En passant

Exploration en terre musicale inconnue (47)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1966 – The Other Half / Mr Pharmacist. Groupe qui est aussi une légende du psychédélique garage punk avec en son sein un grand guitariste, Randy Holden, qui passera par la suite brièvement dans Blue Cheer. Cet EP est une assez grosse pièce de collection cotée plusieurs centaines d’euros.

1967 – The Electric Prunes / Long Day’s Flight. Il existe deux EP’s du groupe, les deux étant relativement rares, le second un peu plus, dont voici le titre principal. Comme tout ce qui est psychédélique dans ce style de publication, cette pièce atteint volontiers et dépasse la centaine d’euros.

1966 – Love / Seven And Seven Is. Une autre grosse et mythique machine psychédélique américaine qui a aussi deux rares EP’s en publication française. Sur le second on trouve ce titre qui est un de leurs plus emblématiques. Aussi une assez grosse et rare pièce. Même si pratiquement tous les membres originaux sont décédés, dont le fameux guitariste Arthur Lee, il existe encore aujourd’hui une survivance du groupe composés de membres ultérieurs ayant joué avec Arthur Lee.

1969 – The Stooges / 1969. Pour les Stooges, les fans recherchent en général les éditions originales. La France les intéresse notamment pour les singles extraits des deux premiers albums avec pochettes photo qui n’ont pas d’équivalent ailleurs. Sans être immensément rares, ils attirent pas mal de monde ce qui fait monter les prix. Le premier existe en réédition et en version pirate, c’est dire qu’il est quand même intéressant.

1969 – MC5 / Kick Out Of The Jams. On peut quasiment dire la même chose de MC5, ce single sorti la même année que le précédent a quelques atouts côté pochette, il me semble quand même un rien plus courant que celui des Stooges, si je dis courant, il ne faut pas confondre avec « Acropolis Adieu » de Mireille Mathieu. S’il avait eu l’introduction originale censurée (mothers and f… remplacé brothers and sisters), le monde des collectionneurs en fut changé et le prix aussi.

1967 – The Doors / Brak On Through. Sans doute le pièce la plus mythique et la plus rare de la discographie française des Doors, le premier EP. C’est aussi rare que les pauvres à Monaco.

1967 – Jacqueline Taïeb / Juste Un Peu D’amour. Rares sont les chanteuses issues de la vague yéyé qui cartonnent auprès des collectionneurs étrangers. En voici un des plus beaux exemples. Elle débute en 1967 par un tube  » 7 Heures Du Matin », une chanson qu’elle a écrite comme la plupart de son répertoire. Elle continuera de chanteur et publier un dizaine de 45 tours avec un succès nettement moins éclatant. Par contre, elle composa pour de nombreux artistes et pas des moindres. Par une de ces mystérieuses conjonctions astrales comme diraient les astrologues, cette chanson acquiert une réputation internationale et au fil du temps, sa discographie originale, période 1967-1968, devient un must pour les collectionneurs anglais, japonais, américains. On s’arrache littéralement les copies, surtout son hit et son album canadien, ainsi que la version en anglaise de son hit publié en Angleterre. Le pompon reviendra à son troisième EP, le plus rare, j’ai vu une copie partir à plus de 700 euros. Ses disques les plus intéressants sont dans l’ensemble très difficiles à attraper, car dès qu’une copie apparaît elle ne reste pas longtemps visible.

1967 – Delphine / La Fermeture Eclair + Ne T’en Vas Jamais. Encore un de ces trucs typiquement français qui peuvent aussi intéresser les collectionneurs étrangers. Cette chanteuse d’origine belge n’a pas vraiment connu la gloire avec ses disques. Pourtant si ce disque est devenu recherché, il y a une bonne raison. On trouve deux versions françaises du groupe psyché américain We The People. De plus, ces versions sont faites sur le play back du groupe américain, ce dont le groupe original ne semble jamais avoir été au courant. Compter 300 euros pour une copie en très bon état.

Sur « In The Past »

Sur « St John’s Shop »

1967 – Stella / L’Idole Des Jaunes. Stella Zelcer deviendra par la suite Stella Vander, épouse de Christian Vander de Magma. Mais avant, à 13 ans, elle enregistre son premier disque. Au cours des années suivantes, elle aura quelques succès en interprétant des chansons un peu ironiques ou satiriques dont elle compose les paroles. Sa discographie va de l’assez courant pour les succès au plus rare pour les autres. C’est le cas de ce single de 1968, dont certains passages peuvent faire penser à « Purple Haze » de Jimi Hendrix.

1970 – Brigitte Fontaine / L’Eté L’Eté. Chanteuse à part dans la chanson française, elle a abordé de nombreux styles peu conventionnels, souvent avec le compositeur et mari Areski Belkacem. Ce n’est pas la chanteuse dont on achète un disque par hasard. On y vient plutôt quand on en a marre du reste et que l’on veut découvrir quelque chose de nouveau. Ses premiers enregistrement sont assez rares et appréciés des connaisseurs. Ils atteignent vite quelques dizaines d’euros pour les copies originales. Cette chanson est extraite de son succulent album « Comme A La radio » qui contient cette fameuse et débile histoire du chef de gare de la Tour de Carol.

1971 – Béatrice Tiekielski / Résurection. Avant de connaître une certaine notoriété à partir de 1977 sous le patronyme de Mama Béa (Tiekielski), bien en-dessous de ce qu’elle méritait, elle avait enregistré pour le label JPB un album en 1971 dont fut extrait un très rare single. Ce disque ne préfigure pas son style déglingué aux vocaux déchirés et rauques, sorte de chanson française électrifiée et progressive, mais il a le mérite d’exister. C’est pour moi, l’une de mes meilleures découvertes des années 70, j’écoute toujours religieusement son très expérimental album « La Folle ». Malheureusement, elle semble n’a rien enregistré depuis plus de 20 ans.

1966 – Catherine Ribeiro / Les Cloches Dans La Vallée. La discographie Barclay de Catherine Ribeiro est toujours un assez joli parcours pour en trouver une copie, deux EP’s et un troisième qui n’existe qu’à l’état de promotion hyper rare. Le premier est rare, le second très rare, je ne l’ai vu qu’une fois dans un magasin et une fois dans ma collection, c’est d’ailleurs la même copie. On y trouve une reprise d’un titre de Pete Seeger « The Bells Of Rhymney » popularisé par les Byrds.

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En passant

Exploration en terre musicale inconnue (46)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1975 – Betty Davis / Shut Off The Kight. Elle fut brièvement la femme de Miles Davis. Elle se lança au cours des seventies dans une carrière de chanteuse plutôt funk. Mais c’est d’une cuvée supérieure. Disque rare.

1968 – Donovan / Wear Your Love Like Heaven. Dans les publication française de Donovan, il n’y a rien de vraiment rare. Cela se partage entre le courant et le moins courant. Dans cette seconde catégorie, on peut assez facilement ranger ce disque qui n’est pas son titre le plus connu. Mais ce n’est absolument pas un disque coté.

1959 – Annette (Funicello) / First Name Initial. Bien qu’elle soit une vedette aux USA, sa discographie française se résume à presque rien du tout. Cette première publication de 1959 annonce un peu le style surf à venir. mais les Beach Boys ne sont pas encore dans la course pour le populariser. Disque néanmoins assez rare.

1963 – The Essex / Easier Said Than Done. Un no 1 aux USA, pourtant cette chanson n’a laissé que peu de traces dans la mémoire collective, ce n’est pas trop la chanson que l’on fredonne sous la douche. Publié en France surtout sous la réputation que les Surfs en avaient fait une adaptation française (Pas Si Simple Que Ca). C’est une rareté assez évidente, d’un intérêt surtout pour les collectionneurs qui connaissent.

1963 – Anita Humes – I’m Making It Over. C’est la chanteuse du groupe précédent qui s’empressa d’enregistrer en solo sans trop de résultats. C’est à classer dans le même tiroir que le précédent, c’est rare, mais il y a quelques amateurs dont le rêve est surtout d’en trouver une copie sans trop dépenser.

1967 – Dyke & The Blazers / Funky Walk. C’est à n’en plus pouvoir le type même du disque que l’on pouvait entendre en 1967 dans la mouvance James Brown. La seule différence, c’est que celui-ci, seule publication française en 45 tours est assez difficile à trouver, il faut quand même quelques billets et pièces en euros pour une copie. C’est tellement ciblé que leur enregistrement de 1966 « Funky Broadway », fournit une hit à Wilson Pickett.

1970 – Exuma – Exuma, the Obeah Man. Chanteur venu des Bahamas, ses disques sont recherchés aujourd’hui parce qu’ils avaient un peu cette saveur de musique exotique mélangée à une sauce électrique. Ses disques ne sont pas parmi les raretés du siècle, mais ils sont assez bien cotés. Peut-être même parfois un peu trop.

1965 – The Manchester Playboys – And I Do Just What I Want. Groupe anglais de r’n’b erratique qui enregistra une petite poignée de disques et tourna un peu partout. Sous la houlette de Bobby Graham, un requin et batteur de studio, connu chez nous pour s’être occupé de pas mal des sessions d’Eddy Mitchell à Londres, ils enregistrèrent ce titre extrait d’un EP publié par Barclay. C’est une reprise de James Brown. Barclay avait plus ou moins un arrangement avec Graham pour publier en France du matériel en exclusivité. C’est ainsi que d’autres publications collectors proviennent de la même source, Il y a les Hairy Ones, In-Betweens (futurs Slade), London All Stars (dans lequel Jimmy Page tient la guitare), et ici les Manchester Playboys avec cet EP plutôt coté. Vocalement c’est assez bien torché.

1972 – Fela ( Ransome) Kuti – Egbe Mi O. Chanteur venu du Niger, il fit une belle carrière par la suite et devint une référence pour son style de musique africaine avec un mélange de jazz et de funk. Comme c’est souvent le cas, les débuts sont assez modestes, une fois connu les collectionneurs recherchent les vieilles éditions plus ou moins rares. C’est un peu le cas ici, et il faudra quand même mettre quelques bons euros pour éventuellement en dénicher une copie et la mettre en collection. Le fait que le fameux Ginger Baker participe à l’enregistrement pousse un peu les enchères. Le titre de la chanson est en version abrégée sur le 45 tours, car il dure plus de 12 minutes.

1967 – Benny Latimore / There She Is. En 1966-67 il y a eu une nombre assez conséquent de disques édités sous étiquette r’n’b. Bien sûr les James Brown, Otis Redding , Wilson Pickett, se partagent le succès, les autres rament un peu. C’est le cas pour Benny Latimore dont ce premier 45 tours français ne parvient pas au succès. D’une cotation moyenne, cette pièce relativement rare intéresse quelques inconditionnels du style.

1966 – Plinio Maggi / Io Ti Amo. Rien de tel pour participer à la grande soupe du festival de San Remo que d’avoir le nom d’une marque de potages. Sa carrière de chanteur est assez courte et sa participation au festival ne lui amena rien, il ne fut même pas retenu pour la finale. Le problème avec ce genre de chansons,  c’est que dans le cadre d’un festival, il y en a des dizaines comme celle-là.  Par la suite il retourna exercer son vrai métier, pharmacien, tout en menant en parallèle une carrière de compositeur. C’est plutôt cette dernière que l’histoire a retenu. Festival, une marque de circonstance, tenta quand même une publication française dont je n’ai jamais vu la moindre copie.

1966 – Lucio Dalla / Paff… Bum. Toujours à San Remo en 1966, le précédent ne fut pas le seul à se planter, des noms plus prestigieux sont écartés. Comme c’est l’habitude à ce festival, les chansons sont interprétées par deux artistes, l’un italien, l’autre étranger. Suite à l’idée très farfelue de leur producteur, les Yardbirds sont en compétition, et même deux fois. Une fois avec Bobby Solo pour « Questa Volta » et l’autre avec Lucio Dalla pour « Paff… Bum ». Ni l’un ni l’autre ne seront en finale. Les Yardbirds honnirent pour toujours « Questa Volta », même que Jeff Beck refusa de participer à l’enregistrement. Par contre, il gardèrent l’autre, à peine plus présentable dans leur discographie, en enregistrèrent une version anglaise sur des paroles concoctées par le bassiste d’alors, Paul Samwell-Smith. On retrouve notammant cet enregistrement sur la face B de l’édition allemande originale en 45 tours de « Shapes Of Things. La France publia la version en italien de Lucio Dalla sur un très rare EP.

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