Des dessous pour un siècle (19)

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On ne verra plus cela avant un bon moment

La révolution de la minijupe colle bien à l’idée de la libération tout court. Les mouvements contestataires prennent une ampleur jamais vue jusque-là. En se servant d’une allégorie, la liberté de mouvement que permet la minijupe, on ne craint plus de s’asseoir en toute liberté, on ne se soucie plus de bien tirer sa jupe en bas, on arrive à une image suggérée de liberté. Elle peut justement se transposer aisément dans tous les autres domaines, la parole, la manière de vivre, contester à visage découvert la politique du pays dans lequel on réside. On le peut d’autant plus que la situation économique des pays occidentaux est florissante dans la plupart d’entre eux. Il y en a encore quelques uns qui sont un peu à traîne, notamment l’Espagne encore sous la dictature franquiste, mais on se soigne en avalant la potion magique, un condensé d’économie libérale. Le prix politique à payer est évident, chaque citoyen ouvre son caquet en fonction de ses revenus, plus il gagne plus son avis compte, le politique devient un exécutant plus qu’un libre décideur clairvoyant. Chacun, ou presque, y trouvera son compte selon sa vision de la société idéale et de sa liberté à la contester, mais le rêve ne sera pas éternel. La réalité économique d’aujourd’hui est là pour le rappeler, on ne devient plus tout à fait mendiant par philosophie, mais aussi par obligation. Néanmoins, les lumières allumées par les années 60 ne sont pas toutes éteintes, mais certaines ont de la peine à ne pas être soufflées par un vent autoritaire.

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La révolution, cette fois vestimentaire, ne s’arrête pas au collant. Dim, alors bas Dimanche, peaufine son empire et fait entrer dans le moeurs l’idée de marque dominante. On ne porte plus des collants, mais des Dim. C’est assez habile, car la marque ne prononce peu ou pas le mot collant dans ses publicités, elle se contente de montrer les jambes qui ne peuvent, bien évidemment, qu’être habillées par Dim. Même encore aujourd’hui, la marque reste dominante dans les rayons dédiés, il y a pratiquement toujours un coin Dim dans une grande surface. Ceci d’autant plus que le bas jarretière, qui existe depuis les années 50, est encore un secteur où il domine, après l’avoir relancé dans les année 80. De l’avis de la plupart des consommatrices, il semblerait que c’est un des plus « sûrs » question maintien.

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Annie Philippe, l’une de ces chanteuses qui arborait de minijupes et qui cinquante ans après en porte toujours avec classe

Playtex est un autre concurrent sérieux dans la lingerie en dehors de l’habillement de la jambe. Là aussi, le marketing fait ses ravages. On a encore en mémoire le Coeur Croisé ou la gaine 18 heures. Si la marque est encore aujourd’hui un No 1 mondial, elle a su s’attirer la clientèle en répondant à ses désirs. Acheter un soutien-gorge était un achat conjugué à une certaine idée de torture pour quelques unes. En lançant Confort en 1965, la variété des tailles et des bonnets offrent un éventail assez vaste pour répondre pratiquement à toutes les formes de poitrines, excepté peut-être les phénomènes mammaires. Le succès est assuré.

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Les autres accessoires, du moins ceux qui ont encore un mot à dire, se conjuguent entre la combinaison et le jupon traditionnel qui tend à disparaître, au profit du fond de robe. La femme d’alors n’a pas encore l’habitude de porter une robe ou une jupe à même le corps, il lui faut encore ce paravent entre tissus et peau. Ce n’est pas tout à fait un caprice. Si nous avons l’habitude aujourd’hui d’avoir des vêtements d’un confort absolu, on est encore dans une sorte de préhistoire dans le nouvel art de s’habiller. Les habits sont très souvent en matière synthétique, et si l’on ne crache pas le feu, les étincelles électriques sont connues de tous lors du port de ce type de vêtements. Alors, c’est une manière de ne pas être au courant à fleur de peau.

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Pour l’homme, les choses sont évidemment plus simples. Entre le slip et la camisole, peu de métamorphoses possibles. La pantalon taille basse est une tendance envers laquelle il faut sacrifier le slip qui remonte sous les aisselles, chers à nos pères. Il diminue sensiblement, frisant le cache-sexe et se pavanant sous un nom qui n’est pas entrée dans la langue française, le stockbrief. C’est un slip ultra-court avec une poche kangourou pour ranger les jouets de madame. Le boxer est l’ennemi juré du précédent, plus couvrant mais non dépourvu de fantaisie. On l’affuble de motifs dessinés, si ce n’est d’inscription humoristiques. Je me souviens d’en avoir porté un avec l’inscription zone dangereuse inscrit sur un dessin représentant un badge.

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Pour vous mesdames!

Pour le bas, c’est ce que j’ai appelé la traversée du désert, terme que j’ai souvent vu repris ailleurs. Pour être objectif, cette traversée fut plutôt brève. S’il disparaît de la vue quotidienne, il commence à envahir les magazines qui étalent des modèles portant de bas. Le cinéma s’y met aussi Malizia, avec Laura Antonelli en subjuguera pus d’un.  Comme je le disais ailleurs, la dernière femme que j’ai vu porter des bas, entendez par là une jeune femme, pas une vieille dame qui a gardé des habitudes, remonte à l’été 72. Le porte-jarretelles, qui avait disparu de la partie sous-vêtements dans le magazines de ventes par correspondance que j’ai lus, y figure à nouveau en 1974. Phénomène remarquable et très significatif, les jarretelles sont décrites comme ultra-minces, insoupçonnables sous la jupe. On entame la notion de lingerie de chambre à coucher. En quelques années, le bas a acquis cet odeur de souffre, lié au fait que de nombreuses prostituées offrent cela au client, en fines psychologues et aussi pour raccourcir le temps de travail, ajouterais-je en riant. Je cite une anecdote personnelle dont je ne suis pas fier. Pendant toutes ces années désertiques, j’ai côtoyé une femme qui ne portait que des bas, sans jamais avoir le moindre soupçon. On peut dire qu’elle cachait bien son jeu!

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Ne regrettons quand même pas trop le bon vieux temps, il ressemblait très souvent à cela!

La reconquête du bas va s’amorcer gentiment, sans jamais retrouver le lustre d’antan en quantité de ventes, mais il va devenir un mythe absolu dans les désirs les plus fous.

Nous en verrons le prémices  dans un prochain chapitre tout en jetant un regard sur les jupes des années 70.

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La minijupe, inconvénient pour certaines, régal pour les autres

Quelques dates

1966

Chine, révolution culturelle et petit livre rouge, tout un symbole.

San Francisco est en passe de devenir une capitale pour le peace and love.

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Scott McKenzie en sera l’incarnation commerciale la plus populaire

1967

Première greffe cardiaque au Cap par le professeur Barnard.

1968

Un fameux mois de mai qui trembler le pouvoir et éleva la contestation en institution.

1969

Premiers hommes sur la lune

A suivre

 

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