En passant

Dimanche en quelques manches de printemps (7)

Deux fois des trucs cool

Nat King Cole – My True Carrie, Love

Peter paul & Mary – This Train

CHANSONS
MONUMENTS

Chansons qui ont un brin d’Ă©ternitĂ©

Pendant la guerre 1939-1945, une des rares choses qui fit l’unitĂ© en amis et ennemis fut une chanson. Les paroles sont d’un poète et officier allemand, Hans Leip, qui la composa lors de la guerre prĂ©cĂ©dente en 1915. Il raconte l’histoire d’un homme partagĂ© entre deux amours, Lili et Marlene. Le texte plait Ă  une chanteuse allemande très populaire dans les cabarets lors de la montĂ©e du nazisme, Lale Anderson. Elle demande alors Ă  deux compositeurs de mettre le poème en musique, un dans une version romantique, l’autre dans une version plus martiale. Ce fut la deuxième version qui fut retenue et le disque publiĂ© en 1939. Ce fut un bide total, seuls quelques exemplaires furent vendus.
C’est la guerre qui vient Ă  son secours. Elle est programmĂ©e par certaines radios de propagande allemande, elle rappelle la patrie Ă  certains soldats loin de leur pays, mais elle est aussi Ă©coutĂ©e de l’autre cĂ´tĂ© et Ă  peu près tout le monde la trouve jolie, on se fout de sa provenance. Goebbels en fait enregistrer une version anglaise Ă  Lale Anderson, il pense ainsi dĂ©moraliser les ennemis. L’effet est plutĂ´t contraire, car le succès devient quasiment international et elle est enregistrĂ©e dans plusieurs langues. Marlène Dietrich finira de la populariser en la mettant Ă  son rĂ©pertoire lors de ses tournĂ©es avec les AlliĂ©s.
On pourrait penser que Lale Andersen fut une militante nazie, mais ce fut mĂŞme loin d’ĂŞtre le cas. Elle fut mise Ă  l’Ă©cart pour avoir giflĂ© l’adjoint de Goebbels, un peu trop entreprenant lors d’une soirĂ©e dansante. Son fils fut envoyĂ© sur le front russe en reprĂ©sailles. Elle termina la guerre sans trop de casse et devient mĂŞme une grosse vedette après la guerre. Elle participa Ă  l’Eurovision en 1961.

Première version enregistrée, Lale Andersen, 1939

La version en anglais de 1942, titrée Liliy Marleen

Des versions enregistrées pour la BBC

The Deejays – Dimples (1965)

Purple Heart – September’s Song (1970)

Los Canarios – What Can I Do For You  (1968)

Marquis Of Kensington – The Changing Of The Guard (1967)

Microbe – Groovy Baby (1969)

Surtout besoin de retrouver la terre ferme…

La musique c’est aussi ça…

Trois fois Frank Marino, très Jimi Hendrix…

Talkin’ About A Feelin’

She’s Not There / Crossroads

Sister Change

Nedra Talley (1946 – 2026)

Elle Ă©tait la dernière survivante du fameux trio des Ronettes qui laisse une empreinte indĂ©lĂ©bile dans la musique des sixties et bien après…

Be My baby

Shout

En passant

Voyage dĂ©but de siècle (48)

CĂ©cile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette Ă©poque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystĂ©rieux d’autant plus que certains pays sont gĂ©ographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutĂ´t jouer Ă  la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiĂ©e en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idĂ©e de ce Ă  quoi ressemblait le monde au dĂ©but du 20ème siècle.

Fin du pĂ©riple dans cette rĂ©gion du Japon avec quelques observations sur l’art japonais. Dans un prochain article et prochaine Ă©tape nous irons Ă  Kioto.

Au retour, mes coureurs me persuadèrent de faire un dĂ©tour pour visiter Sengen, dĂ©esse des fleurs et de la montagne Fuji. Son temple, triomphe de la sculpture sur bois, me fit l’effet d’un lieu de plaisir, avec son jardin public, dans lequel des maisons de thĂ©, des boutiques et des places de jeux pour les enfants offrent au peuple tous les divertissements imaginables. Ici, comme Ă  Asakousa, des pigeons volent en tous sens, venant picoter le grain que l’on s’amuse Ă  leur jeter.
L’après-midi, je continuai sur Nagoya. La voie ferrĂ©e suit le littoral, offrant des coups-d’Ĺ“il enchanteurs sur la calme surface bleue pointillĂ©e d’innombrables petites Ă®les verdoyantes. La pluie se mit malheureusement de la partie, et je dus entreprendre, enveloppĂ©e jusqu’aux yeux, le trajet de la gare Ă  l’hĂ´tel. Car, pour garantir le voyageur, les boys Ă©tendent sur la jinrikisha une espèce de capote Ă  laquelle ils attachent une couverture en caoutchouc. On pourrait se croire Ă  l’abri lĂ -dessous, et pourtant une averse japonaise trouve moyen d’y pĂ©nĂ©trer.
La pluie ne cessant pas, je ne trouvai rien d’autre Ă  faire que de me rendre chez un artiste en cloisonnĂ© du voisinage. Cet art, dont on attribue l’origine aux Byzantins, fut introduit au XIVe siècle en Chine, et 200 ans plus tard au Japon, oĂą il produit, surtout depuis quelques annĂ©es, de pures merveilles. L’Ĺ“il ne se rassasie pas de la dĂ©licatesse de nuance, des couleurs opaques ou transparentes, de la beautĂ© et de la finesse d’exĂ©cution, des dessins qui reprĂ©sentent pour la plupart des plantes ou des animaux. L’un après l’autre, le vendeur sortait d’une boĂ®te ses vases prĂ©cieux, les dĂ©pouillait soigneusement de leur enveloppe de papier de soie et les dĂ©posait devant moi sur une table.
– Combien celui-ci? Je pense Ă  l’effet que fera dans mon salon ce vase avec ses poissons dorĂ©s chatoyant sur un fond de mer bleue.
– Quatre-vingts yen.
J’en prends un autre qui me paraĂ®t plus modeste.
– Deux cents yen!
En soupirant, je renonçai Ă  pousser plus loin les nĂ©gociations. A l’heure qu’il est, je regrette de n’avoir pas fait l’emplette, tout au moins, d’un de ces petits objets.
Le lendemain, munie d’une lettre de recommandation que M. M. avait pu obtenir pour moi Ă  Tokio, je me rendis au château, l’O-shiro, une des constructions les plus bizarres que j’aie jamais vues. Ce sont cinq maisons superposĂ©es qui vont se rapetissant en hauteur, avec un luxe inouĂŻ de toits retroussĂ©s entre lesquels des espaces blancs sont percĂ©s de petites fenĂŞtres. Sur le toit supĂ©rieur, il y a deux dauphins dorĂ©s, dont l’un eut une singulière aventure. EnvoyĂ© en 1873 Ă  l’exposition de Vienne, il fit naufrage avec le Nil de la Messagerie maritime, qui vint se briser sur le Mikomoto, Ă©cueil de la baie de Simoda. Ayant Ă©tĂ©, au prix de grands efforts, retirĂ© de l’Ă©lĂ©ment liquide, qui n’est pas celui qui convient Ă  un dauphin d’or, il put rejoindre son camarade et parade de nouveau sur le château de Nagoya.

Entrée du temple de Gongen et Torii

Au Japon, on prĂ©fère Ă  toute autre chose les objets d’art en laque; cette industrie est particulièrement florissante en ce moment et les prix atteignent des chiffres très Ă©levĂ©s.
Tout en admirant le panorama grandiose qui se dĂ©roulait Ă  mes pieds, j’avais escaladĂ© les centaines de marches taillĂ©es dans le roc jusqu’Ă  la terrasse du torii oĂą un matsou sacrĂ© Ă©tend ses branches au loin. La vue splendide mĂ©rite cette fatigante ascension. Au pied de la colline se tapit le petit village de Nekoya avec ses rizières et ses champs de canne Ă  sucre d’un beau vert clair; plus loin, derrière un promontoire, brille le miroir de la mer.
Ici, comme sur la montagne sainte, le premier bâtiment que j’aperçois sert de demeure au cheval sacrĂ©, simple figure en bois. A cĂ´tĂ© une fontaine, Ă©galement sacrĂ©e, de laquelle un bonze me versa quelques gouttes dans la main, dans l’attente de l’obole traditionnelle. En gĂ©nĂ©ral, la visite des temples n’est pas un plaisir bon marchĂ©; devant chaque sanctuaire se trouve un prĂŞtre ou un individu quelconque qui fait payer ce que l’on a pu y voir. Ces appels Ă  ma bourse me parurent toutefois moins dĂ©sagrĂ©ables que l’obligation de me dĂ©chausser Ă  chaque instant, ce qui, par la pluie surtout, est une vraie corvĂ©e.
Un dernier escalier, et j’arrive Ă  la Tour des tambours, pagode qui avait anciennement cinq Ă©tages; le shintoĂŻsme, par principe, en a supprimĂ© quatre. Plus loin, les kiosques: l’un, remise des cuirasses prĂ©cieuses et des vĂŞtements sacerdotaux, l’autre, cuisine oĂą l’on prĂ©pare les aliments sacrĂ©s. Enfin le temple peint en rouge, avec ornements en or sur fond noir Ă  l’intĂ©rieur. J’Ă©tais Ă  peine entrĂ©e qu’un bonze arriva et me mit dans la main deux bonbons, l’un blanc, l’autre rose, joliment dĂ©corĂ©s de trois feuilles d’asarum, armoirie des shogouns de la dynastie Tokougawa et du grand Jyeyasou.

Cérémonie

L’O-shiro fut construit en 1610 par une vingtaine de daimios, pour servir de rĂ©sidence au fils du shogoun Jyeyasou. A la chute de l’ancien rĂ©gime, le château devint le siège du dĂ©partement militaire; il a beaucoup souffert des dĂ©prĂ©dations d’officiers et de soldats, gent peu sensible aux beautĂ©s de l’art.
Nagoya, quatrième ville du Japon par sa population, est l’une de celles oĂą l’industrie dĂ©ploie le plus d’activitĂ©. Outre la damasquinerie dont j’ai parlĂ©, les habitants s’occupent de la fabrication des Ă©toffes de laine et de soie et de la porcelaine. Cette citĂ© possède une Ă©cole de mĂ©decine. J’y vis encore un beau temple, celui de Higashi-Hongwanji, de fière allure entre ses hautes murailles qui l’isolent du reste du monde. Il se distingue des autres sanctuaires japonais par l’harmonie des couleurs et la dĂ©coration sobre
de son intérieur. De vénérables matsous ombragent sa cour.
De Nagoya, je me rendis Ă  Kioto, ancienne capitale du Japon, oĂą j’eus le grand plaisir de retrouver mes amis J. qui rentraient d’un voyage dans le sud du Japon.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP