose facile pour lui, et lui envoya le mot suivant : « Le gros, madame, vous adresse ses respectueux hommages, et reste à votre entière disposition. Docteur Paul, médecin légiste. » Il paraît que le mari lui répondit en le remerciant et en lui affirmant que sa femme conduisait depuis plus prudemment.
Lorsque Henri-Georges Clouzot tourna son fameux film « Les Diaboliques ». Si vous l’avez vu, vous aurez remarqué qu’il y a une scène à la morgue. Le docteur Paul autorisa le cinéaste à tourner quelques scènes dans les lieux. La femme du réalisateur et actrice, Vera Clouzot, qui était présente se plaignit d’être incommodée par l’odeur. Le docteur lui glissa : « Ne vous formalisez pas ! », ce qui n’empêcha pas la dame de tomber dans les pommes, heureusement il y a avait un docteur sur place !

George Bernard Shaw, le célèbre écrivain anglais, aimaitz pratiquer la dérision et l’humour noir. A une personne qui le demandait de ses nouvelles il répondit : « Ca pourrait aller beaucoup mieux : j’ai un souffle au coeur, les poumons pris, un ulcère à l’estomac, mon foie est congestionné, et moi-même je ne me sens pas très bien. ». Il mourut quand même à 94 ans.

En passant

Bas nylons et jouer avec le feu

Quand une chanson me plaît vraiment, j’aurais assez tendance à collectionner les versions. Dans certains cas, cela peut se limiter à deux ou trois reprises. Pour d’autres le choix est plus vaste, il en existe des dizaines. Si elle est un tant soit peu originale, cela peut donner l’impression de la (re) découvrir et de l’écouter de nombreuses fois. Un titre qui devient un gros succès a de plus fortes chances de bénéficier de cet atout et aussi d’attirer un certain nombre de repreneurs. Pour les artistes les plus célèbres, on peut constater un autre phénomène. Des chansons classées comme titres secondaires parviennent à intéresser d’autres artistes qui en font leur propre version, et parfois même un succès. On se souvient du fameux « Michelle » des Beatles qui figurait sur l’album « Rubber Soul », dont on dédaigna la publication en 45 tours simple en Angleterre. Reprise par les Overlanders, elle se classa à la première place des charts. Par contre, elle dut s’effacer dans les pays où un 45 tours des Beatles fut édité avec la fameuse chanson. Toujours à propos des Beatles, la reprise de « With A Little Help From My Friends » lança la carrière de Joe Cocker en 1968. Beaucoup de monde remarqua cette chanson grâce à lui, alors qu’elle était un peu perdue sur le fameux album « Sgt Pepper ».

Avec les Rolling Stones, c’est un peu différent. Contrairement aux Beatles, leur répertoire est un peu moins accessible au premier abord, les lignes mélodiques sont plus compliquées, sans doute aussi moins attirantes pour un amateur de variété pure. Malgré tout de nombreux artistes reprennent un titre ou l’autre du répertoire, mais ce n’est pas exactement la même clientèle. Mais si on prend la peine d’explorer la discographie en détail, il y a des chansons qui sont de petites perles de douceur mélodique et d’ambiance comme « Play With Fire ». Enregistrée en Amérique en janvier 1965 avec la participation de Phil Spector à la basse, la chanson échappe totalement au style habituel du groupe pour l’époque. Elle contient de la guitare acoustique, du clavecin, un tambourin amplifié à travers une chambre d’écho. Les paroles évoquent l’idée de celle qui joue avec le feu et qui se brûle, une image qui colle assez bien avec l’image des Stones qui passent pour des voyous selon une certaine presse. C’est une des quelques chansons créditées à la composition de Nanker-Phelge, qui cache sous ce nom la signature des membres du groupe selon quelques sources, ou aussi Mick Jagger et Keith Richard, pas trop sûrs de leurs talents de compositeurs selon d’autres sources. Elle parut initialement comme face B du succès « The Last Time ». Personnellement, je la considère comme la chanson d’eux que j’ai le plus écouté et que je préfère. Un aperçu des nombreuses reprises de ce titre qui, il faut la constater, a supplanté, l’intérêt pour l’autre face. Elle figure encore dans le répertoire de scène du groupe.

L’original 1965

Sans doute la première et bonne reprise en 1966, le duo Twice As Much, le producteur est celui des Stones.

La reprise des Beau Brummels, 1966.

John Fred & Playboys avant le succès international de « Judy In Disguise », 1966.

Une belle version pop par West, Bruce, Laing, du beau monde, 1974.

La chanteuse d’origine italienne, Dana Valery, 1975.

Jon English, Une reprise assez originale, chanteur d’origine australienne.

Très différent et bon par les Fleshtones, 1980.

Diodes, des Canadiens un peu punks, 1982.

Manfred Mann’s Earth Band, 1996.

Le Français Rodolphe Burger ex Kat Onoma, assez réussi, 1998.

Dead Moon, emmenés par le légendaire Fred Cole, qui fit partie du must psychédélique sixties Lollipop Shoppe, ici en live 2002.

En live, les fameux Little Bob Story, 1982.

Bien trash, les Australiens Feedtime, 1988.

Sur scène, tout récemment.

 

 

Exploration en terre musicale inconnue

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien par la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.

Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1972 – Amazing Blondel –  un trio de folk anglais à l’inspiration baroque et médiévale. Produit à l’origine comme Cat Stevens, par Paul Samwell-Smith, ancien bassiste des Yardbirds.

1972 – Spontaneus Combustion – Space Ship, trio anglais plutôt hard.

1970 – Groupe Naissance / A Bientôt. L’avènement de la pop donna l’idée à quelques uns de se servir de ce mouvement pour transmettre un message religieux. Si on fait abstraction des paroles ridicules pour un athée, ce titre est plutôt bien fait musicalement, un rien psychédélique. Il est produit par le label Jef spécialisé dans ce genre de truc.

1966 – Bob Lackman / Laughing Boy. Un excellent disque qui n’est pas sans préfigurer ce que fera David Bowie plus tard. On ne connait pratiquement rien de ce chanteur, sinon qu’il est anglais et lancé par le fameux President Rosko, célèbre animateur radio-télé.

1968 – Eyes Of Blue / Crossroads Of Time. Groupe sous la houlette du fameux Graham Bond, un titre qui aurait mérité un succès plus conséquent. Entre pop, jazz et classique.

1967 – The Lyrics / Wait . Groupe assez connu chez le garagepunkeux sixties, une belle réussite dans le genre.

1969 – The Locomotive / Mr Aramageddan. Du psyché anglais.

1968 – Mec Op Singers – Miserere. Après un titre inspiré de la musique grégorienne « Dies Irae », qui avait assez bien cartonné en Europe, les Mec Op Singers, un band belge voisin de la frontière française, enregistrent un disque de même style deux ans plus tard. C’est très plaisant pour ceux qui aiment ce genre d’ambiance. Si le premier sur Disc AZ est relativement courant, cette deuxième publication est nettement plus difficile à dénicher en pressage français.

1970 – Ben Cramer / Lady Of The Night. Hollandais, il a participé à l’Eurovision. Un peu dans le style de Barry Ryan.

1971 – Irish Coffe  / Carry On. Très connus en Belgique où ils sont nés, ils ont très bonne réputation chez les collectionneurs. Un disque intéressant.

1978 – Herman’s Hermits  / Heart Get Ready For Love. En pleine période disco, Herman’s Hermits sans Peter Noone, tentent de relancer la machine sans convaincre vraiment.

1963 – Simone Jackson – Tell Me What To Do. Issue de l’ère Beatlemania, elle est peu connue ici ou même ailleurs.

En passant

Bas nylons et un mec un peu spécial

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De manière générale, la création d’un style musical est presque toujours le fait des artistes. Dans des cas beaucoup plus rares, une maison de disques arrive à servir de référence et devient pratiquement une icône pour un style précis. Par exemple, les fameux disques Sun à Memphis sont très réputés pour être une des pièces maîtresses de l’avènement du rock and roll dans les années 1950, surtout que le propriétaire, Sam Philips, est pour beaucoup dans la découverte d’Elvis Presley. Du côté des artistes noirs à cette période, les choses sont moins évidentes, mais le label Chess est en gestation et commence à enregistrer les premières pépites de ce qui va devenir un base de référence pour le monde entier à travers tous les musiciens anglais qui se feront fort de revisiter le style et lui donner une visibilité qui deviendra mondiale. Pour l’instant, le mouvement est encore assez marginal et intéresse plus spécialement la communauté noire. Le blues, le jazz, sont sans conteste originaires du sud des USA, la Louisiane, le Mississippi, le Missouri, sont les fiefs des bluesmen noirs qui pratiquent cette musique de manière assez artisanale. Le jazz fut le premier à prendre son envol au début du 20ème siècle et gagna  le monde en quelques dizaines d’années. Le blues reste alors assez confidentiel, bien que la frontière entre les deux musiques est parfois très ténue. Difficile de ne pas voir du blues dans certains disques de Louis Armstrong, mais pendant longtemps le blues est avant tout une musique acoustique, à l’accompagnement minimaliste, souvent une simple guitare.

C’est l’économie qui va s’en mêler à sa manière. L’état du Michigan et Chicago sont connus pour être une des bases de l’industrie américaine, notamment la voiture. Elle fait appel à une nombreuse main d’oeuvre dont les Noirs en sont une des composantes. C’est dans cette ville qu’Aristocrat records, devenu Chess par la suite, voit le jour en 1947. Ce qui va sans doute donner une orientation définitive à la musique du label, c’est que les fondateurs sont des Blancs d’origine polonaise, Phil et Leonard Chess. Les artistes seront presque exclusivement noirs, mais sous l’impulsion des managers blancs la musique deviendra électrique. La label va produire nombre d’artistes qui vont devenir de vraies légendes, mais aussi un compositeur – contrebassiste qui va se révéler un des pièces maîtresses du label, Willie Dixon.

Le plus célèbre artiste du label est Muddy Waters, bien que pas mal d’autres soient presque aussi célèbres que lui, enregistre en 1954, une composition de Wille Dixon « Hoochie Coochie Man », qui va imposer un style tant du point de vue rythmique que du tempo et susciter de nombreuses inspirations. Revisitons quelques interprétations de ce grand classique, comme d’habitude j’ai fait un choix, il y en a tellement.

L’original, Muddy Waters, 1954.

Le premier anglais à l’enregistrer Alexis Korner et Blues Incorporated, 1962.

Hoyt Axton, le fameux créateur de « Greenback Dollar » en folk et jazz, 1963.

Manfred Mann, c’est presque évident de la trouver chez eux, 1964.

Dion l’idole des teenagers aux millions de disques vendus, n’a jamais caché son admiration pour le blues. En 1964, il enregistre sa version très originale.

Les nashville Teens en 1964, une version assez inatteignable puisqu’elle ne figurait que sur le seul album d’époque publié seulement aux USA. On retrouve ce son et ce rythme appuyé si typique chez eux, lointain ancêtre du hard rock.

Long John Baldry, cet excellent pionnier du blues anglais, pousse la reconnaissance jusqu’à appeler son groupe Hoochie Coochie Men, dans lequel figure parfois un certain Rod Stewart, 1964.

Les Hollandais Johnny Kendall & Heralds, qui s’inspirent sans doute un peu de celle de Dion, un traitement qui s’approche plus du beat, mais aussi très original datant de 1964. C’est la première version que j’ai mise dans ma discothèque, il y a bien des printemps. J’adore toujours.

Les Rattles pour l’Allemagne, c’est la deuxième version entrée dans ma collection, 1965.

Wayne Fontana et les Minbenders, 1965.

Sam The Sham & Pharaohs, 1965.

Shadows Of Knight, 1966 premier album.

Une version assez inattendue, celle de Jimmy Smith, 1966.

Chuck Berry et le Steve Miller Band, 1967, live à St Louis.

Steppenwolf, premier album 1968.

La version du compositeur, 1970.

John Mayall l’enregistra en live en 1965 avec Eric Clapton à la guitare solo. Mais le titre ne fut publié qu’en 1977 sur une compilation.

Motorhead, en 1983, bonne version assez nerveuse.

Un document rare, de qualité moindre, Graham Bond Organisation dans une version live en 1965, on peut apercevoir Jack Bruce à la basse et Ginger Baker à la Batterie, deux futurs Cream et Dick Heckstall-Smith, un futur John Mayall, Sweet Pain, Colosseum,  entre autres.

Une version prise lors d’un concert des Doors en 1966.

En passant

Vers d’autres horizons musicaux

A la fin des années 1960, sans doute un peu lassé parce que j’écoutais, j’ai cherché des palliatifs. En fréquentant les disquaires qui offraient de nouvelles alternatives musicales, je me suis tourné après avoir écouté, vers ce qui me semblait sortir des sentiers battus. Les Stooges, MC5, Blue Cheer, Frank Zappa, Captain Beefheart, me parurent répondre a cette recherche. Ce furent les premiers pas. Par la suite, j’ai cherché à compléter mes écoutes en mettant la main sur des artistes relativement obscurs dont les disques n’étaient pas toujours évident à trouver. Je n’ai jamais cessé d’explorer cette voie, même encore aijourd’hui, je découvre des trucs qui datent de 40 ou 50 ans en arrière, souvent sur les conseils d’un autre collectionneur. Aujourd’hui on colle souvent l’étiquette de musique progressive sur ces artistes qui sont devenus les pionniers d’un style ou de simples parenthèses de ce mouvement. Voici une sélection des ces trucs pas toujours évidents à écouter pour un profane, mais qui confinent au céleste pour les amateurs. Je me suis attardé plutôt à présenter les plus célèbres, bien que pour certains ce terme relève un peu de la gageure. Pour ces derniers, à travers le monde, ils ne sont connus que par quelques milliers et encore, tandis que les autres peuvent additionner les fans par millions.

Un de ces trucs bien baveux, bien déglingué, bien saignant, de la musique pour grandes personnes. Shockabilly, groupe des années 80 avec Ed Sanders, le chanteur des Fugs.

The Deviants, vraiment un des premiers du genre. Leurs albums sont autant légendaires que leur musique.

Captain Beefheart, un personnage tout en saveurs.

Edgar Broughton Band, par hasard il a la même voix que celle de Captain Beefheart.

Stackwady et leur fameuse reprise de « Mystic Eyes » de Them.

MC5, toute une légende dont il ne reste que peu de survivants parmi les membres fondateurs.

Frank Zappa, avec le Captain Beefheart aux vocaux, une riche idée.

Pink Fairies toute une histoire.

Twink, une légende qui passa à travers d’autres artistes de légende dont les Pink Fairies.

Les Stooges à leurs débuts et bien sûr Iggy Pop.

Frank Marino, très proche de Jimi Hendrix, mais bien bordélique.

Ron Ashton, après les Stooges dans Destroy All Monters.

 

Toujours Ron Ashton, mais ici avec le batteur de MC5, dans un groupe qui s’appelait New Order, avant les autres New Order.

Blue Cheer, un de leurs vieux titres en live dans les années 90, superbe !

The Monks, des GI’s basés en Allemagne décident de « faire » de la musique. La chose qu’ils détestent le plus, les mélodies. Alors pratiquement tout leur répertoire est composé de manière rythmique avec des vocaux entre borborygmes et plaintes arrachées, ils sortent un album et quelques singles. Entre 1965 et 1966, ils se posent comme le premier groupe de punk, bien avant l’heure. Pas pour un titre qui pourrait approcher le style, mais pour tout le répertoire. Ils eurent peu de succès avant de devenir des vraies légendes.

En passant

Bas nylons et chanson d’amour pour qui en veut

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Nous l’avons vu dans d’autres posts, nombre de ces vénérables bluesmen ont attiré la curiosité des musiciens blancs, fins prêts à puiser dans leur répertoire. Pour certains le discographie est tellement pléthorique que seule une poignée de chansons seront plus ou moins immortalisées. Par exemple, c’est le cas de John Lee Hooker dont une dizaine de chansons sont plus ou moins célèbres, ceci parmi des centaines d’enregistrements. Prenons un cas contraire, celui de Slim Harpo (1924-1970), dont la discographie se résume à peu près au contenu de trois albums pour les créations originales, mais en pourcentage, le nombre de ses titres qui firent les beaux jours des musiciens blancs est beaucoup plus élevé, en parallèle d’une source d’inspiration assez présente. Les Moody Blues tirèrent leur nom du titre d’une de ses chansons, tandis que d’autres s’inspirèrent de sa musique pour la détourner comme les Who où les Yardbirds qui transformèrent « Scratch My Back » en « Rack My Mind ». Une des bonnes raisons de l’intérêt des Blancs pour sa musique se trouve dans le fait que son blues électrique est assez facilement transposable dans leur style d’interprétation. Ils ne nécessitaient pas, comme dans certains cas de blues acoustique, de presque réécrire le morceau. Les Rolling Stones en reprenant « I’m A King Bee » dans leurs premiers enregistrements, ont sans doute été attirés par ce son un peu brouillon si cher à leur image de marque des débuts. Mais d’autres ne s’en priveront pas, les Yardbirds, Them, Pretty Things, trois parmi tant d’autres, vont y faire leur marché. La reprise des Rolling Stones correspond à la face A de son premier 45 tours, mais l’autre face va aussi connaître une belle carrière, il s’agit de « Got Love If You Want It », titre qui sera également détourné au profit des Rolling Stones pour l’appellation de leur premier album live « Got Live If You Want It ».

Version originale 1957.

La première reprise par un Blanc est le fait de Warren Smith, un chanteur de rock and roll de l’écurie Sun, assez connu pour « Ubangi Stomp », 1958.

Les Yardbirds avec Eric Clapton sur l’album « Five Live » en 1964. On y trouve toute la maestria du groupe, annonciatrice des beaux jours futurs.

Les Kinks, version studio, 1964. Cette reprise fit beaucoup pour mettre ce titre en évidence, plus que celle des Yardbirds, alors moins connus que les Kinks.

Version live à l’Olympia en 1965, si vous regardez bien vous y verrez un certain Ronnie Bird parmi les spectateurs (Il n’a pas l’air très enthousiasmé par le concert). Et peut-être vous ?

Sous le nom de High Numbers et sous le titre de « I’m The Face » les Who enregistrent en 1964 cette transposition du titre de Harpo. Complètement obscur, ce 45 tours est l’une des plus grosses raretés des Who.

The Boots, Allemagne,  Très adulés dans leur pays, ils faisaient plutôt de très bonnes reprises.1965.

Johnny Winter sur son album Liberty, 1969.

John Hammond, 1971.

Tav Falco Panther Burns.

Thee Headcoats Sect, Billy Chiddish & Downliners Sect, 1999.

Steve Miller & George Thorogood, 2005.

Steve Gibbons de ZZ Top, 2018.