Bas nylon et un certain Jules

 

Ne serait-ce que par la chanson de Joe Dassin, tout le monde a entendu parler de la bande à Bonnot. Le personnage central, Jules Bonnot, n’est pas tout à fait un criminel comme les autres. Si certains de ses comparses hors de sa bande agissent essentiellement par esprit de lucre, lui est fortement imprégné d’anarchisme. Il s’est même marié et a eu des enfants. Il n’est pas né anarchiste, il a joué le jeu comme beaucoup de monde, tenté de gagner sa vie honnêtement. Il a un don, c’est un très habile mécanicien. Malgré tout, il est un syndicaliste très militant, il a les patrons dans le nez et le fait savoir. Il sera renvoyé de plusieurs places de travail, suite à son militantisme. Sans emploi et de plus cocufié par sa femme, il vit de petits casses et se spécialise dans l’ouverture des coffres-forts en ayant comme couverture de petits ateliers de mécanique dans lequel il répare des véhicules… qui lui servent la nuit pour aller faire des casses. Ceci se passe à Lyon en 1906 – 1907.

Ses convictions politiques ne tarissent pas, il fréquente toujours les milieux anarchistes. Ce sera dans les mouvances extrémistes de la capitale  française qu’il recrutera les membres de sa bande. On ne sait finalement qu’assez peu de choses de lui, il n’a jamais écrit ses mémoires, et pour cause. Ce que l’on sait, c’est ce qu’il voudra bien dire de lui à ses connaissances.

Voilà très brièvement tracé un portrait de Bonnot, ses débuts dans le métier dira-t-on.

En décembre 1911, Bonnot n’est encore qu’un bandit comme les autres, déjà en mal avec la police, mais pour laquelle il n’est pas encore une priorité. Il lui manque une chose, la célébrité et elle va venir le 21 du même mois.

Dans son genre, il sera un innovateur. Le premier casse en automobile médiatisé de l’histoire, c’est à lui qu’on le doit. C’est le premier western dans les rues de Paris avec une voiture volée, une Delaunay Belleville. Elle s’arrête, attaque un encaisseur rue Ordener, et repart. La police à beau arriver au triple galop, mais oui ils sont encore à cheval, mais les bandits, eux, sont déjà loin.

L’affaire eut un grand retentissement. Pour l’époque ce serait un peu comme si on braquait aujourd’hui une banque avec un drone. Je suis sûr qu’il y en a qui ont déjà cette idée derrière la tête. Pour ma part, je me conterai d’aller tirer du pognon avec ma carte, même si elle est modestement garnie.

Mais restons en 1911 et voyons le lendemain ce qu’en disait une partie de la presse à travers le « Petit Parisien », à travers les certitudes, les doutes, les bobards.

 

C’est dans une voiture de ce style que Bonnot et sa bande se déplacèrent ce fameux 21 décembre

Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui Bonnot exerce encore une certaine fascination, voire même de l’admiration. Chaque mouvance politique a ses héros, même s’il ne s’agit pas toujours de personnages très fréquentables. Bien des gens voient en Bonnot une anarchie qui dérive vers le banditisme. D’un autre côté, on mesure plus le poids de ses actes en les mettant dans la balance qui mesure le poids des inégalités sociales de la Belle Epoque. Dans les extrémités, il y a ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, et ceux qui n’ont rien en veulent un peu plus. Réduire l’anarchie à un glissement vers le banditisme est un raccourci qui ne fait pas appel à son essence réelle. Elle veut réduire la différence des classes et surtout supprimer les exploiteurs. Notre ennemi c’est notre maître, disait l’un d’entre eux. Que l’on soit riche ou pauvre, l’ennemi supposé se trouve bien évidemment à l’opposé, mais chaque bord à tort de vouloir provoquer l’autre. Malheureusement certains patrons, pas tous, ont honteusement profité, assez pour donner des arguments à l’opposition. L’anarchie, elle, a aussi alimenté ce qui pouvait la faire renier par les modérés et surtout l’opinion publique. Le phénomène existe toujours, mais peut prendre selon les époques d’autres visages. On ne parle plus d’anarchie, c’est un mot démodé, mais l’idéal d’une société meilleure existe toujours. Bonnet ne restera qu’un bandit pour le plus grand nombre. Au final on peut au moins lui reconnaître d’être mort pour ses idées, mort qu’il ne semble jamais avoir eu peur de regarder en face. 

Un journal c’est une tranche de vie, même si un événement défraie la chronique, la vie continue. En parcourant les autres pages on se fait une idée plus précise de ce qui se passait à ce moment là. On me prête assez souvent une bonne mémoire, c’est sans doute un peu vrai, mais j’ai un truc qui n’est pas infaillible, mais qui aide bien. Je fais souvent une association d’idées. Par exemple, quand l’homme a marché pour la première fois sur la Lune, j’étais en vacances. Alors si on me demande où j’étais en vacances en 1969, eh bien je repense à l’histoire de la conquête lunaire. Je peux même préciser que mon tube de l’été personnel était celui-ci que j’écoutais sur la plage avec un mange-disques. Et aussi que j’avais dragué une fille qui s’appelait Irène. 

Un des gros tubes de l’été c’était celui-ci :

Mais revenons à notre journal. En lisant l’article avez-vous eu une idée du temps qu’il faisait lors du casse ? En lisant les nouvelles, on peut supposer qu’il ne faisait pas soleil. En effet, une tempête qualifiée d’ouragan sévissait sur la Bretagne. Comme Paris n’est pas si loin, quelques effets de cette tempête devaient se faire sentir sur Paris. Maintenant vous pourrez noter, même si de peu d’utilité, que le jour de l’attaque il y avait une tempête en Bretagne. Espérons que Bonnot n’avait pas oublié son parapluie…

Il n’y a pas qu’à la rue Ordener que ça pétaradait…

Une dernière cuite… 


Où l’on reparle d’anarchistes et d’un anarchiste au nom marrant…

Bientôt Noël, on va se faire une de ces bouffe!

Pour anarchistes en voie de reconversion…

Source Gallica, BNF, DP

5 réflexions sur “Bas nylon et un certain Jules

  1. Bonjour Mr Boss,

    Voilà une tragédie enfouie dans la mémoire collective.
    C’st vrai que « la Belle Epoque » a vu l’éclosion de groupuscules anarchistes en France et aussi chez nos voisins.
    Ainsi, dans sa première série, « les Brigades du Tigre » ont repris le thème des anarchistes dans l’un de ces épisodes avec le même titre éponyme: LBDT intégrale 18DVD : saison 3 : épisode 16 : Bonnot et compagnie.
    Et puis nous sommes à quelques années de la Première Horreur Mondiale… L’Europe quitte le Moyen-Age et entre dans l’ère moderne. Et tout un chamboulement s’ensuit.
    Mais une version de leurs sanglants exploits a été aussi tournée au cinéma avec Bruno Crémer et Annie Girardot dans les rôles principaux. Ce film date de la période entre 1970 et 1975.
    Evidemment, le titre m’évoque le fameux « tube » de Joe Dassin (tout comme « les Dalton » : Tagadin … tagadin…. voilà les Dalton…)
    Bonne journée. Peter Pan.

    • Merci Peter,

      La « Belle Epoque » n’en avait que le nom. Les « Brigades du Tigre », j’aime beaucoup, le seul défaut c’est que les histoires ne sont pas toujours situées très juste dans le temps. Cela est perceptible quand on connaît un peu la « petite histoire ». Certains personnages, faits, ont existé d’autres sont de la pure fiction. Cela reste néanmoins une très belle série que je regarde encore de temps en temps. Le film sur Bonnot date de 1968, il y a aussi Jacques Brel. Je ne la’i pas vu, mais il faudrait que je le regarde si j’en ai l’occasion. Pour être honnête, je suis toujours assez déçu des livres ou célébrités adaptés à l’écran. Je n’approuve pas le côté bandit de Bonnot, mais j’ai une certaine admiration pour son parcours avant qu’il ne devienne ce pour quoi il est connu. Le monde est hypocrite, ce qu’il a fait à côté de ce que l’on peu voir dans l’actualité aujourd’hui me semble presque une anecdote. Il y a des gens qui meurent par centaines ici ou là, de faim, de misère, sous les balles d’un fou qui n’a même pas l’excuse d’avoir un idéal, et tout le monde s’en fout ou presque. En avoir conscience est déjà un début, mais c’est bien peu.
      A bientôt pour la suite

  2. Bonsoir Mr Boss,

    Merci pour ces précisions sur le film . J’ai vu ce film parce qu’il y a une douzaine d’années certains éditeurs vidéos avaient ressortis en kiosque les films policiers avec certaines vedettes. Pour la date, j’ai hésité sur la décennie. En 2006 (?), est sorti le film intitulé  » les Brigades du Tigre » avec Clovis Cornillac dans le rôle du commissaire Valentin et je suis allé le voir par curiosité. On a souvent tendance à comparer les séries et l’unique opus tiré du scénario original. Rires.
    Je suis bien d’accord avec vous: les faits divers tragiques, rapportés à la une des journaux qui semblaient extraordinaires il y a un siècle seraient presque banals de nos jours. Le tragique fait-il encore recette ?
    Bonne soirée.
    Peter Pan.

    • Merci Peter,

      J’ai aussi vu le film, ça ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. C’était un moyen d’exploiter le renommée de la série qui bénéficie encore aujourd’hui d’une certaine renommée.
      Un bel exemple sur le flottement historique de la série. Le premier épisode se situe en 1907, dans le même épisode on découvre que la brigade devient motorisée avec les bagnoles de l’époque. Ce n’est qu’après l’histoire de Bonnot 1911-1912 qu’elle sera vraiment motorisée. Dans l’article du journal, il est fait mention du manque de moyens de la police face au banditisme, bien mieux organisé et surtout mieux équipé. C’est un vieux serpent de mer, encore aujourd’hui la police se plaint du manque de moyens. Il n’en reste pas moins que c’est un série plus qu’estimable qui a le parfum d’une époque. Mais il ne faut pas prendre des cours d’histoire avec son contenu.
      A bientôt
      Bonne soirée

  3. Bonsoir Mr Boss,

    Je pense que Victor Vicas a du s’inspirer des comptes rendus des enquêtes de l’époque pour écrire les scénarios tout en s’accordant une certaine distance avec la réalité historique. Cependant, cela nous replonge dans une époque guère plus reluisante qu’aujourd’hui.
    L’épisode que vous évoquez s’intitulait : « Ce siècle avait sept ans ».
    La série a été réalisée à deux époques différentes en 1971 et 1982.
    D’autant que les directeurs des « Brigades » sont joués par François Maistre pour la première et par un autre acteur dans la seconde.
    Bien que ces trois acteurs ait eu leur heure de gloire avec cette série, ce fut ensuite silence radio. En revanche, l’acteur JC Bouillon nous a quitté peu avant les vacances d’été.
    Il y a aussi des séries que j’ai beaucoup apprécié étant gamin : « Les aventures de Vidocq » avec bien sûr le malicieux Claude Brasseur dans le rôle-titre et ses acolytes: Desfossés, le Marquis, le Docteur, l’Acrobate et l’Aveugle. Et bien sûr l’inspecteur Flambard, qui exècre Vidocq et ses méthodes et rêve d’envoyer tout ce petit monde derrière les barreaux…
    Et j’allais oublier: « Schulmeister, l’espion de l’Empereur » , joués par Jacques Fabbri et Roger Carel .
    A cette époque, il y avait sur l’actuelle TF1 l’émission « Samedi est à vous » (présentés par Sophie Darel et Bernard Golay) de 14 h à 18 h qui proposait les séries que j’ai cité après le choix des téléspectateurs…
    Vous connaissez certainement cette émission. Belle époque d’insouciance. Mais c’était avant… Rires.
    Bonne soirée. Peter Pan

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