En passant

Inventaire musical à la Prévert (264)

Quelques pages de l’histoire de la musique moderne

Après l’Angleterre, l’Allemagne est le pays qui a le plus influencé l’avènement de la Beatlemania et de la musique beat en général. Redisons-le encore une fois, ce n’est pas tout à fait un hasard, mais une suite de la seconde guerre mondiale. En effet, les Américains laissèrent sur place un important contingent militaire. Comme ce n’est pas une armée qui est à un sou près pour le moral de ses soldats, les distractions en tous genres suivent l’intendance. La musique en fait partie et pour des raisons pratiques, on fait appel à des artistes qui parlent la même langue qu’eux et aussi ceux qui sont géographiquement les plus proches, c’est à dire les Anglais. Hambourg devient une sorte de centre culturel américain et on aime cette culture, encore plus le côté matériel qui l’accompagne. Le quartier qui attire le plus les GI’s en goguette est celui de Sankt-Pauli. On y trouve des boîtes de nuit, des bars à musique, même des prostituées. C’est là qu’atterrissent les Beatles au tournant des sixties, mais il y a en a eu des dizaines d’autres, présents ou à venir. Il ne faut pas imaginer les Beatles en vedettes à cette époque. Non, ils sont juste un groupe qui joue de la musique américaine à la manière de galériens. On les écoute ou pas, mais à force de jouer chaque soir des heures durant, ils vont acquérir la technique des instruments et de la scène, c’est un acquis précieux pour la suite. A travers cela et tout le reste, les artistes anglais presque ignorés dans leur pays, trouvèrent des oreilles plus réceptives en Allemagne. C’est un sujet que je connais assez bien, et c’est intéressant.. Voici une première livraison et partie très résumée de ce qui se passait au niveau musical dans ce pays. Ce n’est bien sûr qu’un survol. Mais j’y reviendrai.

Première partie.

Lee Curtis & All Stars. Lee Curtis fait partie de ces personnages que j’aime bien, d’autant plus que j’ai eu le plaisir de le rencontrer, il m’avait invité à un de ses concerts en Allemagne. Cela m’a permis de refaire un plongeon dans le beat allemand, car dans les musiciens qui l’accompagnaient on trouvait à la guitare Peter Hesslein, un grand guitariste. Il a joué avec les German Bonds, electric Food, Lucifer’s Friend (il y est encore), et même James Last. C’est un de ces musiciens qui peut jouer n’omporte quoi avec n’importe qui. Un autre ancien des German Bonds, Niels Taby, était à la batterie. Aux claviers il y avait Franz Jamash, dont je reparlerai un peu plus loin. En 1961-62, Lee Curtis fut un rival des Beatles à l’époque de la Cavern à Liverpool. Il enregistra plusieurs disques en Angleterre, mais c’est en Allemagne qu’il devint connu en étant le chanteur résident au fameux Star-Club de Hambourg. Chanteur résidant, cela veut dire celui qui occupe la scène entre les passages de vedettes ou quand li n’y a rien de spécial à l’affiche. Il a calculé s’être produit plus de 7000 fois dans le club. Surdoué vocalement avec une voix à la Presley, il eut l’occasion d’enregistrer deux albums et quelques singles qui sont aujourd’hui de jolis collectors. Personnage haut en couleur et haut tout court, il mesure 1,90m, il vit passer dans son groupes des musiciens comme Pete Best, premier batteur des Beatles, Bob Garner de Creation. Mais en tant que chanteur résident au Star-Club, il rencontra tout le gratin de la musique des années 60, Beatles (il m’a dit qu’il avait des albums autographiés), Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Gene Vincent, Fats Domino, Johnny Kidd, Johnny & The Hurricanes et j’en passe. Il a une anecdote sur chacun. Parler avec des personnages comme lui est une expérience extraordinaire. Et il est d’une gentillesse à toute épreuve, durant une douzaine d’heures passées avec lui, j’ai bu une dizaine de bières et je n’en pas payé une, il m’avait dit : « Quand Je viens en Allemagne, je ne paye jamais une bière, alors il en sera de même pour toi ! ». Souvenirs souvenirs ! Il est décédé en 2023 âgé de 84 ans.

Une reprise de « Boppin’ The Blues » de Carl Perkins bien nerveuse. D’après ses affirmations, l’enregistrement a été fait dans une halle de gymnastique.

Le voici en live en Allemagne en 1967. Le personnage qui est à l’orgue est Franz Jamash « Mr Piggy », il était aussi présent au concert auquel j’ai assisté. Il est très populaire en Allemagne. Etant aussi comédien, il est apparu plus de 200 fois dans une série télévisée comique allemande « Dittsche » où il tient le rôle récurrent d’un client de bar. D’après ce que j’ai vu de lui, ce n’est pas trop un rôle de composition. Il a aussi fait partie d’une des nombreuses moutures des Rattles, le groupe des sixties le plus célèbre en Allemagne. Il est décédé en 2017.

The Rattles  Les Rattles, justement les voici. Ils furent réellement les Beatles allemands au niveau de la popularité. Dès 1963, ils enregistrèrent une série de LP’s et de 45 tours qui connurent leur heure de succès pour certains. Ils furent aussi le premier groupe allemand qui s’exporta en Angleterre où quelques publications virent le jour. Ils eurent même l’honneur d’un fan club avec un hit en 1970 « The Witch ». Ils firent passablement de reprises, mais dans une moindre mesure ils étaient aussi capables de créer quelques originaux qui tenaient la route. Leur principal problème fut un changement continu de personnel, le bassiste et quelquefois chanteur Herbert Hildebrandt, est à peu près le seul membre constant du groupe jusqu’à aujourd’hui puisqu’ils sont toujours en activité. On retrouve certains membres comme Achim Reichel ou Frank Dostal dans d’autres formations ou comme producteurs à succès au fil des ans. Le France publia deux EP’s, l’un chez Barclay et l’autre chez Fontana qui intéresse particulièrement les fans pour une bonne raison. Il contient une reprise de « Sha-La-La-La-Lee » des Small Faces, mais en Allemagne il parut sous le pseudonyme de The « In » Crowd, tandis que la France le crédite bel et bien aux Rattles.

1964 – Go To Him, un original composé par Achim Reichel.

1965 – Une assez belle reprise du standard de Muddy Waters traitée à la manière locale.

1966 – It’s My Fault. un bon original

« The Witch » fut leur seul titre que l’on peut considérer comme international. Il fut enregistré  et publié deux fois. La première fois  en 1969 avec un vocal masculin  qui n’obtint pas de succès. Ce fut la seconde version dans laquelle ils font appel à une chanteuse qui sera le hit. Voici ces deux versions.

La première, 1969

La seconde, 1970

1964 – Jimmy & The Rackets / Black Eyes. Jimmy Duncombe est aussi un de ces musiciens émigré en Allemagne qui se bâtit une certaine réputation sans être vraiment une star. On le retrouve aussi comme accompagnateur de Carl Perkins lors de tournées européennes. Il a enregistré une flopée de 45 tours et d’albums en solo ou avec son groupe. Il est toujours en activité et vit en Suisse. Le voici dans une reprise du célèbre air tzigane « Les Yeux Noirs » et il prouve qu’il sait jouer de la guitare dans cet enregistrement qui va crescendo. Le clip est un montage.

1964 – Black Eyes

1965 – Michael & Firebirds – Lass Sie geh´n (She´s Not There). Il s’agit d’une reprise du « She’s Not There » des Zombies en allemand et par un groupe allemand. Ecoutez bien la voix, reconnaissez-vous la voix du chanteur de Los Bravos dans « Black Is Black » ?  En bien c’est le même chanteur dans les deux titres, Michael Volker Kögel devenu Mike Kennedy. Récemment, j’ai eu une prise de bec avec une Espagnole que voulait soutenir mordicus que que le chanteur de Los Bravos était espagnol. Alors j’ai sorti mon téléphone, Wikipedia, et lui ai prouvé le contraire. Ah ces Espagnoles !

1965 – Mama Betty’s Band / Wie John Paul George Und Ringo. Il existe passablement de chansons en hommage aux Beatles chantées en français ou en anglais, mais cela existe aussi en allemand. Voici un exemple avec ce groupe. Pour la petite histoire, c’est une adaptation, mais ils ont été la chercher assez loin. Sans vouloir être un précurseur, le compositeur anglais en tandem avec Ken Jones (plus tard producteur des Zombies), avaient enregistré un single en 1958 « The Popocatepetl Beetle ». Comme l’on sait que « Beetle » est une des probables inspiration pour le nom des Beatles, ils ont vite été chercher ce titre et lui coller des paroles allemandes. Voilà toute l’histoire.

The Beatles. Les Beatles, s’ils firent leurs premières armes phonographiques en Allemagne en accompagnant Tony Sheridan, tout le monde ne sait pas qu’ils enregistrèrent aussi en allemand. Officiellement ce fut « I Want To Hold Your Hand – Komm Gibt Mir Deine Hand » et She Loves You – Sie Libt Dich ». Plus officieux, il existe une version de « Get Back – Get Raus » dans la même langue. Pendant longtemps on ne la trouvait que sur les bootlegs.

Parmi les enregistrements avec Tony Sheridan, il existe une version de « My Bonnie » avec l’intro chanté en allemand.

Et voici ce que l’on peut officiellement considérer comme le premier disque officiel enregistré par les Beatles en solo. Cela fut capté le 23 juin 1961 à Hambourg pour le compte des disques Polydor.

1965 -The Stellas / The Fortune Teller. Ce disque qui est un petit collector allemand a la particularité d’avoir été publié en stéréo, chose assez rare à l’époque pour un 45 tours simple. Au verso d’une reprise de « Wooly Bully » de Sam The Sham & The Pharaohs,  se trouve cette assez bonne reprise de « The Fortue Teller » de Benny Spellman, un favori des groupes anglais puisqu’il fut aussi repris par les Merseybeats, les Rolling Stones, les Who, les Downliners Sect. Unique enregistrement du groupe. Le voici en mono.

1964 – The Details / What Shall I Do. Voila ce que je peux considérer comme du garage punk à la mode allemande. Les Details font partie de ces dizaines de groupes allemands plus ou moins professionnels qui eurent la chance de pouvoir enregistrer un seul et unique disque qui par la suite deviennent de petits ou grands collectors. On les déniche assez souvent ces artistes sur des labels de seconde catégorie. Ici il s’agit de Bellaphon qui était à l’époque un label un peu secondaire, mais qui grandira pour devenir une major dans les années 1970. IIs eurent même l’occasion d’avoir les Beatles sous leur étiquette avec les fameuses bandes enregistrées au Star-Club.

A suivre

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En passant

Vinyles en fusion (183)

A mes visiteurs,

Je vais complètement réorganiser le blog. J’ai publié plus de 2000 articles au fil du temps et cela commence à prendre de la place. De plus, je remarque que des vieux articles ne sont absolument plus lus, donc je vais diminuer la voilure.
Il y a aussi un autre phénomène qui commence à me faire monter la moutarde dans le nez. Des gens mal intentionnés se font passer pour des pénalistes et prétendent vous faire cracher de l’argent en vous accusant de violer les droits d’auteurs, l’IA n’est sans doute pas étrangère à cela pour la récolte. J’ai récemment vécu un cas avec une photo personnelle publiée en 2011, donc qui m’appartient, un site l’a reprise 2017 en s’attribuant les droits d’auteurs. Cerise sur la gâteau, via une société tierce et pas très sérieuse au niveau du droit, ils prétendent m’accuser d’utilisation sans autorisation et demandent une indemnisation. La justice et les jugements par email, ce n’est pas sérieux. Voilà où nous en sommes aujourd’hui, il y a des milliers de témoignages semblables, la Toile en déborde. Je sais que je suis dans mon bon droit, cala tombe bien car j’ai une amie qui est juriste et pourra me confirmer la chose si besoin était. J’en arrive à la conclusion que je ne vais pas passer mes futures journées à me justifier face à ce genre d’attaque. Cela modifiera un peu le contenu du site.
Je vais surtout laisser les articles musicaux, les textes sont de moi, les vidéos de Youtube et ce n’est pas eux qui vont se manifester pour avoir mis un lien sur mon blog. Et puis, malgré tout, je me suis plus extasié dans ma vie sur la musique que sur des paires de jambes en nylon.
Pour le bas nylon, ce sera sensiblement différent. Il y aura toujours des photos, mais elles seront enlevées après un laps de temps et seront postées dans des articles à part. La plupart des photos « nylon » ne sont plus visibles, ce sera de la nourriture en moins pour ces « justiciers » d’opéra, désolé pour vous.
Au pire, si cela devait quand même arriver, je mettrai le site en privé.
Merci de votre attention.

Il n’a jamais existé un France un organe officiel qui représente exactement la popularité d’une chanson, ce que nous appelons le hit parade. Par contre les Américains et les Anglais sont beaucoup plus organisés et ces classements existent pratiquement depuis 1900. Ce sont de véritables industries du classement qui analysent les ventes, les passages radio ou télévision. Ils sont compilés dans des classements qui reflètent les critères précédents. Ces classements hebdomadaires rebondissent sur un classement annuel qui reflète le nombre de semaines où la chanson apparait ainsi que sa position dans le classement. Au final, ces données permettent d’établir les chansons les plus populaires de l’année. Aux USA le Cashbox et le Billboard sont les deux principaux organes qui établissent les statistiques. Bien qu’ils agissent séparément, le résultat est assez identique, une chanson peut-être no 1 à une place et no 2 dans l’autre, mais jamais un no 1 sera no 20 dans dans le second. Voici à partir de 1956, année ou le rock and roll est bien établi, les cinq meilleures chansons de l’année.

1982

 1) Paul McCartney & Stevie Wonder – Ebony and Ivory  (467 points)

2) Men At Work – Down Under (463 points)

3) Survivor – Eye Of The Tiger (459 points)

4) Dexys Midnight Runners – Come On Eileen  (439 points)

5) Steve Miller Band – Abracadabra (439 points)

Documents

Des archives musicales, peu importe le pays, de la télévision ou autres durant les seventies

Eric Clapton – Layla

La pop en version étrangère

Il est toujours curieux d’entendre une chanson que l’on connaît bien dans une autre langue. Le phénomène de reprendre une chanson connue dans une autre langue est un phénomène planétaire. La mélodie reste, mais la consonnance d’une langue peut lui donner une ambiance différente. Voici une sélection de trois chansons d’artistes anglophones interprétés dans une langue plus ou moins exotique. Pour ceux qui voudraient entendre la version originale, un clic sur Youtube apportera la réponse.

Play With Fire, version originale Rolling Stones, 1965
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Version en espagnol par J.M. Baule, 2019

Mas Que Nada, réécriture de Nanã Imborô, version originale Jorge Ben, 1963
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Version en italien par Marita, 1968

Première version enregistrée, The Great Society avec Grace Slick, 1966
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Version en serbe par Seka Kojadinović, 1968

Trois très belles reprises…

Senator Bobby – Wild Thing (Loved Ones)

The Animals – Don’t Let Me Be Misunderstood (Nina Simone)

Manfred Mann – Mighty Quinn (Bob Dylan)

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