En attendant le psycho, Rocka Billy fait du revival

La grande époque du rock and roll reste les années 50. Il cédera peu à peu sa place à d’autres musiques selon les effets de mode. Il est cependant toujours présent en toile de fond musical. Les Beatles, les Rolling Stones, l’interprètent à leur façon. Ce n’est plus tout à fait le son des années 50, il est modifié par les évolutions de la technique. Cependant une poignée d’amateurs, déjà des nostalgiques, font moins de concessions. Ils gardent une ligne qui sans être toujours pure et dure, est plus proche des origines. Vers la fin des années 60, il y a un premier retour, on réédite les années 50 avec complaisance. De quoi remettre à neuf l’écoute de quelques sillons devenus inaudibles ou par trop introuvables. Certains profitent pour s’engager dans l’aventure. Sha Na Na par exemple, est assez parodique et ne plaira pas trop aux puristes. D’une certaine manière les années 70 sont assez désertiques, certes les anciens encore présents tournent toujours, mais ils se dirigent parfois dans d’autres directions plus en accord avec l’air du temps, mais pas toujours avec bonheur. Malgré tout, il y a toujours quelques irréductibles qui résistent à l’envahisseur comme dans un certain village gaulois. Ce sont pour la plupart des nouveaux venus, des trop jeunes pour avoir vécu la grande époque. Mais ils ont la passion, la flamme, ils l’entretiennent à leur manière. Il fallait être attentif, avoir l’oeil ou l’oreille, les publications étaient souvent confidentielles et très peu programmées à la radio. Durant toutes ces années, alors que j’avais la passion aussi pour d’autres musiques, j’en avais attrapé quelques unes au vol. En voici dans un résumé succint et incomplet ce qu’il m’en reste. Les Straycats et le psychobilly sont encore loin, mais en attendant…

Les Wild Angels – Dans les nuits pleines de brouillards de la vieille Angleterre, c’est 1970. Un groupe très traditionnel enregistre un LP dans une boîte qui s’appelle « The Revolution », pour un label secondaire. Rien que des reprises qui chauffent plutôt, rien d’original, sinon un bel enthousiasme. Ils auront juste le temps d’accompagner un Gene Vincent qui n’a plus trop de temps à vivre.

En 1972, il sont signés par le label beaucoup plus important, Decca. Cela leur permet d’avoir une diffusion plus grande. Il sortent l’album « Out At Last », truffé de reprises. Il reprennent le fameux « Brand New Cadillac » de Vince Taylor, dans une version qui sonne  bien, tellement qu’on dirait que les Clash s’en sont inspirés quelques années plus tard.

L’Angleterre n’est pas seule en piste. En Hollande courant 72 et 73, le groupe Long Tall Ernie & The Shakers connaît quelques succès assez retentissants localement et débordent un peu des frontières nationales. Ce n’est pas très puriste dans la conception, mais l’esprit est présent teinté  de paillettes du glitter rock.

A l’initiative de Kim Brown guitariste-chanteur des fameux Renegades, décédé récemment, l’Italie met au point Kim & The Cadillacs. C’est encore un groupe paillettes qui a pourtant le mérite d’entretenir la flamme rock dans ses enregistrements. Ils sont très populaires à partir de 1976 et sortent plusieurs albums alignant des morceaux très connus.

Un personnage très important dans le rock and roll revival fut Crazy Cavan. Il rassemble une grande partie des véritables nostalgiques anglais sous sa bannière, assez pour devenir une icône avec son groupe les Rhythm Rockers. Au cous de sa vingtaine d’albums sa flamme ne vacille pas, le premier en 1976.

Un seul album en 1977, Little Tina & Flight 56, m’a laissé quelques plaisants souvenirs, au point que c’est l’album rock and roll que j’ai le plus écouté cette année-là. Je le trouvais comme poursuivant la tradition avec un certain charme. Ici une reprise convaincante de « My Boy Elvis » de Janis Martin.

On ne peut parler de revival sans mentionner Freddie Fingers Lee, un Jerry Lee Lewis de remplacement presque encore plus efficace que son modèle. Pianiste et guitariste survolté, ses shows valent le détour. Vieux routier, il a travaillé avec pas mal de monde dont Screaming Lord Sutch, mais c’est dans les années 70 qu’il trouvera un public digne de lui. Le voici dans deux extraits du fameux film documentaire « Blue Suede Shoes », admirable film qui résume très bien l’esprit rock de ces années 70. Dans le second, il casse un piano à la hache, ça c’est une attitude rock and roll!

Sans doute un groupe qui a eu des réussites commerciales un peu trop évidentes, plusieurs disques à succès, Matchbox n’en reste pas moins un détour agréable si on ne veut pas se prendre la tête avec les puristes. Je les cite car ils ont pavé une partie du chemin pour les suivants, mais je n’ai jamais trop aimé ce groupe, sans le détester.

Bien plus attachant, Ray Campi est aussi un incontournable de cette époque, le dernier que nous mentionnerons ici. Un extrait aussi du film mentionné précédemment, dans lequel il apparaît.

Les seventies se terminent, les Straycats et le psychobilly ne sont pas loin sur les pages du calendrier. Le rock and roll renaîtra toujours de ces cendres, j’en suis sûr.

Notes noires contre notes blanches

Le problème du racisme a longtemps pourri les relations musicales américaines. L’immense partie de la musique telle que nous la connaissons maintenant est le résultat du métissage entre les Blancs et les Noirs, ces derniers étant plus les inspirateurs que les inspirés. Pendant longtemps, il a fallu que chacun joue dans son coin. Si quelquefois les races se mélangeaient dans les studios, elles n’apparaissent pas sous un même nom en public dans un lieu en vue. Les Blancs n’étaient pourtant pas insensibles au charmes de la musique noire. Alors on s’empara de la musique des noirs pour lui donner une version plus ou moins blanchie et ethniquement présentable devant les foules. Ne nous y trompons pas les grands succès de Glenn Miller ou Benny Goodman sont de la musique d’inspiration noire jouée par des blancs. Vous seriez bien en mal d’apercevoir dans les documents d’époque un seul noir dans leurs orchestres respectifs. Ce n’est pas que le chef d’orchestre ne voulait pas, mais on ne leur laissait pas le choix. Goodman s’engagea d’ailleurs assez fortement dans cette lutte en invitant des Noirs dans son orchestre, notamment Lionel Hampton. Pendant deux décennies les choses bougèrent peu. Les débuts du rock and roll ne changèrent pas directement cet état de fait. Il y a les idoles blanches, Elvis Presley, Bill Haley, Gene Vincent, Jerry Lee lewis, Buddy Holly, Eddie Cochran et les noires, Little Richard, Chuck Berry, Bo Diddley, Fats Domino. Tout au plus. on interprète les chansons de l’autre clan. Mais on voit quand même apparaître dans la seconde moitié des années 50, des artistes ou plutôt des groupes qui s’affichent noir et blanc. Il faudra surtout attendre que les années 60 éclatent pour que le phénomène devienne courant et que la jonction se fasse définitivement.
Voyons en un bref résumé et bien sûr incomplet, parmi les plus connues, quelques unes de ces tentatives qui virent noir et blanc sur la même scène.

1957 – The Dell Vikings – Groupe de doo wop. Ils ont même un Allemand dans leurs rangs, Gus Backus. Ils connaissent deux gros succès cette année-là, dont le fameux « Whispering Bells ».

1958 – The Crests – Un Blanc et des Noirs avec pour résultat un slow inoubliable « Sixteen Candles »

1959 – Johnny Otis – Un chef d’orchestre blanc et un orchestre noir. Un champion de l’anti-racisme. Il aura son propre show à la tv., dont est extrait ce fameux « Willie And The Hand Jive »

1962 – Booker T And The MG’S. Un orchestre instrumental qui servira beaucoup par la suite pour accompagner les stars de r’n’b. Mais on ne peut oublier leurs propres créations et cet inusable « Green Onions ».