En passant

Exploration en terre musicale inconnue (48)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1962 – The Lettermen / A Song For Young Love. Assez mal représentés en discographie française, les Lettermen furent quand même un groupe qui visita régulièrement les classements américains. Sur cet second et dernier EP français, on trouve cette mélodie sentimentale et très accessible qui semble avoir été peu mise en lumière dans leur discographie en singles, sinon comme face B. Elle fut repris en France par les Players en instrumental et par Richard Anthony en vocal « Le Ciel Est Si Beau Ce Soir ». Une reprise longtemps inédite a été faite par les Walker Brothers. Même si peu recherchée la discographie française des Lettermen est quand même bien peu présente dans les bacs de collectors.

1971 – Billy Joel / She’s Got A Way. Un de ces disques pas très courants car peu vendus, mais qui sont recherchés car l’artiste est devenu une star postérieurement. A l’époque je ne me rappelle absolument pas d’avoir vu ce disque chez les disquaires. Cela reste quand même un assez modeste collector.

1960 – Jet Quartet / A Pleines Mains. Dans les films style polar années 1950-60, il était assez courant d’avoir du jazz au générique ou en fond sonore, musique qui convient bien à l’ambiance. Dans le film  » A Pleines Mains » dans lequel on trouve notamment Louis Seigner, le générique est bien dans le ton. A ma connaissance, la bande originale n’est jamais parue en disque, mais ce quartet de jazz avec le vibraphoniste Géo Daly en a fait une version que l’on trouve sur un rare EP. C’est un petit collector, mais un des seuls moyens pour se procurer cette mélodie pour ceux qui auraient vu et apprécié le film et sa bande sonore.

1964 – The Pyramids / Penetration. Unique publication en France, ce groupe de surf et son hit américain « Penetration » étonne par deux points. Ils ont le crâne rasé et ils comptent un guitariste noir dans leurs rangs, fait rarissime sinon unique dans la surf music. Cet EP est très rare et assez côté tout en étant excellent.

1963 – Trini Lopez / Sinner Not A Saint. Quand Trini Lopez commença à faire du bruit avec son marteau en 1963, il avait déjà un parcours assez conséquent derrière lui. On profita alors d’aller rechercher un peu tout ce qu’il avait enregistré avant. Columbia sortit un EP avec ce titre sous l’étiquette surf, titre qui a autant de rapport avec cette musique qu’une entrecôte bordelaise. Mais ce titre devient assez mystérieusement un des des plus recherchés de sa discographie. Comparé au reste de sa discographie française, c’est la publication la plus recherchée. Quelques dizaines d’euros pour une copie.

1960 – Huey Piano Smith / Don’t You Know Yokomo. Très rare publication française en EP de ce chanteur noir dont il est presque impossible de ne pas avoir entendu une fois ou l’autre l’un de ses succès, tellement ils furent repris. Par contre, peu pourront citer le nom du créateur. Disque très rare assez bien coté.

1963 – Les Castors & Willy Morgan / Jivaros. Une très belle rareté enregistrée par ce groupe de Dunkerque en pleine période twist. Bonne chance pour en trouver une copie. Il faut aller voir chez les Jivaros.

1962 – Les Daltons & Long Chris / Dalton City. Depuis très longtemps, c’est un de ces instrumentaux que j’écoute toujours avec un réel plaisir, un original composé par le soliste Jean-Pierre Bordi. C’est aussi les débuts de Long Chris, un des premiers potes à Johnny. Une belle rareté difficile à dénicher, un peu moins pour la réédition des années 80. On peut aussi trouver les quatre titres sur une compilation en 25 cm elle aussi très rare, sortie comme l’original sur le label Pacific.

1969 – Ronnie Bird / Sad Soul. Ce single est la plus belle pièce de collection de Ronnie Bird, qui est un peu son testament, car il n’enregistrera plus rien avant longtemps. Il est un de ceux qui assimila le mieux le style anglais, il chante d’ailleuers ici dans cette langue. Nombre de ses reprises n’ont rien à envier aux originaux. Cette pièce dépasse facilement la centaine d’euros.

1964 – Larry Greco / Si Je Meurs Demain. Second EP pour La Voix De Son Maître. Avec le précédent ils constituent deux vraies perles des sixties françaises. Il s’agit de la reprise d’un titre de Gernet Mimms. Sa collaboration comme compositeur lui a permis de débaucher Eddie Vartan pour l’accompagner, et ce dernier fait merveille. Ensuite un petit document, Larry Greco en live en 2009, où justement il interprète deux titres qu’il avait composé pour Johnny, dont l’un est très connu. On reconnaît assez bien sa voix. Il est décédé en 2015.

1964 – Les Monégasques / Psychose. Un des rares producteurs français que l’on peut associer à Joe Meek, est en fait un Suisse, Ken Lean. Il travailla pour Barclay et produisit notamment les Aiglons et les Cyclones. Il avait un certain sens de la recherche sonore et du travail de studio. Viré par Barclay, il passa chez EMi et continua sur sa lancée. Les deux EP de Larry Greco mentionnés ci-dessus sont de son cru. Mais il produisit aussi les Guitares Sèches, Evy, Le Petit Prince, et ici les Monégasques. Dans le titre proposé, on retrouve justement un aperçu de son travail. Un exemplaire de ce disque peut dépasser les 200 euros. Ken Lean se tua en Italie dans un accident de voiture en 1971. Il avait épousé la chanteuse Katty Line devenue pratiquement une star en Italie. Elle se trouvait avec son mari lors de l’accident, elle survécut mais passa 18 mois à l’hôpital ce qui brisa sa carrière.

1959 – Serge Gainsbourg / L’Anthracite. Un des chanteurs français les plus collectionnés et qui aligne aussi une jolie succession de raretés. Il faut considérer que pendant dix ans, ses chansons ont surtout été achetées quand elles étaient chantées par les autres. Le vrai succès venu, on s’intéressa au passé. Ce deuxième EP de 1959 est une belle rareté, dont certains essayent de vendre la réédition à prix d’or.

 

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En passant

Exploration en terre musicale inconnue (47)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1966 – The Other Half / Mr Pharmacist. Groupe qui est aussi une légende du psychédélique garage punk avec en son sein un grand guitariste, Randy Holden, qui passera par la suite brièvement dans Blue Cheer. Cet EP est une assez grosse pièce de collection cotée plusieurs centaines d’euros.

1967 – The Electric Prunes / Long Day’s Flight. Il existe deux EP’s du groupe, les deux étant relativement rares, le second un peu plus, dont voici le titre principal. Comme tout ce qui est psychédélique dans ce style de publication, cette pièce atteint volontiers et dépasse la centaine d’euros.

1966 – Love / Seven And Seven Is. Une autre grosse et mythique machine psychédélique américaine qui a aussi deux rares EP’s en publication française. Sur le second on trouve ce titre qui est un de leurs plus emblématiques. Aussi une assez grosse et rare pièce. Même si pratiquement tous les membres originaux sont décédés, dont le fameux guitariste Arthur Lee, il existe encore aujourd’hui une survivance du groupe composés de membres ultérieurs ayant joué avec Arthur Lee.

1969 – The Stooges / 1969. Pour les Stooges, les fans recherchent en général les éditions originales. La France les intéresse notamment pour les singles extraits des deux premiers albums avec pochettes photo qui n’ont pas d’équivalent ailleurs. Sans être immensément rares, ils attirent pas mal de monde ce qui fait monter les prix. Le premier existe en réédition et en version pirate, c’est dire qu’il est quand même intéressant.

1969 – MC5 / Kick Out Of The Jams. On peut quasiment dire la même chose de MC5, ce single sorti la même année que le précédent a quelques atouts côté pochette, il me semble quand même un rien plus courant que celui des Stooges, si je dis courant, il ne faut pas confondre avec « Acropolis Adieu » de Mireille Mathieu. S’il avait eu l’introduction originale censurée (mothers and f… remplacé brothers and sisters), le monde des collectionneurs en fut changé et le prix aussi.

1967 – The Doors / Brak On Through. Sans doute le pièce la plus mythique et la plus rare de la discographie française des Doors, le premier EP. C’est aussi rare que les pauvres à Monaco.

1967 – Jacqueline Taïeb / Juste Un Peu D’amour. Rares sont les chanteuses issues de la vague yéyé qui cartonnent auprès des collectionneurs étrangers. En voici un des plus beaux exemples. Elle débute en 1967 par un tube  » 7 Heures Du Matin », une chanson qu’elle a écrite comme la plupart de son répertoire. Elle continuera de chanteur et publier un dizaine de 45 tours avec un succès nettement moins éclatant. Par contre, elle composa pour de nombreux artistes et pas des moindres. Par une de ces mystérieuses conjonctions astrales comme diraient les astrologues, cette chanson acquiert une réputation internationale et au fil du temps, sa discographie originale, période 1967-1968, devient un must pour les collectionneurs anglais, japonais, américains. On s’arrache littéralement les copies, surtout son hit et son album canadien, ainsi que la version en anglaise de son hit publié en Angleterre. Le pompon reviendra à son troisième EP, le plus rare, j’ai vu une copie partir à plus de 700 euros. Ses disques les plus intéressants sont dans l’ensemble très difficiles à attraper, car dès qu’une copie apparaît elle ne reste pas longtemps visible.

1967 – Delphine / La Fermeture Eclair + Ne T’en Vas Jamais. Encore un de ces trucs typiquement français qui peuvent aussi intéresser les collectionneurs étrangers. Cette chanteuse d’origine belge n’a pas vraiment connu la gloire avec ses disques. Pourtant si ce disque est devenu recherché, il y a une bonne raison. On trouve deux versions françaises du groupe psyché américain We The People. De plus, ces versions sont faites sur le play back du groupe américain, ce dont le groupe original ne semble jamais avoir été au courant. Compter 300 euros pour une copie en très bon état.

Sur « In The Past »

Sur « St John’s Shop »

1967 – Stella / L’Idole Des Jaunes. Stella Zelcer deviendra par la suite Stella Vander, épouse de Christian Vander de Magma. Mais avant, à 13 ans, elle enregistre son premier disque. Au cours des années suivantes, elle aura quelques succès en interprétant des chansons un peu ironiques ou satiriques dont elle compose les paroles. Sa discographie va de l’assez courant pour les succès au plus rare pour les autres. C’est le cas de ce single de 1968, dont certains passages peuvent faire penser à « Purple Haze » de Jimi Hendrix.

1970 – Brigitte Fontaine / L’Eté L’Eté. Chanteuse à part dans la chanson française, elle a abordé de nombreux styles peu conventionnels, souvent avec le compositeur et mari Areski Belkacem. Ce n’est pas la chanteuse dont on achète un disque par hasard. On y vient plutôt quand on en a marre du reste et que l’on veut découvrir quelque chose de nouveau. Ses premiers enregistrement sont assez rares et appréciés des connaisseurs. Ils atteignent vite quelques dizaines d’euros pour les copies originales. Cette chanson est extraite de son succulent album « Comme A La radio » qui contient cette fameuse et débile histoire du chef de gare de la Tour de Carol.

1971 – Béatrice Tiekielski / Résurection. Avant de connaître une certaine notoriété à partir de 1977 sous le patronyme de Mama Béa (Tiekielski), bien en-dessous de ce qu’elle méritait, elle avait enregistré pour le label JPB un album en 1971 dont fut extrait un très rare single. Ce disque ne préfigure pas son style déglingué aux vocaux déchirés et rauques, sorte de chanson française électrifiée et progressive, mais il a le mérite d’exister. C’est pour moi, l’une de mes meilleures découvertes des années 70, j’écoute toujours religieusement son très expérimental album « La Folle ». Malheureusement, elle semble n’a rien enregistré depuis plus de 20 ans.

1966 – Catherine Ribeiro / Les Cloches Dans La Vallée. La discographie Barclay de Catherine Ribeiro est toujours un assez joli parcours pour en trouver une copie, deux EP’s et un troisième qui n’existe qu’à l’état de promotion hyper rare. Le premier est rare, le second très rare, je ne l’ai vu qu’une fois dans un magasin et une fois dans ma collection, c’est d’ailleurs la même copie. On y trouve une reprise d’un titre de Pete Seeger « The Bells Of Rhymney » popularisé par les Byrds.

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