En passant

Voyage début de siècle (28)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Vers le Japon et premiers contacts.

Aller depuis Hawaï au Japon représente environ une distance de 6000 kilomètres. Cela implique quelques jours de voyage en bateau si tout va bien. C’est le cas pour notre voyageuse, elle précise que le voyage dura 9 jours. Le changement sera total arrivé sur place. Aux USA et dans une moindre mesure à Hawaï, on trouve encore des gens qui nous ressemblent physiquement et culturellement. Le Japon, c’est un monde qui répond à d’autres valeurs, il a ses propres règles, les habitants sont autant différents physiquement que dans leur comportement. C’est ce que nous allons voir dans les chapitres suivants.

Le voyage de Honoloulou à Yokohama, sur l’élégant steamer l’América Marou, s’effectua sans le moindre incident La seule chose extraordinaire qui nous arriva fut que, nous étant endormis le 22 août, nous ne nous réveillâmes que le 24, perdant ainsi, sans aucun espoir de le retrouver, un jour de notre existence. Ceci s’explique facilement. Depuis mon départ de Berne, j’avais voyagé continuellement du côté de l’ouest, dans la direction de la course du soleil; les jours augmentaient donc de quatre minutes chaque fois que nous passions un degré, et chaque jour l’heure de midi frappait un peu plus tard. A NewYork, nous étions en retard de trois heures sur Berne; à San-Francisco de huit heures. Entre cette dernière ville et Honoloulou, le navire franchit le 180e méridien. Il est d’usage à ce moment de faire un petit changement dans le calendrier du bord, afin de ne pas courir le risque d’arriver en Europe avec un jour de retard. Lorsque l’on fait le trajet en sens inverse, c’est-à-dire qu’on va du Japon en Amérique, on conserve la même date pendant 48 heures. C’est grâce à cette circonstance — on s’en souvient — que l’honorable Philéas Fogg, le héros de Jules Verne, gagna, à la dernière minute, son pari.

Lorsque je me réveillai de bon matin, le neuvième jour de notre voyage, le bleu du ciel et de la mer avaient des reflets chatoyants d’un rose doré. A l’horizon, la côte du Japon dessinait sa sombre ligne de montagnes. Nous entrons lentement dans le port, où mille embarcations évoluent, fourmillement pittoresque et bariolé. Tout est nouveau pour moi: les sampangs, gracieuses chaloupes japonaises avec leur équipage de rameurs adroits et légers, les jonques chinoises à la grande voile plissée et, sur le rivage, les amusantes silhouettes des jinrikishas. Pendant la traversée, mes amis de Hawaï m’avaient souvent parlé des jinrikishas, petits véhicules légers à deux roues, sans lesquels on ne peut se représenter le Japon.
– On ne me fera pas monter là-dedans, m’écriai-je, en voyant ces charrettes traînées par des hommes.

Le pasteur J. aussi estimait acte dégradant de se faire transporter par ses semblables. Quant aux deux dames, elles regardaient, sans mot dire, le long chemin à parcourir sous un soleil ardent pour arriver à l’hôtel. Les kurumajas, appelés aussi jinrikisha-boys, les pressaient de monter. Tout-à-coup, nous les vîmes partir au trot de leur attelage à deux jambes. M. J. et moi, nous nous regardions déconcertés. — «Pourquoi pas? après tout!» Deux des petits chars nous avaient suivis; leurs conducteurs comptaient bien que nous changerions d’avis. Je ne sais comment cela se fit: sans nous consulter, nous y grimpâmes chacun de notre côté, et partîmes en riant le long du Bund, le grand boulevard de la capitale, pour gagner notre hôtel.

Une heure plus tard nous étions en chemin de fer, en route pour Kamakoura. Dès l’arrivée je suis frappée du contraste entre le pays dont je viens, l’Amérique, où tout prend des proportions colossales, et cette île de Nippon avec ses gens et ses choses en miniature. Les wagons petits, bas, avec portes et fenêtres étroites, sont d’une propreté minutieuse. Le pays entier est sillonné de voies ferrées établies par l’industrie des Japonais qui, depuis 1870, construisent eux-mêmesles wagons et les rails, dressent les plans des lignes nouvelles et remplissent les fonctions de mécaniciens et de conducteurs. Lorsque les Européens posèrent la première voie ferrée entre Tokio et Yokohama, les habiles habitants de Nippon les regardèrent faire, puis, lorsqu’ils eurent vu comment l’on s’y prend, ils évincèrent les initiateurs et établirent eux-mêmes leurs chemins de fer. Les salles d’attente pour les trois classes, où l’on trouve les principaux journaux du jour, ont été faites sur le modèle des nôtres, mais en petit. Les wagons ne sont accessibles qu’au signal donné par une cloche. Ce moment est le seul où j’ai vu les Japonais se départir de leur excessive politesse. Ils se pressent, se bousculent, se poussent, chacun voulant arriver le premier. Il a certainement fallu de nombreuses et dures expériences pour apprendre aux Nippons que les trains n’attendent pas; car, en Orient, le temps n’a pas la moindre valeur et ne joue aucun rôle. Les Hindous, eux, s’y prennent autrement: sans s’inquiéter de l’horaire, ils se rendent, au moment qui leur convient, avec armes et bagages à la station, s’y établissent et attendent patiemment l’arrivée du train trois heures, quatre heures, parfois même un jour entier.

Les restaurants sont encore inconnus dans les gares du Japon, mais à chaque station on peut acheter pour quelques sen (1 sen = 21/2 centimes) d’appétissantes boîtes en bois blanc où l’on trouve une serviette de papier, deux baguettes et une cuiller de bois dont on se sert pour manger le contenu de la boîte: fruits confits, poissons salés, une racine quelconque et une portion de riz, blanc comme la neige. Partout, on trouve à bas prix d’excellente bière en bouteilles fabriquée d’après la méthode allemande, de la limonade, de l’eau glacée et, cela va sans dire, du thé.
La contrée à travers laquelle nous courons est ravissante; tout y témoigne de la plus grande activité. Les plantations de riz d’un vert tendre alternent avec les champs de haricots, de maïs, de pois, de patates douces aux feuilles pareilles à nos liserons. Le moindre coin est utilisé. Les Japonais sont passés maîtres dans l’art de cultiver la terre; ils ne lui ménagent ni les soins ni les engrais. Se promener dans les champs, le bon matin, est pour l’odorat un plaisir douteux.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

En passant

Musique Emporium (4)

Quatrième partie de notre voyage dans les sixties allemandes.

Casey Jones & The Governors. Ce groupe est assez important dans l’histoire du beat allemand, car il a obtenu une popularité assez conséquente. Mais Brian Casser alias Casey Jones et ses Governors sont bel et bien des Anglais. Avant de rencontrer le succès en Allemagne, il forma sur la scène de Liverpool avec Cass & The Casanovas et Casey Jones And THe Engineers, une sorte de plaque tournante qui vit défiler quelques futures célébrités, notamment des membres pour les futurs Big Three, Merseybats, Manfred Mann et le clou du spectacle, Eric Clapton. Dans une version du groupe propre à l’Allemagne, ils enregistrèrent pour le label Bellaphon et Golden 12 une série de singles et d’albums dont une reprise de « Don’t Ha Ha » de Huey Piano Smith qui fut un succès prisé par les teenagers allemands. EIle existe en deux publications, également éditées en France  sur deux EP’s, l’une pour Bellaphon (parue chez President), l’autre pour Golden 12 (parue chez Riviera). Ils connurent d’autres succès, entre reprises et originaux, le plus souvent composés par le chanteur. En 1967, Casey Jones quitta le groupe pour en fonder un autre, Gaslight Union, assez éphémère. Au fil des ans, le groupe original se reforma pour divers concerts. Aujourd’hui encore, bien que largement octogénaire, Casey Jones est décédé en 2022.

1965 – « Don’t Ha Ha », leur plus grand succès.

1965 – Une plutôt bonne reprise de « Love Potion Number Nine » des Coasters.

1966 – Parmi les reprises, il adapta le « Mirza » de Nino Ferrer devenu « Come On And Dance ».

1965 – Une reprise qui n’est tout à fait aléatoire de « Jack THe Ripper ». Le titre original créé par Screaming Lord Sutch en Angleterre est accompagné par les Savages. Justement Casey Jones durant sa période anglaise enregistra des bandes restées longtemps inédites dans lesquelles il était accompagné par les Savages.

1967 – Avec Gaslight Union, un de ces titres qui sonnaient un peu rétro, « Silly Mills Lilly Peppercorn ».

Ian & The Zodiacs. Continuons dans la lancée des groupes anglais qui trouvèrent une partie de leurs rêves réalisés dans les nuits de Hambourg, celui d’avoir du succès. Ils eurent quand même la possibilité d’enregistrer quelque chose en Angleterre, publié par Oriole. Mais c’est en Allemagne qu’ils firent vraiment connaissance avec la notoriété, trois albums et une série de singles vinrent couronner le tout. Je dois dire que j’ai une affection particulière pour le groupe, car ils furent vraiment de bons interprètes et se défendirent également bien avec quelques titres originaux de bonne facture. Sous le nom de Koppycats, ils publièrent également deux albums de reprises des Beatles, destinées aux disques à prix réduit. C’est aussi parmi les rares artistes du label Star-Club a avoir eu à l’époque un album publié aux USA. Le groupe fut vraiment actif jusqu’en 1967, mais comme beaucoup d’autres de cette école, il y eux des reformations sporadiques au moins jusqu’à la mort du chanteur – guitariste Ian Edward en 2007. Parcourons un peu cette discographie.

1965 – Pas trop habituel dans leur répertoire, la reprise d’un standard du blues assez bien réussie, mais très « beat ».

1965 – Reprise du titre de Dionne Warwick « This Empty Place »

1964 – Reprise du succès de Dave Berry. Pour eux, il eut une conséquence inattendue, il fut no 1 au Texas ! Ce qui justifia un album US.

1965 – Un instrumental popularisé par les Sounds Incorporated.

1965 – Un très bel original « Why Can’t It Be Me ».

1966 – Aussi étonnant dans leur discographie, une reprise de « Nature Boy », un succès de Nat King Cole, et c’est assez réussi.

1966 – Un puissant original « No Money No Money ».

1966 – This Won’t Happen To Me, un autre original.

Pour illustration sous le pseudo des Koppycats, ma préférée des Beatles.

The Monks – Ce groupe est largement entré dans la légende, et pas mal de monde les considèrent comme le premier groupe punk. Musicalement c’est assez proche et dix ans avant les Ramones ou les Sex Pistols. Si passablement de groupe anglais ont occupé la scène allemande, eux sont américains. Ce n’est rien d’autre que des GI’s stationnés en Allemagne et qui décident de se réunir pour former un groupe. Ce qui est innovateur, c’est qu’ils ne cherchent pas à concurrencer les orchestres locaux avec de jolies mélodies ou en reprenant des classiques du rock. Non, leur musique est surtout basique et les vocaux très loin de l’opéra. Leur aspect scénique est aussi calculé, ils adoptent la tonsure des moines catholiques, ce qui est sans doute plus rapide que d’attendre que les cheveux poussent, mais un rien provocateur alors que tout les garçons rêvent d’une belle et longue chevelure. Ils sont plus devenus une grande légende qu’un groupe couronné de succès de son vivant. Polydor tenta quand même la sortie d’un album et quelques singles qui restèrent un peu dans les oubliettes. On peut facilement deviner que leur musique ne fut guère prisée des adolescents allemands de l’époque, même s’ils furent un de ces groupes « dont on causait », la vente des disques resta très en retrait. Mais à chaque explosion d’un nouveau mouvement musical, les encyclopédistes recherchèrent les racines. Longtemps après être retournés dans leur patrie, on les redécouvrit à la faveur du punk pour les considérer comme ancêtres de cette musique. En fait, la différence avec les autres groupes qui frisèrent cette musique, c’est qu’eux ne firent que cela. Cette nouvelle notoriété leur donna envie de refaire quelques réapparitions spécialement dans les années 2000, notamment avec les Sonics, le seul groupe américain que peut prétendre avoir eu une démarche semblable. La légende est encore vivante, par contre il ne reste plus grand monde encore en vie du groupe original.

L’album original de 1966, très très rare, les copies peuvent dépasser les 1000 euros

En live 1966

Cuckoo

I Can’t Get Over You

Complication

En studio

1966 – I hate you

1966 – Black Monk Time

1966 – Blast Off

The Moon Riders – Les groupes instrumentaux existent aussi en Allemagne. En général, ils sont dérivés soit des Shadows, soit des Tornados, En voici un exemple, les obscurs Moon Riders qui enregistrèrent deux singles avec des titres originaux sur le label Bellaphon, on retrouve dans les titres la notion de spatial chère aux Tornados. Deux singles apparemment assez recherchés par les collectionneurs virent le jour.

1965 – Moon Dance

1965 – Moon Fever

The Somebodies – Tico Tico. Un autre exemple instrumental plus dans le style Shadows, mais le groupe n’a de loin pas la même notoriété. Le titre est quand même intéressant, une reprise de l’air brésilien « Tico Tico », une mélodie qui demande quand même une certaine virtuosité. On trouve uniquement ce titre sur un album compilation de 1965 publié par Polydor « Beat City », comme celui que je vous propose à la suite.

The Tremors – What Would I Do. Un autre atterrisage à Hambourg, cette fois-ci des Ecossais. Un album et quelques simples, dont j’ai pu retrouver celui-ci, un assez bon original très beat. C’est un titre que j’ai du plaisir a réécouter de temps en temps. En 1971, toujours en Allemagne, le groupe se mua en Light Of Darkness, et enregistra un album de hard rock aujourd’hui très recherché.

Manfred Mann – Sie. Comme passablement d’artistes anglais, Manfred Mann enregistre dans une version allemande un de leurs titres pas très connu « She » qui devient « Sie ». C’est une manière de fabriquer des collectors pour plus tard.

 

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