En passant

Voyage début de siècle (35)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Découverte du Japon, suite

Suite de l’exploration du Japan. Il est question d’une excursion avec la grande consommation d’une boisson très courante au Japon, le thé. C’est aussi l’occasion de faire plus ample connaissance avec le climat japonais et aussi un autre aperçu des coutumes locales. Dans un prochain post, il sera question de Japon moderne, car s’il préserve les traditions ancestrales, il n’est pas moins un pays qui évolue en ce début du 20ème siècle.

Vis-à-vis de Gamman-ga-fuchi, sur la rive droite du Daiya-gawa, on aperçoit le délicieux jardin de Dainichido, un modèle du genre avec ses ponts et ses pagodes en miniature, ses petites maisons de thé, ses étangs minuscules, ses haies taillées et ses arbres superbes. Tout est mignon, élégant, plaisant. Charmantes aussi les petites nésans qui s’empressent à servir le thé. Attenant au jardin, un cimetière aligne ses pierres grises couvertes de mousse et rongées par le temps; c’est là que dorment les morts, bercés par le mugissement de l’eau et le caquetage des nésans.

J’ai l’intention d’entreprendre aujourd’hui la plus belle excursion qu’on puisse faire depuis Nikko; celle au lac de Chuzenji et aux sources chaudes deYumoto. Comme la montée est assez pénible — le lac se trouve à environ 1400 mètres au-dessus de la mer -— je me mets en route avec un équipage de trois boys; deux — dont l’un, comme un poney fougueux, secoue continuellement sa tête coiffée d’un énorme chapeau en forme de champignon — tirent la jinrikisha; le troisième pousse derrière. Nous passons d’abord devant le jardin de Dainichido; puis nous suivons le torrent. Bientôt, un sentier se détache de la route; bordé de hauts buissons d’azalées qui malheureusement ne fleurissent pas en ce moment, il gravit le flanc abrupt de la montagne. Un Américain de Philadelphie s’était joint à moi. Tout à coup — le chemin devenait toujours plus raide et nos boys suaient — ceux-ci s’arrêtèrent et crièrent en chœur: Teahouse! C’est généralement tout ce qu’ils savent d’anglais. Nous fûmes obligés de descendre de nos véhicules; il serait bien inutile de les empêcher d’entrer dans un de ces restaurants de leur pays, lorsqu’il s’en trouve un sur le chemin. Le cha — thé en langue japonaise — joue un rôle considérable dans l’empire du mikado. Le Japonais, épris des formes, y ajoute la particule o (qui veut dire honorable), dont on fait précéder un grand nombre de substantifs. A en juger par la quantité de ocha que l’on boit au Japon, il doit être digne au plus haut point de cette qualification. Moi-même je ne m’en tirai pas mal; je me souviens d’avoir, au retour d’une course de cinq heures, bu mes seize tasses de thé. Il est vrai que les tasses sont minuscules et que la chaleur était excessive. Le thé d’une couleur jaune paille se boit sans lait ni sucre. Sur plusieurs lignes de chemins de fer, il y a dans les compartiments une petite table garnie de tasses et un réchaud à charbon sur lequel le thé bouillant chante. Une autre compagnie fait servir aux voyageurs la boisson dorée. Dans les trains où ces deux institutions n’existent pas, on peut acheter aux stations pour la somme de trois sen (71/2 centimes) une mignonne théière remplie, accompagnée d’une tasse, et y ajouter de l’eau bouillante à discrétion.

Obéissant à l’injonction de nos petits conducteurs, nous demandâmes du thé et des pâtisseries que nous servirent de gracieuses Japonaises et que nous dégustâmes assis sur des nattes de paille, tandis que les boys restaient debout. Il fallut répéter la dînette trois ou quatre fois jusqu’au Chuzenji. Les maisons de thé se trouvent presque toujours dans les sites les plus pittoresques, d’où l’on jouit d’un beau coup d’œil sur la vallée et les cascades qui se précipitent du haut de la montagne.
A midi, le Chuzenji était en vue. Sa couleur bleue foncée, ses belles rives montagneuses me rappelèrent nos lacs alpestres. Au fond, la pyramide boisée de la montagne Nan-tai-zan, pèlerinage renommé.
Des nuages menaçants s’amassaient audessus de nos têtes, envahissant lentement le
bleu du ciel. Il fallut renoncer à monter jusqu’àYoumoto.

Afin de ne pas quitter cette superbe contrée sans en avoir joui complètement, nous nous engageâmes, après le dîner, dans un délicieux chemin bordé d’un côté par le lac, de l’autre, par des platanes; nous passâmes devant un temple et plusieurs maisons de thé, paisibles coins de verdure conviant le passant au repos. Nous avions à peine remarqué l’obscurcissement du ciel que, brusquement, une pluie torrentielle commença à tomber. En un clin d’œil la route fut transformée en un lac, et les parapluies ne suffirent plus pour nous protéger contre l’averse. Les vêtements transpercées, les souliers remplis d’eau, nous dûmes marcher dix minute jusqu’à ce que nous arrivâmes à une maison solitaire. Quoiqu’elle parût abandonnée, elle était ouverte, suivant la coutume japonaise; ce fut un grand soulagement. Un beau vase garni d’une branche de platane rouge, quelques coussins et une samise, guitare à trois cordes, indiquaient seuls que la maison était habitée.
Trait caractéristique de la nation que cette absence de besoins. Les Japonais ne sont-ils pas dignes d’envie dans leur heureuse simplicité? Contents de peu, ils n’encombrent de superflu ni leur vie ni leurs appartements. Nous arrivâmes à Chuzenji, trempés jusqu’aux os; sans tarder, nous grimpâmes dans nos jinrikishas qui descendirent la montagne au galop de nos gamins pataugéant dans la boue et enjambant mares et rigoles. A Nikko, le soleil dans toute sa splendeur narguait notre équipée manquée.


Nikko, malheureusement, jouit de la réputation de Salzbourg, ville de la pluie. Aussi les marchands de sculptures, de photographies, de fourrures fondent-ils tout leur espoir sur le mauvais temps. Combien de touristes, pour tuer les heures et tromper l’ennui, vont faire des achats et rentrent, comme moi, chargés de peaux de loutres, de castors, de singes, uniquement parce que le ciel ne se montra pas clément et que la pluie ne cessa pas au bon moment.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

En passant

Music Emporium (11)

Onzième partie des aventures allemandes

Wonderland – Beaucoup de groupes allemands ont, si l’on peut dire, mangé au râtelier de la musique anglaise. Vers 1967, le vent musical commence à tourner vers des choses plus fouillées, L’Allemagne qui est aussi capable de création, tout en restant dans le courant, va faire preuve d’un peu plus d’originalité. Une des premières manifestations en sera le groupe Wonderland. C’est une transition entre l’ancien et le nouveau monde. On y constate des plans pop et aussi quelques relents de ce psychédélique typiquement anglais, à la manière du « Itcchkoo Park » des Small Faces. On y retrouve un personnage que l’on connaît déjà, Achim Reichel. Guitariste dans la première époque des Rattles, il quitte le groupe pour des raisons de service militaire. Démobilisé, sa place étant désormais prise dans son ancienne formation, il se tourne vers d’autres horizons. C’est ainsi qu’il se joint à Wonderland et retrouve un ancien pote des Ratlles, Frank Dostal (mari de la bassiste des Liverbirds). Un personnage encore peu connu, Leslie Humphreys fait aussi partie de l’équipe, il s’illustrera comme personnage central de Les Humpfries Singers, un groupe interracial qui cartonnera très fort dans toute l’Europe au tournant des seventies. La carrière du groupe fut assez brève, le temps d’un album et quelques singles, mais on s’en rappelle encore aujourd’hui. On verra par la suite les musiciens dans d’autres formations, ils font partie désormais partie du paysage musical allemand.

1968 – Moscow – Un hit en Allemagne.


Poochy – La face B, plus conventionnelle.


1968 – Boomerang.


1969 – Heya Donna Laya.


1969 – Jump Anna Trampalen


The Rollicks  – The Shouters. Groupe beat allemand qui connut une certaine notoriété grâce à la reprise du célèbre « Let’s Go » popularisé par les Routers aux USA. Chanson contagieuse que l’on entend encore dans les matchs de foot, au même titre que le « Na Na Na Hey Kiss Him Goodbye » des Steam. Ce groupe est surtout connu aujourd’hui pour avoir été la plaque tournante de membres que l’on retrouvera plus tard dans des formations plus prestigieuses comme Jeronimo, Krokodil, ou Supermax dans le disco. En 1966, ils enregistrent sous le nom de Shouters, groupe dont nous avons déjà parlé au chapitre précédent comme accompagnateurs de Gitta, un album de reprises, probablement en faux live, mais dont certains titres sont vraiment bons.

The Rollicks.

1965 – Let’s Go


1966 – Umba Latta – Un titre original.


Things Of Love – Face B, autre original.


The Shouters, 1966.

Shakin’ All Over. Cette reprise est plutôt bonne et originale. Le guitariste ne se contente pas de reproduire note pour note la fameuse « descente » du guitare, mais il travaille ses cordes de manière à épicer un peu ces fameux accords. J’ai des dizaines et des dizaines de versions de ce titre dans ma discothèque, mais celle-là figure dans de top five.

Désolé le niveau du volume du son est très bas, c’est le problème avec les gens qui écoutent la musique très fort, quand ils mettent en ligne le niveau sonore est bas, mais normal pour eux. Alors montez le volume pour écouter.


Shimmy Shimmy – Titre connu, mais dans une version qui vaut particulièrement pour le solo de guitare endiablé au milieu.


Summertime – Une version pas si mal.


Sounds Incorporated – Sans doute par le hasard d’un micro qui traînait par là, les Sounds Incorporated eurent le bénéfice d’un single typiquement allemand, publié par Philips alors que ce n’était pas la maison avec qui ils étaient en contrat. Ce n’est pas impossible que l’enregistrement date d’avant car il est assez difficile à situer dans le temps. Les titres n’aident en rien, car il s’agit d’une reprise en rock de la fameuse ouverture de Guillaume Tell de Rossini et de celle de la Cavalerie Légère de Suppé, ouvres déjà bien anciennes. C’est une anecdote dans leur parcours, car c’est surtout en Angleterre qu’ils furent les plus connus et eurent aussi la réputation d’un groupe d’une grande qualité instrumentale avec notamment un ligne de trois saxophones. Ils servirent aussi d’accompagnateurs pour Cilla Black et Gene Vincent lors des tournées. Mais surtout ils furent très liés avec les Beatles et firent de nombreuses ouvertures lors de leurs concerts.

Les deux faces du 45 tours publié par Philips en 1964.


Ferré Grignard – Ce Belge, authentique beatnick, connut un succès inattendu en 1966 avec sa chanson contestataire « Ring Ring I’ve Got To Sing », du folk dans la tradition Dylanesque. L’histoire a surtout retenu que Johnny Hallyday plagia un de ses arrangements « My Crucified Jesus » pour en faire « Cheveux Longs Et Idées Courtes », sans jamais voir l’ombre d’une thune. Beaucoup moins connu, il traîna ses baskets au Star-Club de Hambourg et apparaît dans un album enregistré en live « Beat Und Prosa ». Cet album est une sorte de recueil de poésies narrées en allemand par Hubert Fichte. Entre les poèmes, un intermède musical agrémente la narration. Ferré Grignard apparaît trois fois chantant du folk, sa spécialité. J’ai réussi a en trouver un extrait probablement enregistré dans un coin du Star-Club. A l’écoute, c’est bien la version qui figure sur l’album. Après quelques albums entre folk et blues, il mourut prématurément en 1982 d’un cancer de la gorge.


Françoise Hardy – Une autre de nos vedettes françaises qui a une discographie chantée en allemand assez conséquente, il s’agit de Françoise Hardy. Elle réussit un peu moins bien que France Gall dans cet exercice, mais en contrepartie elle cartonna plutôt bien en Angleterre, tout en ayant commencé deux ans avant la petite blonde de 1,50 m. Une autre différence, Françoise Hardy a fait ses enregistrements en allemand comme un complément à sa carrière française qui tournait à plein régime, avec en plus ses tentatives en Italie. Ce n’était le cas de celle de France Gall, au plus haut de son succès allemand, elle était dans le creux de la vague en France. Point commun au deux, une petite partie est la reprise en allemand de sa discographie française, mais les autres sont des créations qui n’ont pas d’équivalent français. Toutefois, les versions allemandes des chansons françaises de Françoise Hardy ont pour la plupart une orchestration différente. Une chose qui a pu faire enrager les fans français, c’est la publication d’un album 25 cm en 1964 où l’on retrouve des standards comme « La Mer » ou « Les Feuilles Mortes » qui verront le jour bien plus tard chez nous. Et en plus les interprétations sont assez bien foutues. Elle a aussi un atout que France Gall n’a pas, elle est auteur-compositeur et certaines de ses chansons peuvent avoir un charme latin bien moins visible dans la discographie de France Gall. Résultat des courses, dans mes discussions avec des collectionneurs allemands, tous connaissent son nom, preuve qu’elle a eu une certaine notoriété en Allemagne. Elle a une discographie allemande assez bien fournie.

Pour les sélections de chansons, je me suis limité aux plus significatives.

Rare EP français avec quatre chansons en allemand.


1963 – Peter And Lou (Tous Les Garçons Et Les Filles », orchestration différente.


Face B – Ich Steige Dir Aufs Dach. Création originale allemande.


1963 – Ich Sag Ja (J’suis D’accord), orchestration différente.


1963 – Ich Hab Das Glück (J’aurais Voulu), orchestration différente.


1964 – Wer Du Bist. Création allemande originale.

1964 – Les Feuilles Mortes. Parution sur un LP allemand 25 cm.


La Mer, sur le même album.


1964 – Oh Oh Chéri(e), version allemande, orchestration différente, aussi sur l’album.


1965 – Frag Den Abenwind, création originale allemande.


1966 – Ich Bin Nun Mal Ein Mädchen, création originale allemande.


1966 – Dann Bist Du Verliebt, création originale allemande, petite interview au début où elle parle en allemand.


1969 – Souvenirs Der Ersten Großen Liebe, création originale allemande.


1970 – Träume. Création originale allemande assez bien roulée, je parle de la chanson.



1973 -Wenn Wilde Schwäne Flieh’n, création originale allemande. Après avoir signe avec WEA, premier titre en allemand


1974 – Ich (Première Rencontre), sur le playback de la version française. Dernière tentative allemande.