En passant

Musique Emporium (5)

Cinquième partie de notre voyage dans les sixties allemandes.

The Remo Four – On peut considérer que les Remo Four font aussi partie de ces groupes anglais émigrés de Liverpool vers l’Allemagne, qui figurent dans le haut du panier. Ils ne sont pas tout à fait des inconnus quand ils débarquent en Allemagne. Managés par Brian Epstein, ils ont servi d’accompagnateurs pour Johnny Sandon, Tommy Quickly, Gregory Philips, tout en enregistrant deux singles pour le label Piccadilly. L’Allemagne servira d’accélérateur et leur offrira la possibilité d’enregistrer quelques singles et un album. Il ont spécialement dans leurs rangs un guitariste de première main, Colin Manley, au jeu assez jazzy. Paul McCartney qui l’a connu, le considère comme le meilleur guitariste sur la scène de Liverpool au temps de la Cavern. A côté de leur propre cuisine assez r’n’b, ils serviront aussi ponctuellement d’accompagnateurs pour d’autres artistes sur la scène de Hambourg. George Harrison fit appel à eux pour son projet de bande sonore pour le film « Wonderwall », film dans lequel joue Jane Birkin. Du groupe émergea aussi le trio Ashton, Gardner & Dyke qui eut un temps de succès au début des seventies.  Colin Manley fut pendant longtemps un des guitaristes en titre des Swinging Blue Jeans. Il est décédé d’un cancer en 1999. A titre privé et un peu sous forme de devinette, on m’avait montré une photo de lui un peu avant son décès. Je ne l’ai absolument pas reconnu tellement il avait l’air hagard et bouffé par la maladie.

1966, en live, le célèbre Peter Gunn.

1966, en live comme des musiciens de jazz.

1967 – Live Like A Lady, un rien psychédélique, un original de Manley,

Face B, un standard Sing Hallelujah.

1967 – The Skate, assez r’n’b.

1967 – Brother Where Are You. Reprise d’un titre d’Oscar Brown Jr,

1957 – Seventh Son. Un titre de Mose Allison.

The Searchers – Parmi les groupes anglais qui eurent une forte connexion avec l’Allemagne à leurs débuts, mais qui explosèrent par la suite au plan international, mentionnons les Searchers. Contrairement aux Beatles, leur séjour fut plus bref, mais ils laissèrent une assez forte impression. Philips prit même la peine de les enregistrer lors d’un show au Star-Club, bandes qui furent publiés assez rapidement sous forme d’un album quand ils commencèrent à marquer des points en Angleterre. Comparativement avec celles qui furent publiées plus tard pour les Beatles, elles sont d’une bien meilleure qualité sonore. Quand Philips fonda sa sous marque Star-Club, le premier single publié est un extrait de ce show. Par la suite ils revinrent à la charge en enregistrant en allemand plusieurs de leur succès, publications qui font le bonheur des collectionneurs aujourd’hui.

1963 – Album publié en Allemagne

1963 – Premier single publié en Allemagne extrait de l’album. Ce n’est pas les Searchers sur scène, mais la photo a bien été prise au Star-Club.

Sessions du Star-Club publiées en 1963

I Sure Know a Lot About Love – Une reprise des Hollywood Argyles, ils en feront une version studio pour Pye. Première publication pour le label Star-Club.


En face B, une reprise de Buddy Holly.


Sweets For My Sweet – C’est en quelque sorte un rodage, mais aussi une reprise des Drifters.


Hey Joe –  Mais oui il existe aussi par eux. C’est un traditionnel dont certains tentèrent de s’attribuer la paternité.


Sick And Tired – Reprise de Fats Domino et première publication allemande sur Philips.

Reprises en allemand 1963 – 1965 sur le playback de la version anglaise.

Süß Ist Sie (Sugar And Spice)

Liebe (Money)

Farmer John

Tausend Nadelstiche (Needles And Pins)

Wenn Ich Dich Seh (When You Walk In The Room)

Verzeih My Love (Goodbye My Love)

The Cry’n Strings – Un peu comme les Rainbows que nous avons vus dans un autre post, les Cry’n Strings furent un des groupes allemands qui cassa la baraque le temps d’un titre en 1967. « Monja », un slow plein de romantisme à la manière allemande puisque chanté dans la langue nationale. Elle fut elle-même un peu concurrencée par la version carbone enregistrée par Roland W pour un label rival. C’est le genre de truc que l’on entend partout pensant quelques semaines et puis quasiment plus rien. Il arriva un peu plus tard jusqu’en France via la version française du playboy suédois, Peter Holm, qui rencontra un succès assez conséquent. La version originale fut également publiés par Vogue, bien avant le succès de Holm, mais n’émergea pas des profondeurs. Le groupe ne réitéra jamais ce succès, les disques suivants s’inspirèrent par trop de leur hit. Ils se reforment occasionnellement pour des soirées nostalgie.

1967 – Monja

Une assez sympathique face B en anglais, assez rock.

1968 – Addio Margaretha. La face B du second single qui se détache mieux de la copie presque note pour note leur hit figurant sur la face A.

Johnny & The Hurricanes. Le légendaire groupe de la fin des fifties, mené par Johnny Paris  recentra une partie de sa carrière en Allemagne au début des sixties. Il est reçu comme un roi car il a sa légende déjà bien construite. Evidemment le Star-Club l’accueille, avec en première partie de son premier concert quelque chose qui ressemble fort aux Beatles. S’étant passablement fait gruger au niveau des droits d’auteur, les producteurs s’attribuent tous ses arrangements, il fonde sa propre maison  de production Atila records. Naviguant entre l’Allemagne et les USA, il garde une popularité pratiquement intacte et devient surtout le seul membre du groupe original. D’après ses dires, plus de 300 musiciens sont passés dans le groupe. Du groupe original, le seul survivant, Paul Tesluk, est décédé en 2022. Lui-même décéda en 2006 aux USA des suites d’une opération. Une des plus importantes publication sur son label fut un album enregistré au Star-Club et publié en 1965.   Il s’est mis dans l’air du temps, on y retrouve des reprises des Beatles, des Kinks, Tommy Tucker, à côté de quelques uns des ses succès. Pendant longtemps cet album est resté presque introuvable jusqu’à sa réédition en 1980. Je n’ai malheureusement trouvé aucun titre extrait de cet album sur Youtube, mais en lieu et place je vous propose quelques clips en vrai live enregistrés en Allemagne. En ouverture, je vous propose un enregistrement peu connu de 1964 « Saga Of The Beatles » sur son label Atila, dans lequel il affirme son admiration pour les Beatles.

1964 – Saga Of The Beatles

Buckeye

Reveille Rock

Beatnick Fly

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En passant

Voyage début de siècle (29)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Découverte du Japon

La découverte du Japon pour une occidentale n’est pas sans surprises. Le fait religieux n’est le moindre. Passer d’une religion chrétienne avec ses dérivés, les croyances hawaïennes, pour arriver au bouddhisme et à sa philosophie, demande un effort de curiosité et la volonté de comprendre. Notre voyageuse a tout cela dans ses bagages et est prête a peaufiner ses connaissances. C’est même par Bouddha qu’elle débute son récit japonais.

De la station Kamakoura, des jinrikishas (voiture tirée par un homme) — nous étions déjà tout à fait familiarisés avec ce genre de locomotion — nous conduisirent au temple du Daiboutsou, la colossale statue en bronze de Bouddha.J’ai vu en Asie d’innombrables images de ce dieu, mais aucune m’a fait une impression si profonde. C’est une figure éminemment orientale. Les longs yeux fendus en amande, aux pupilles d’or, fermés à demi, semblent prêts à s’ouvrir; les plis douloureux de la bouche, les mains qui retombent négligemment, expriment la paix chèrement acquise, le renoncement à toute passion humaine, à tout désir profane.
«Les biens du monde sont-ils perdus pour toi? Ne te lamente pas; qu’importe! As-tu gagné un monde, au contraire? Ne t’en réjouis point; cela n’en vaut pas la peine,»
Le socle du Daiboutsou est une fleur de lotus épanouie, symbole de la force purificatrice et divine, car, «de même que le lotus surgit, pure, du limon, ainsi l’âme, par sa volonté et son ardent désir, s’élance hors du bourbier terrestre vers les sphères supérieures, et, parvenue à la vertu suprême, entre comme Bouddha dans le séjour bienheureux du Nirwâna. L’image de Bouddha sortant d’une fleur de lotus est l’expression de cette idée.»
Le Daiboutsou date, dit-on, de l’an 1252 et pèse 9000 quintaux. Il mesure 15 mètres de hauteur; ses oreilles en ont 2 de longueur; le diamètre de la bosse de la sagesse au milieu du front est de 72 centimètres; celui de chacune des 830 boucles d’argent qui ornent sa tête de 33 centimètres. Un bosquet de pins sombres derrière la statue en fait admirablement ressortir le ton gris argenté. Les mêmes conifères, des cryptomérias — matsou au Japon— ombragent la large allée qui conduit au Daiboutsou. Le chant des cigales répandues sur les branches, vibre dans l’air, monotone et prolongé. J’ai souvent, dans la suite, entendu la cigale géante du Japon, et chaque fois ces sons évoquaient en moi la face résignée du Daiboutsou de Kamakoura.

Non loin de là s’élève le temple de Kwanon, déesse de la charité. De chaque côté du portique se tiennent d’horribles idoles rouges, des Ni-o, couvertes de boulettes de papier mâché. A ma grande surprise, je vis des fidèles en cracher sur le visage du dieu. C’est leur façon de présenter leurs requêtes. Si la supplique
demeure collée au Ni-o, le quémandeur s’en va satisfait; il sera exaucé. Au fond, dans une sombre niche, la statue de Kwanon, dorée, géante, se dresse, entourée d’une auréole, pareille à Marie, la reine du ciel. Deux lanternes accrochées à des cordes éclairent d’une lueur falote l’image de la déesse, qui semble croître dans l’ombre. Cette figure colossale est l’emblème de la grande âme de la charitable Kwanon. Lorsque celle-ci fut assez pure pour entrer dans le Nirwâna, asile de l’oubli bienheureux, elle y renonça, préférant demeurer sur la terre où les supplications de l’humanité souffrante parviendraient encore à ses oreilles, et où elle pourrait toujours tendre aux malheureux une main secourable. C’est pourquoi, symbole touchant, Kwanon, divinité miséricordieuse, a mille mains.
Notre guide nous presse d’avancer. Nous arrivons bientôt au bord de la mer, le long de laquelle nos jinrikishas courent les unes derrière les autres. En prévision de la longueur de l’étape, nos petits indigènes se sont adjoints chacun un compagnon, qui pousse le véhicule. En tête de la bande, le pasteur J. que son attelage, à raison de sa corpulence, n’a pas tardé à surnommer Daiboutsou.
A la file indienne, ses cinq femmes, comme il nous appelle en plaisantant — son épouse, l’amie de celle-ci, Mlle G., une Anglaise, sa fille et moi — le suivent. Les conducteurs de jinrikishas courent, infatigables. De temps en temps on échange sur le paysage, en criant aussi fort que l’on peut, quelque remarque qui se perd dans le fracas de la mer, le grincement des roues sur le sable et le caquet des boys. Ceux-ci qui ont des poumons à toute épreuve réussissent à bavarder entre eux, tout en galopant.

Notre silence forcé ne nous empêcha pas de jouir de notre première course en jinrikisha. Tout est nouveau, intéressant: les enfants, si petits, si mignons, les femmes coquettement parées qui trottinent sur leurs sandales de bois aux talons élevés, les villages proprets avec leurs maisons transparentes qui permettent aux regards de plonger jusque dans l’intimité de la famille. Oh! ce premier jour au Japon! Il est resté dans ma mémoire, intact et pur, comme un conte très beau dont je voudrais toujours garder le souvenir. Car en pénétrant plus avant dans le pays et dans la vie des indigènes, on n’aperçoit que trop le contraste attristant entre le décor extérieur et la réalité.
Nous arrivons plus vite que nous n’aurions désiré à Koshigoe, petit village de pêcheurs. Des enfants nus se chauffent au soleil sur la grève; d’autres, dans le même costume paradisiaque, courent dans les rues du village annoncer, à grands cris, notre arrivée au prochain tea-house. Après avoir goûté notre premier cha (thé) japonais, nous abandonnons nos équipages pour nous diriger, en pataugeant dans le sable profond, vers un pont de bois branlant qui, à marée haute, relie l’île rocheuse d’Enoshina à la côte.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP