Nos disques mythiques (15)

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Voilà un disque qui doit beaucoup à la France. Pas tellement pour les interprètes, ce sont tous des Anglais originaires de Carlisle, mais bien par un de ces petits miracles que le showbiz sait parfois engendrer. Le relativement nouveau label Island, né en Jamaïque, s’est établi à Londres en 1962. Son but premier est de lancer le reggae en Angleterre, une musique relativement peu connue au pays du thé. Ca ne marche pas trop mal, mais cela marchera bien plus fort dans les années 70. Un premier hit, « My Boy Lollipop »,  en 1964 par Millie, donne un avant goût de reggae. Mais le label mise aussi sur des artistes locaux. Premières grosses vedettes  maison en 1965, Spencer Davis Group, aligne plusieurs hits dont deux composés par un artiste jamaïcain, Jackie Edwards. Fort de ce succès on en  recrute d’autres. C’est ainsi que les fraîchement nommés VIP’s (anciennement VIPPS) font leur apparition sur Island. Ce sont pas vraiment des nouveaux, ils ont déjà fait quelques tentatives discographiques pour divers labels sans résultats notoires. Ils enregistrent leur première tentative pour  Island en 1966, « I Wanna Be Free » / « Don’t Let it Go ».

Le disque ne décolle pas tellement sur le marché anglais, mais Philips-France distributeurs du label, décident de le publier ici sous la forme habituelle, un 4 titres enveloppé dans une belle pochette. En réalité c’est un 3 titres, car la chanson complémentaire « Smokestack Lightning »  dure près de 7 minutes, pas très loin de la limite possible de la durée d’une face de 45 tours. C’est purement un titre destiné au remplissage, mais bon du remplissage comme ça, on en redemande!

L’idée de Philips est payante, car le titre principal rencontre pas mal de succès en France, il figurera même en assez bonne place dans le hit parade de « Salut les Copains ».

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Ils passeront aussi à la télévision, une pub assurant des ventes honnêtes. C’est un grand titre, même l’un de ceux que je considère parmi les meilleurs des années 60, je l’ai écouté des milliers de fois. Les plus érudits savent que c’est une reprise crée et composée par l’Américain Joe Tex, un Noir très dans la veine du r’n’b. La version des VIP’s, qui abandonne les cuivres de l’original, met en exergue le jeu des guitaristes, c’est une ambiance cool, parfois brièvement plus rageuse. Le point culminant reste la voix de chanteur, Mike Harrison. Bien que de race blanche, sa voix sonne plus noire de celle l’original. C’est un grand chanteur dans la lignée des Ray Charles et autres. Il fait aussi merveille dans le titre suivant « Don’t Let It go », un titre dans la même veine.

Comme je le disais plus haut, « Smokestack Lightning » est un titre de remplissage, mais quelle belle version que cette reprise de Howlin Wolf (dont on le crédite à tort comme compositeur), écrite par le fameux Willie Dixon. C’est la deuxième qui est entrée dans ma collection, le première celle des Yardbirds. Si je peux préférer musicalement celle des Yardbirds, plus rageuse, plus bordélique, le version plus traditionnelle des VIP’s magnifiée par la voix du chanteur fait que l’adore aussi.

Il y a bientôt 50 ans que je suis sous le charme de ce disque qui figure toujours en bonne place dans les fleurons de ma collection, ainsi que la suite qui vit passer le fameux Keith Emerson dans leurs rangs. Juste avant que ces importantes personnes de deviennent encore plus importantes en se muant en Spooky Tooth. Mais c’est une autre histoire.

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Un chose assez courante à l’époque, présenter les membres d’un formation. A lire leur goûts, on n’a pas trop de peine à s’imaginer pourquoi ce disque contient ceci plutôt que cela.

Le passage à la télé en 1966

Nos disques mythiques (14)

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En 1966, la mode passe au psychédélique, c’est bien sûr un courant qui nous vient des USA. Il est une réponse à l’invasion anglaise qui débuta en 1962 avec les Tornados, suivis des Beatles. Pour cette année-là, très peu de disques sont édités en France et encore moins programmés par les radios, à l’exception de ce qui pouvait concerner les très grands artistes comme Beatles ou Stones. Toutefois ils n’étaient pas spécialement représentatifs de ce mouvement vu sous l’angle américain. Parmi ces très rares publications, il y a celle qui nous intéresse aujourd’hui, le 4 titres des Count Five publié chez AZ. Il y a une bonne raison à cela, le titre « Psychotic Reaction » est à la 5ème place du hit parade US. Le créativité de ce titre est assez étonnante quand on sait que c’est un original composé par les membres et qu’ils sont âgés entre 17 et 19 ans au moment de son enregistrement. On peut imaginer que cela aurait été totalement impossible en France de voir un tel disque sortir des studios nationaux. On peut imaginer le peu de cas que l’on aurait fait à ce genre de démarche musicale et aussi au vu de leur âge. Quoiqu’il en soit, il a quand même été publié ici sous licence du label Double Shot basé en Californie, d’où ils sont originaires. Le disque n’a jamais passé à la radio, du moins je ne l’ai jamais entendu. C’est encore une bizarreté quand on sait que le label AZ a été fondé par Lucien Morrisse, ex-mari de Dalida, et directeur des programmes à Europe No 1. Quelques passages à Salut les Copains et c’était sûrement une bonne vente assurée. Heureusement quelques disquaires eurent la bonne idée d’en proposer une copie au client, client dont je fus, séduit par l’originalité de la chose. La pochette était aussi attirante, bien pétante avec son fond jaune et lettrage rouge, présentant le groupe vêtu de ces pèlerines noires tout droit sorties d’un film de Dracula.

Le titre principal est bien représentatif de cette époque, pas seulement musicalement, mais aussi socialement. Une banale histoire de fille qui vous rend malheureux et on va tout de suite dans la psychanalytique, Freud aurait sans doute aimé. Musicalement c’est excellent, cet harmonica en toile de fond et cette guitare fuzz en font un vrai délice. La perle ne manquera pas de se retrouver dans la première compilation « Nuggets » dédiée au mouvement garage et psychédélique en 1972, sous la houlette de Lenny Kaye, plus tard guitariste de Patti Smith. C’est aussi la première fois que le mot punk, associé à rock, est employé pour désigner une musique. Cette compilation entraînera au fil des ans un gigantesque mouvement qui verra des milliers d’albums de compilation et autres faire surface, rappelant l’extrême richesse des sixties aux USA et ailleurs. Par la suite, le morceau sera très fréquent dans le répertoire des Cramps et Tom Petty et trouvera de nouveaux adeptes.

Les trois autres titres du disque sont également d’excellentes créations toutes à leur honneur.  

Nos disques mythiques (13)

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Si vous écoutez un titre ou l’autre de ce disque, vous allez certainement penser que vous connaissez cette voix, surtout si vous avez au moins 50 ans. Votre oreille est bonne, cette voix vous allez la retrouver 4 ans plus tard dans l’un des plus fameux titres au succès immortel des années 60, des millions de vues sur YouTube, des milliers de commentaires. Cette voix, c’est celle du monsieur tout à gauche sur la photo. Mais nous n’en sommes pas encore là.  Un groupe originaire du sud de l’Angleterre, tente sa chance et décroche un contart chez Parlophone, la même maison que les Beatles. Pour l’instant, rien de révolutionnaire, ils sont dans la veine r’n’b comme tant de groupes à l’époque. A cette époque, il arrive souvent qu’un nouveau groupe apparu sur le marché suscite la moindre des curiosités. Leur premier disque, deux reprises « Poison Ivy » (Coasters), « I Feel Good All Over » (Drifters), publié en 1963, se classe dans le fond des charts anglais. Le second, deux autres reprises, « Little Bitty Pretty One » (Thurston Harris – excellent), « A Certain Girl » (Ernie K Doe) ne réussit pas à se classer. Parlophone décide de regrouper ces deux 45 tours sous la forme d’un 45 EP, le mini album de l’époque. A l’évidence, un spécialiste de l’époque constatera que les versions enregistrées par les Paramounts sont assez banales, mais néanmoins plaisantes. Le « Poison Ivy » sera mis au répertoire des Rolling Stones l’année de manière plus innovatrice et « A Certain Girl », à peu près en même temps par les Yardbirds sur leur premier single. En bonus, un superbe solo de Clapton, le premier publié sur disque, pour un résultat supérieur. Pour les disques suivants, le groupe tente de percer sans jamais y parvenir, alignant reprises et quelques originaux. Odéon côté français y croit, ils lancent aussi un EP avec 4 titres différents en 1965, compilation de titres postérieurs, magnifié par une superbe pochette avec photo en couleur, qui restera aussi dans l’ombre. 

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Le groupe a pourtant un potentiel certain, mais plutôt mal exploité, il explosera par la suite. Cette suite justement, il faut en parler, c’est historique. Au début de 1967, le groupe à peine remanié décide de révolutionner la conception de sa musique et enregistre un titre qui va devenir fameux, immense, « A Whiter Shade Of Pale » sous le nom de Procol Harum. Eh oui, il s’agit des Paramounts, modestes vendeurs de disques qui vont vendre des millions de copies de leur fameux titre et devenir un groupe de référence pendant dix ans, d’une énorme créativité, abordant plusieurs style avec bonheur et aussi engendrer un guitar hero, Robin Trower.

Pour le collectionneur passionné, les deux premiers (et très rares) disques sont le must pour ceux qui se lancent à la recherche des racines de Procol Harum. J’ai un peu fait le contraire, j’ai suivi presque la chronologie, c’est à dire que j’ai possédé le premier avant que l’on parle de Procol Harum et complété avec le second plus tard. Quand j’ai entendu la fameuse chanson, j’avais tiré un parallèle de la voix avec celle du chanteur des Paramounts, en fait le clavier Gary Brooker, chose que me fut confirmée par la suite. Oui, si Procol Parum remplissait les pages des magazines spécialisés, le nom des Paramounts n’était jamais spécifié. Et pourtant...

Et pour le fun

Nos disques mythiques (12)

Toujours ce foutu plaisir que les collectionneurs ont de parler des pièces qu’ils possèdent dans leur collection, la timbale consistant à posséder un pièce dans un style que l’on adore.

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Creation est un groupe anglais qui est apparu en 1966. Aujourd’hui le groupe est unanimement adulé par tous les fans des années 60 tendance mods. Rappelons ce phénomène typiquement anglais qui se partageait les faveurs des teenagers anglais à partir du milieu des années 60. Les rockers, c’est exactement l’image qui a survécu jusqu’à nos jours, blousons noirs, motos pétaradantes, bagnoles filant à grande vitesse et musique rock style années 50. Les mods, c’est le contraire, genre fils de bonne famille, très élégant et soigné dans sa tenue vestimentaire, plutôt amateur des nouvelles tendances musicales créatives. Déclarés rivaux, il s’affrontaient en de sérieuses bagarres quelquefois, voilà pour les clichés.

La démarche musicale de Creation n’est pas très loin de celle des Who de l’époque, on peut parfois croire qu’il s’agit d’eux. La similitude de leur démarche musicale peut s’arrêter là. Si les Who connaissent un succès énorme, eux sont nettement en retrait. Ils sont connus d’une plus ou moins grande minorité, mais sans plus. Le point central du groupe est le guitariste Eddie Philips, un des grands musiciens de l’époque, ainsi que le chanteur Kenny Pickett. On peut aussi noter que le stonien Ronnie Wodd, fit partie du groupe sur la fin. On peut le voir sur certaines photos. Philips semble être le premier a avoir utilisé un archet de violon pour tirer des sons de sa guitare, Jimmy Page admet s’en être inspiré et par la suite les Who lui ont demandé de les rejoindre, les grands esprits se ressemblent. Si les succès est modéré en Angleterre, ils sont plus populaires en Allemagne, assez pour qu’un album soit publié là-bas. Il est sans doute un point où tout le monde peut être d’accord, c’est le nombre de pièces de collection que compte la discographie originale.

Il y a en a deux magnifiques publiées en France par Vogue, à des prix de cotations au marché actuel qui vont chercher dans les quelques centaines d’euros, parfois plus de 500. Je vais vous parler de la seconde, la plus rare, une copie s’est vendue plus de 1200 euros sur Ebay il n’y a pas si longtemps. Il se démarque par rapport au premier dans le sens où le style est plus personnel, plus démarqué de celui qui approche la production des Who. Nous sommes au tournant de la musique anglaise qui a flirté longtemps avec le son de Liverpool. Les musiciens commencent à s’intéresser à la musique psychédélique qui a conquis l’Amérique. Son équivalent national est plus calme, plus intimiste. Creation sera bien présent dans cette vague surtout constitué d’artistes qui resteront assez obscurs, mais  qui verra l’apparition de Pink Floyd dans la mouture Syd Barrett.  Nul doute que cette publication contient un tube potentiel, annoncé en gros titre, « Tom Tom ». Ce titre  mis en évidence en France et en Allemagne n’a jamais bénéficié d’un publication en 45 tours simple en Angleterre. Initialement, il a sans doute été enregistré spécialement pour le marché allemand, justement où le groupe connaissait son plus faste succès. Sa récupération sur une publication en France est un de ces nombreux mystères du showbiz,  mais prouve bien que son potentiel aguicheur était là. Quoiqu’il en soit, il ne fut jamais un vrai hit à nulle part.  Une des causes qui fait qu’il est très recherché des collectionneurs reste que c’est l’unique possibilité de le trouver sur un EP 4 titres avec une superbe pochette, et comme je le souligne plus haut, il est sensiblement plus difficile à dénicher que la première publication. Les trois autres titres ne manquent pas de charme, c’est à découvrir.

Notre musique est rouge avec des flashes pourpres, c’est ainsi que le groupe se désignait à l’époque. Cette affirmation a survécu auprès de nombreux fans de l’époque, ils sont toujours très adulés autant pour leur démarche musicale que pour le succès plus conséquent qu’ils auraient mérité.

Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un clip tout récent sur lequel vous verrez Eddie Philips (avec la guitare rouge) tel qu’il se présente aujourd’hui. Il interprète un des titres phares du groupe « Making Time », s’amusant toujours avec son archet. C’est justement un titre qui ressemble pas mal au style des Who du début.

Nos disques mythiques (11)

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En 1963, les Searchers sont en concurrence sérieuse avec les Beatles. Ce ne sont pas des prétendants, mais de rivaux. Le moindre de leur disque est no 1, ou au pire no 2. Ils sont incontestablement en terme de succès le groupe de Liverpool le plus populaire avec les Beatles. Comme eux, ils ont pas mal séjourné au Star-Club de Hambourg. Ce qui leur manquera le plus, c’est un duo de compositeurs comme Lennon et McCartney. Qu’importe, ils sont d’excellents musiciens et savent dénicher le chanson qui fera le succès, parmi le gigantesque répertoire des musiciens américains connus ou inconnus. Justement leur premier disque « Sweets For My Sweet » (Ma Biche- Frank Alamo), est immédiatement un no 1 et connait un succès retentissant. Cela leur vaut un premier album « Meet The Searchers » qui ne contient que des reprises, mais qui connaît un succès considérable. Les reprises sont mises au goût de Liverpool et c’est potentiellement très aguicheur, magnifié par le chant de Tony Jackson, le bassiste. C’est tellement fort que plusieurs titres auraient pu faire un succès s’il avait été sortis en single. Pour rattraper un peu ce gâchis, leur maison de disque Pye, décide d’extraire quatre titres de cet album et les publier en 45 tours. C’est un moyen d’attirer les fans qui n’ont pas tous les moyen de s’offrir un album. Emballé dans une pochette illustrée avec la reprise du nom du groupe en perspective comme sur le premier album, le titre principal est attribué à « Ain’t Gonna Kiss Ya ». C’est un choix un peu arbitraire, mais c’est vrai que la chanson est plus que séduisante. C’est la reprise d’un truc américain assez obscur, chanté auparavant par Suzie Clark et dans une autre version par les Ribbons. Ironie du sort, la chanson a été composée par un chanteur qui va devenir l’année suivante une star en Angleterre, PJ Proby. Si cette chanson est aujourd’hui connue, c’est bien à la version des Searchers qu’on le doit. Un autre titre va aussi casser la baraque, « Farmer John » un semi rock and roll de 1959 lancé par le duo noir Don et Dewey. Via la version des Searchers beaucoup plus énergique, ce titre fera les beau jours de pas mal de groupes, y compris les Hep Stars une première mouture de Abba. Le choix du titre principal aurait pu revenir aussi à « Love Potion Number Nine, composition de Jerry Leiber et Mike Stoller (Jailhouse Rock pour Presley) par les Clovers en 1959. La version des Searchers est superbe, pour moi c’est toujours la meilleure que je connaisse. Elle fera un carton aux USA une bonne année plus tard et hissera à la 3ème place des charts américains. Pour terminer, « Alright », lancé par les Grandisons. Une fois de plus les Searchers savent insuffler du punch dans un titre qui va devenir un classique grâce à leur version classe. Pour le groupe, ce disque ne  fera qu’assoir sa réputation  et connaîtra un franc succès en termes de ventes. Le preuve se voit encore aujourd’hui, il est encore relativement facile à trouver. Vu sous l’angle de Liverpool et de la Beatlemania, ce disque est un chef d’oeuvre qui peut faire de l’ombre à la production Beatles de la même époque. Historiquement, les Searchers sont une des pages importantes du Liverpool Sound. Passés maîtres dans l’art de la reprise pour en faire des perles, tous les fans des sixties connaissent quelques chansons qui ont fait les beaux jours de leur adolescence, via un tube des Searchers. Le France n’échappe pas à ce phénomène, Frank Alamo, Michel Page, Claude François, Michèle Torr, Petula Clark, Richard Anthony ont un tube des Searchers à leur répertoire. Le groupe lui-même en a chanté quatre dans notre langue. Une pièce de collection que les fans du monde entier convoitent.

Nos disques mythiques (10)

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Ce disque a une importance capitale dans ma vie. Si j’en suis là aujourd’hui avec mes connaissances musicales, c’est un peu grâce à lui. En 1965, j’avais déjà flashé sur un ou deux groupes dans la même lignée. Il y avait les Yardbirds et les Pretty Things et dans une certaine mesure les Rolling Stones, bien que cette année là ils nous proposaient déjà des choses plus personnelles. Ma passion pour les Yardbirds m’avait fait découvrir leur fameux premier album « Five Live Yardbirds ». Pour les Pretty Things, je m’en tenais pour des raisons surtout financières aux 45 tours. Un jour dans un magasin en parcourant le bac des soldes, je suis tombé sur un 33 tours qui m’a intrigué. La pochette étalait une photo avec cinq gaillards qui avaient l’air de sortir d’un conte de Dickens racontant l’histoire d’une bande qui sévissait dans les bas fonds d’un sordide quartier.  Mes connaissances musicales étaient encore assez élémentaires, mais en parcourant les titres des chansons, j’ai remarqué que sur les crédits des compositeurs des chansons figuraient Chuck Berry, Willie Dixon, Bo Diddley. De plus, une des chansons « To Much Monkey Business » ne m’était pas inconnue, elle figurait en ouverture du disque des Yardbirds et je l’adorais. La somme demandée étant assez modeste, je pris le risque d’acheter la chose. Arrivée à la maison, j’ai avalé le contenu sans subir d’indigestion, charmé par la découverte. Depuis,  je fais partie d’une secte, celle des Downliners Sect et l’album fait toujours partie de ma collection.

Dans l’immédiate suite qui vit le couronnement des Beatles, pas mal d’artistes s’engouffrèrent dans la porte ouverte pour faire du Beatles. Dans l’ombre de cet engouement, d’autres misaient misaient sur un style plus brut, importé de l’Amérique noire des bluesmen et plus spécialement de Chicago via les studios Chess. Les Rolling Stones en sont l’exemple le plus connu. Historiquement, et plus spécialement en 1964, il y a très peu d’albums publiés en Angleterre et interprétés par des musiciens anglais qui peuvent se recommander uniquement de cette influence là. Les Stones, les Yarbirds et justement les Downliners Sect. Dans le cas des Downliners Sect, on ne peut pas dire que cette oeuvre pionnière leur rapporta un francs succès. L’album se vendit plutôt modestement, de quoi en faire une pièce de collection assez difficile à trouver par la suite. Et pourtant c’est une pièce maîtresse dans le style, qui entrera quand même dans la légende plus tard avec toute la reconnaissance avec laquelle on peut vénérer cette galette.

L’album fut publié par Columbia et produit par Mike Collier. Le contenu propose quelques reprises et des originaux, ces derniers sont tellement parfaits qu’ils sonnent exactement comme si c’était des reprises. Voici le contenu en détail:

  1. Hurt By Love
  2. One Ugly Child
  3. Lonely And Blue
  4. Our Little Rendezvous
  5. Guitar Boogie
  6. Too Much Monkey Business
  7. Sect Appeal
  8. Baby What’s On Your Mind?
  9. Cops And Robbers
  10. Easy Rider
  11. Bloodhound
  12. Bright Lights. Big City
  13. I Wanna Put A Tiger In Your Tank
  14. Be A Sect Maniac

Pour les reprises les spécialistes noteront la présence de titres de Charlie et Inez Foxx, Chuck Berry, Jimmy Reed, Bo Diddley, Larry Bright, Muddy Waters. Les originaux sont du groupe ou attribués au producteur. Vous remarquerez au passage qu’ils s’amusent à faire des jeux de mots avec les titres et le nom du groupe « Sect Appeal » ou « Be A Sect Maniac ». Les interprétations ne manquent pas de punch, c’est même de temps en temps assez sauvage, mais toujours très classe. C’est un album indispensable pour les amateurs du genre et une belle découverte pour ceux qui considèrent que la variété, on en a vite fait le tour.

Pour la suite, le groupe continuera de s’illustrer en ne faisant rien comme les autres. L’année suivante, ils sortent un album qui contient de la musique country « Country Sect » et un 4 titres « The Sect Sing Sick Songs », faisant la part belle aux titres ayant la mort pour thème. En 1966, c’est un album « The Rock Sect’s In » où figure « Why Don’t You Smile Now » en version originale. Ce titre sera repris par le… Velvet Undergound, rien que ça! Si le groupe reste peu connu en Angleterre, ils explosent en Suède où ils obtiennent un succès pas possible avec une reprise de « Little Egypt » des Coasters dans une version pour le moins succulente. Cela leur vaudra un album typiquement suédois, certainement le plus rare de leur discographie, j’ai mis 30 ans pour en trouver une copie et je l’ai payé nettement plus cher que le premier.

En 2013, le groupe existe toujours avec Don Craine et Keith Grant, respectivement guitariste rythmique et bassiste et aussi les deux chanteurs attitrés, survivants du groupe original. Au fil des ans ils ont enregistré ici et là quelques galettes dont la plus exotique est un album (excellent) de punk sous le nom F.U.2, album publié en France en 1977, sûrement un des rares albums punk enregistré par des presque quadragénaires. Sous le nom de Haedcoats Sect, ils ont collaboré avec Billy Chiddish un déroutant et intéressant personnage, à la fois musicien, écrivain, poète et peintre.

Vous avez vos livres de chevet? J’ai des disques de chevet et assurément « The Sect » en est un!

L’album en entier

Nos disques mythiques (9)

Les Sorrows ont une carrière plutôt brève, tout se joue pour le meilleur entre 1965 et 1967. Ils furent heureusement assez vite récupérés par l’histoire qui les encensa une dizaine d’année plus tard, en laissant quelques regrets. Il est de bon ton aujourd’hui d’acclamer tout ce qui a pu enregistrer le moindre disque dans les années 60, le plus souvent d’obscures créations qui méritent de le rester. Et puis il y a les autres, ceux qui proposèrent du matériel créatif, mais qui eurent de la peine à s’imposer au premier plan. Les Sorrows c’est un peu cela, à peine un peu plus.
Ils viennent de Coventry et cherchent à Londres de quoi faire fortune. Ils réussissent à se faire signer pour le compte des disques Piccadilly, une sous-marque de Pye. Leur musique est plutôt remuante, ils sont habillés de noir sur les photos et se donnent un petit air de méchants. Ils enregistrent deux disques qui passent complètement inaperçus. Pour le troisième, les choses bougent. Ils ont la chance de rencontrer un compositeur producteur de talent, Miki Dallon. Ils enregistrent une de ses compositions « Take A Heart »  aussi enregistrée par Boys Blues.  C’est assurément le truc qu’il faut pour briser la glace. Le titre est très original, l’intro avec la batterie et la guitare basse qui suggèrent un battement de coeur. Le tempo est plutôt calme, rompu au milieu du disque par un solo de guitare explosif. Bien que pas très commercial, le disque réussit quand même à se hisser au milieu des charts, leur offrant une mise en lumière bienvenue. Cela encourage la maison de disques à publier leur unique et très rare album. En France, l’accueil est plutôt bon, les titres sont édités sous la forme habituelle en 4 titres, reprenant les deux titres du 45 tours anglais précédent pour compléter. Un peu plus tard sortira aussi l’album, identique avec un lettrage plus visible. Ils sont bien épaulés par le magazine Disco Revue qui publie quelques éloges sur le groupe suite à leur passage à Paris au fameux club, La Locomotive. Le phénomène ne gagnera jamais les grandes foules, mais sera bien suivi par les plus branchés qui achèteront leurs disques et qui nous permettent aujourd’hui de s’en procurer une copie avec parfois bien de la peine. Avec le temps et la réputation acquise plus tard, cela en fait un groupe où toutes les pièces originales ont valeur de pièce de collection avec un prix en rapport.
Cette publication, magnifiée par « Take A Heart », rappelle que 1965 fut un grand cru dans l’histoire de la musique, une année de transition entre un certain passé et un avenir prometteur. Les Sorrows avaient un potentiel certain d’excellents musiciens, potentiel certainement mal exploité par manque de réussite commerciale. Pour s’en persuader, il suffit d’écouter le disque suivant « You Got What I Want« , qui ne sortira jamais en France bien qu’il existe un second 4 titres postérieur, encore plus difficile à dénicher.
Leur fameux titre fut aussi enregistré en allemand et en italien. La version italienne connut un bon succès en Italie et leur permit de démarrer une seconde carrière assez fructueuse, mais moins intéressante. Elle se poursuivit jusque à la fin des années 60. En 1966, Don Fardon, le chanteur, quitte le groupe et entame un carrière qui sera ponctuée par un hit international en 1969, « Indian Reservation« . En 2012, une réincarnation du groupe est remontée sur scène.

Teenage Letter

Baby

We Should Get Along Fine

Pour la tv allemande en live