Eclats de nylon et vieux papiers (25)

Eclats de nylon et tout ça c’est du cinéma!

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

En juin 1940, l’armistice est signé, la France est occupée. C’est une lente réorganisation de la vie des Français sous la volonté des Allemands, tout est sous contrôle ou va le devenir. Du point de vue artistique, la France a un passé plutôt glorieux, même Hitler ne cache pas son admiration pour une partie de ce patrimoine. Il est bien évident que tout ce qui va à l’encontre des idées nazies est désormais banni de toute notion culturelle. Le cinéma, la radio, les journaux, sont des médias aisément contrôlables et on ne va pas s’en priver. Mais ils ne vont pas pour autant disparaître, ils vont continuer ou retrouver un souffle sous le contrôle de la censure. Le cinéma en est un bel exemple. D’abord on essaye, sans trop de succès, de soumettre au public français quelques films typiquement germaniques, malheureusement des films avec la propagande plus ou moins visible, et qui il faut bien le dire sont plutôt des navets. On peut aussi considérer le cinéma comme un soupape de sécurité pour l’envahisseur, pendant que les gens regardent des films, ils ne vont pas poser des bombes ou entrer dans la résistance. Bref, il fallait réorganiser le cinéma de manière plus nationale et nous allons en voir un aperçu, toujours à travers les vieux papiers…

Ce qui se passe ne coulisse est affaire d’historien, cela mérite des livres qui sont d’ailleurs écrits. Mais pour le public d’alors il fallait un trait d’union, le cinéphile d’avant guerre est toujours un client potentiel, encore faut-il qu’il sache où aller et qu’il puisse choisir son programme, le lien utile sera une revue publiée à partir d’août 1941, Ciné-Mondial, qui n’est pas exempte d’antisémitisme.

Cette revue, qui paraîtra hebdomadairement pendant 4 ans sera presque exclusivement consacrée au cinéma français, bien sûr celui qui est agréé par les occupants. La revue est propriété de l’ambassade d’Allemagne. Le cinéma français des années 30 est plutôt prestigieux, il accumule des classiques qui sont considérés mondialement au niveau de chefs-d’oeuvre. Etonnamment pendant l’occupation on ne va pas tourner que des navets, c’est même assez loin d’être le cas. Si l’on compare le nombre de films tournés pendant cette période et les traces positives qu’ils ont laissé dans l’histoire, on atteint un niveau de réussite assez élevé. Bien évidemment, on ne va pas tourner des films politiquement incorrects par rapport à l’occupant, mais cela laisse quand même un vaste choix possible, films historiques, histoires criminelles, films d’aventures, etc…

Et les acteurs et les réalisateurs dans tout cela? Il y a ceux qui refusent un cinéma collaborationniste et s’exilent comme Jean Gabin en 1941, ceux qui sont obligés de le faire parce qu’ils sont Juifs comme Marcel Dalio, ce qui brisa en partie une carrière prometteuse. Et il y a les autres, ceux qui restent et qui font avec, parce qu’ils n’ont pas d’autre moyens, parce qu’ils n’ont pas envie de faire autrement. Parmi ces derniers, il y en aura qui auront certains comptes à rendre à la libération. Chez les réalisateurs, Jean Renoir, un des plus prestigieux des années 30, fuit aussi aux USA en 1940. Son film La Grande Illusion est interdit dans l’Europe occupée. Parmi ceux qui restent, ceux de premier plan dont au moins un film est sorti pendant l’occupation, il y a notamment Marcel Carné, Christan-Jaque, Jacques Becker, Abel Gance, Jean Delannoy, Claude Autant-Lara, Sacha Guitry, Maurice Tourneur, Henri Decoin, Marcel L’Herbier, Marcel Pagnol, Georges -Henri Clouzot. 

La Continental est la principale maison de production active pendant l’occupation en France. Elle est financée par l’Allemagne et fut fondée par le ministre de la Propagande Josepf Goebbels. Ce dernier ne ménagera pas ses efforts pour attirer des grandes vedettes comme Marlène Dietrich, qui l’envoya sèchement balader. Il l’a remplaça par la Suédoise Zarah Leander, qui prit assez vite ses distances avec l’Allemagne dès 1942.

Eh bien, commençons un peu de parcourir cette revue en la décortiquant. En la feuilletant, nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur  les noms cités. Extraits du premier numéro.

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Le premier numéro, août 41, avec Danielle Darrieux en couverture. Elle était déjà célèbre à cette époque, comme actrice et comme chanteuse. Bien qu’ayant signé avec la Continental, elle mit sa carrière volontairement en pause pendant l’occupation en rompant son contrat. Elle a été active jusqu’à ces dernières années et fêtera bientôt son centenaire.

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A gauche: Yvonne Printemps et Pierre Fresnay, un couple au cinéma et la ville, bien qu’ils ne se marièrent jamais. Le passage de Fresnay à travers l’occupation lui valut quelques ennuis à la libération. Toutefrois, cela lui permit de tourner dans une des oeuvres majeures de cette période, Le Corbeau de Clouzot. Le film fut interdit à la libération jusqu’en 1947. Clouzot fut banni à vie, puis réhabilité. Il reprendra sa carrière et réalisera deux autres grand films Le Salaire De la Peur et Les Diaboliques.

A doite: Jean Tissier, un acteur relativement connu alors, mais qui va connaître une période très faste sous l’occupation, chose qu’on lui reprochera par la suite et qui mit sa carrière en veilleuse, ne tournant que des rôles secondaires. Fernandel est déjà une vedette depuis de nombreuses années. Il tournera aussi tout en poursuivant sa carrière de chanteur. Il n’est pas spécialement inquiété à la libération et continuera d’aligner nombre de films célèbres, allant du très bon au médiocre, sauvant souvent ces derniers. Jean Brochard, un de ces nombreux acteurs, que l’on aperçoit dans une multitude films incarnant les seconds rôles avec une certaine saveur. 

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Parfois, la production impose des acteurs germaniques ou met ses films en exergue. Ce sera le cas pour Heinz Rühemann, un acteur, réalisateur, producteur, qui sera pendant presque trois quarts de siècles, l’équivalent d’un Gabin allemand. 

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Quand la guerre éclate, Louis Jourdan est à l’aube de sa carrière. Il tourne un peu, mais s’engage dans la résistance, pas pour la galerie, mais en vrai patriote. D’une certaine manière, la France le lui rendra assez mal. C’est aux USA qu’il fera principalement sa carrière, par ailleurs très internationale, où il devient une star tournant avec les plus grands réalisateurs. Parfaitement bilingue, sans accent, il chante aussi et fera même du théâtre avec James Dean. Il est décédé en 1915, âgé de 93 ans. 

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La revue propose un jeu. Des cinéphiles sont photographiés à la caisse d’un cinéma.

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Il était presque naturel de proposer un article sur Edith Piaf, bien que sa carrière cinématographique soit très élémentaire. On parle néanmoins du film de 1941 dans lequel elle tient le rôle de Lili Talia, Montmartre-sur-Seine. On y retrouve Jean-Louis Barrault, Henri Vidal (futur mari de Michèle Morgan) et aussi Paul Meurisse, alors l’amant de Piaf. Même aujourd’hui, on ne sait pas très bien le rôle qu’elle a joué en tant que patriote. On lui attribue quelques faits de résistance par chemins détournés, mais rien n’est absolument certain. Le fait le plus sûr, c’est que contrairement à d’autres, elle ne manifesta pas de sympathies trop visibles envers  l’occupant, bien que parfois elle s’accommoda assez bien de leur présence.  Elle fut blanchie à la libération, ce qui une fois de plus et surtout dans bien d’autres cas, n’est pas toujours un certificat de virginité. 

Sources Gallica, BNF, DP

4 réflexions sur “Eclats de nylon et vieux papiers (25)

  1. Merci le Boss pour ce festival en n&b. Toutes ces belles femmes portaient du nylon au dessus du genou et les jarretelles étaient longues…longues. Quel plaisir pour mes yeux.
    Daniel

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