Bas nylon et miracle

 

Cinéma

Le « Miracle à Milan » est un film de Vittorio de Sica sorti en 1951 qui récolta plusieurs récompenses dont le grand prix au festival de Cannes la même année.

Disons-le tout de suite ce film ne fait pas toujours l’unité, certains « spécialistes » de cinéma qui n’ont jamais tourné le moindre bout de film le qualifient de navet. Il est vrai qu’ils sont peu nombreux. Ce n’est pas parce qu’il est un de mes films préférés que je vais prendre ma mitraillette pour les trucider. Je ferais juste remarquer que s’il est à classer dans le néo-réalisme italien de l’après guerre, c’est avant tout un film fantastique. A partir de là, tout est permis il n’y a plus de logique à respecter, juste à se laisser aller et surtout succomber au charme qu’il dégage. Si cette magie est inaccessible à certains, tant pis pour eux, moi j’y trouve mon compte.

Je ne pense pas être un cas unique, mais ce que je cherche dans un film c’est qu’il me surprenne, que je devine pas déjà la scène suivante. Avec ce film je suis comblé, rien ne se devine d’avance, tout se découvre. C’est une ambiance très italienne, sans doute pas toujours accessible à un spectateur d’une autre culture. Je pense que pour apprécier une bouillabaisse à sa juste valeur, il faut être des environs de Marseille, un Japonais peut trouver cela très bon, mais c’est un hasard car ce plat ne fait pas vraiment partie de sa culture. Il est en de même pour ce film, pouvoir le suivre en version originale est un avantage certain, de plus un connaisseur remarquera qu’il est parlé avec l’accent milanais-lombard, ce qui ajoute une touche supplémentaire.

Le plot

L’histoire commence comme de juste par un enfant trouvé dans un chou, jusque là c’est évident. C’est une trépidante et généreuse grand-mère qui le découvre et qui l’élève. Quand elle meurt, Toto c’est le nom de l’enfant, finit à l’orphelinat. Quand il en ressort une fois adulte, il s’est métamorphosé en un bonhomme empli de bonté et doué d’ingéniosité. Il erre dans les rues de Milan couvertes de neige à la recherche d’un endroit pour dormir. Alors qu’il regarde les belles dames en robe longue qui sortent de la Scala (ma mère qui est milanaise m’a dit avoir fait cela dans les années 30), il pose parterre son maigre bagage, une petite valise en cuir qui ne contient presque rien, pour applaudir le défilé. Un vagabond qui passait par là la lui vole et Toto le prend en chasse et le rattrape. Il ne le traite pas de voleur mais lui dit qu’elle ne contient presque rien. La vagabond lui affirme alors que c’est la valise qui l’intéresse, alors Toto lui en fait cadeau et le vagabond en a presque les larmes aux yeux. Comme Toto est à la recherche d’un endroit pour dormir, son voleur lui offre l’hospitalité dans ce qu’il appelle sa maison. En fait de maison, c’est une espèce de cabane avec un toit en tôle dans un terrain vague à côté de la voie de chemin de fer.

La matin, il découvre qu’il a atterri dans une sorte de cour des miracles où vivent tous les laissés pour compte de Milan. Comme il est plein de bonnes idées, il décide de donner du courage à tous et d’organiser une vie meilleure avec les moyens du bord. Petit à petit l’endroit devient un petit village où s’installe un semblant de bonheur de vivre avec des choses simples. Au fil de l’histoire on découvre divers personnages vivant dans cette cour, chacun avec ses petites misères, ses envies, ses espoirs ses petites combines, le tout présenté un humour présent tout le long du film. Toto n’a pas son pareil pour se mettre à leur niveau, déformant son visage en saluant un bonhomme atteint de ce désagrément, marchant à l’équerre quand il en rencontre un autre qui se plaint de sa petite taille, se tenant les reins et en mimant la douleur avec celui qui souffre d’une sciatique. Le seul é n’y pas trouver son compte est Rapi, un snob et crâneur qui méprise tout le monde et prend tout les chose de haut.

Un jour débarque un riche hommes d’affaires, Mobbi,  qui veut racheter le terrain. Il est étonné de le voir occupé par cette foule de misérables, qui se fait menaçante quand on parle de les évacuer. Dans un premier temps, il compose et se fait passer pour une personne qui comprend leur malheurs et s’en va sous les acclamations de la foule. On croit la partie gagnée, mais quelques temps plus tard, en organisant une fête on plante un mat de cocagne et du pétrole jaillit. Le pleutre Rapi va avertir Mobbi de la découverte et bien évidemment  veut chasser tout le monde de son terrain. On réquisitionne la police, l’armée pour les chasser. Et que peuvent faire les gueux contre cela ?

Le ciel va les aider. La vieille femme qui a trouvé Toto dans le chou, revient brièvement de là-haut et lui donne une colombe qui peut exaucer n’importe quel voeu. Alors va commencer un combat entre Mobbi est ses sbires qui devront lutter contre la magie et le surnaturel. Mais avant. tout le monde va profiter des pouvoirs de la colombe pour satisfaire ses envies, qui un manteau de vison, qui une radio, qui des millios de lires. La file d’attente est longue, mais on patiente. Ensuite…

Comme je l’ai dit, c’est un film qui va à la rencontre du fantastique, il faut d’abord le regarder sous cette angle. Après on peut l’aborder de plusieurs manières, une peinture de la réalité sociale d’après guerre, une comédie franchement drôle même si le sujet ne d’y prête pas vraiment, un film qui surprend par son inventivité ne lassant jamais le spectateur deviner la suite. Beaucoup de choses sont caricaturées, poussées à l’extrême,  mais c’est un régal.

Vittoria de Sica a choisi comme pour son célèbre « Voleur De Bicyclette » de faire confiance à des acteurs non professionnels. C’est un choix judicieux, car ils sont tous excellents, même les professionnels, Paolo Stoppa (Rapi), Guglielmo Barnabo (Mobbi) notamment. Il faut quand même laisser une chose aux Italiens, c’est peut être le peuple le plus naturellement acteur. Alors pro ou pas.

C’est un film qui a laissé une date importante dans l’histoire du cinéma. Le spectacle défile sur l’écran, on peut le regarder comme un simple divertissement, mais il cache bien plus de choses que les images peuvent le suggérer. En analysant les scènes on peut remarquer que c’est un film très complexe de par ce qu’il peut suggérer au spectateur, c’est une sorte de chasse au trésor pour les allégories et les métaphores. C’est un film résolument optimiste, il montre que des choses très simples peuvent devenir des merveilles pour qui sait les saisir. Les âmes simples ont la place du roi et les puissants sont les fous du roi. C’est une merveille!

Distribution

  • Emma Gramatica as La vecchia Lolotta
  • Francesco Golisano as Totò
  • Paolo Stoppa as Rappi
  • Guglielmo Barnabò as Mobbi
  • Brunella Bovo as Edvige
  • Anna Carena as Marta, la signora altezzosa
  • Alba Arnova as La statua che prende vita
  • Flora Cambi as L’innamorata infelice
  • Virgilio Riento as Il sergente delle guardie
  • Arturo Bragaglia as Alfredo
  • Erminio Spalla as Gaetano
  • Riccardo Bertazzolo as L’atleta
  • Checco Rissone as Il comandante in secondo
  • Angelo Prioli as Il comandante in primo
  • Gianni Branduani as Totò at eleven years

Autour du film

L’histoire est tiré du romam « Toto il buono » de Cesare Zavattini », ce dernier étant aussi un scénariste qui a beaucoup oeuvré pour le néoréalisme italine.

Pierre Bellemare, la célèbre raconteur d’histoires, a dit que c’était son film préféré

Des acteurs non professionnels ou débutants qui apparaissent dans le film, peu trouvèrent un suite de carrière cinématographique. Seul le rôle principal, Francesco Golisano apparut dans quelques films avant d’arrêter complètement vers 1955. 

7 réflexions sur “Bas nylon et miracle

  1. Bonjour,
    Oui il faut voir ce film de l’intérieur, en surface on ne capte rien, il faut le voir plusieurs fois à mon avis.
    Bonne semaine

  2. Bonjour,

    Le cinéma italien est particulier. En majorité les scénarios s’inspirent des drames du quotidien et donnent une humanité profonde aux artistes.
    Ce film me fait penser à « Archimède le clochard » avec Darry Cowl et Jean Gabin en vagabond malicieux et philosophe. Le contexte , certainement. Je ne connais pas ce film . Merci de me le faire découvrir.
    Peter Pan.

    • Merci Peter,

      Je dirais que le « Miracle » s’approche plus de « La Charrette Fantôme » de Duvivier que du film à Gabin, mais ce n’est pas complètement faux, il y a l’humour à travers les gens de petite condition, ce qui est absent du film de Duvivier. C’est même un des très bons rôles à Gabin, il est assez remuant.
      Pour le « Miracle », c’est à voir absolument si l’occasion se présente.

      Bonne semaine

  3. Bonsoir Mr Boss,

    Je prend note de votre bon conseil.
    Avec l’âge, Gabin a interprété des rôles imprégnés d’une certaine sagesse que ce soit « La Horse » ou « Un singe en hiver » entre autre.
    Des rôles plus dans le moule de son tempérament naturel. A la fois bougon et terriblement paternaliste. C’est d’ailleurs souvent ses rôles , dirais-je, « à l’automne » de sa vie, qui ont été diffusés à la TV. Ils partageaient certainement une affinité avec la plupart de ses fans.
    Pour mémoire, mon papa appréciait les rôles de Gabin âgé, beaucoup plus que ceux de sa carrière d’avant-guerre.
    Concernant le film de Duvivier, le scénario n’est-il pas basé autour d’une légende, à l’image du film avec Pierre Fresnay ? Le titre me rappelle un film . Lequel ? Ma mémoire m’échappe…
    Bonne soirée. Peter Pan.

  4. Merci Peter,

    Entre les deux mon coeur balance. J’aime le Gabin des débuts parce qu’il figure dans pas mal de films qui sont des perles. De l’autre côté, le Gabin plus âgé est plus vrai, je pense qu’il est plus naturel, mais que les films à part certains sont plus quelconques. Honnêtement je pourrais dire que j’aime tout Gabin pour des raisons différentes.
    Le film à Duvivier reprend le thème de la mort avec sa charrette qui va chercher les morts et qui doit changer de conducteur chaque fin d’année à minuit. A chacun d’éviter d’être là à l’heure fatidique. Les milieux où se déroule l’histoire est celui de la cloche de bois, les misérables, les mendiants, qui n’y peuvent pas grand chose. C’est en cela que je le compare au « miracle ». Le rôle de Gabin est plus un clochard par conviction, brillant, beau parleur, instruit. Tout ce que ne sont pas ceux du « miracle », les écorchés de la vie, les sans instruction, les pas de chance.
    Bonne soirée

  5. Bonsoir Mr Boss,

    Tous ces drames donnent une belle leçon de vie… Et le cinéma est parfois comme une tranche de vie recomposée. Chacun de nous peut peu ou prou s’identifier à un personnage qui semble tellement lui ressembler le temps d’un long métrage.
    Dans ma formation de documentaliste à Toulouse, mon cursus comportait un module  » analyse filmique » qui nous permettait de comprendre le découpage d’un film selon le scénario original. Et j’ai trouvé cela intéressant. D’autant que la BD emprunte beaucoup au 7è. Art dans ses techniques de mise en images.
    D’ailleurs, l’examen pour ce module consistait à une mise en images par le dessin d’un scénario écrit fictif. Bel exercice. Fermons la parenthèse.
    Merci pour toutes ces jeunes femmes aux poses lascives et court vêtues.
    Rires. Bonne soirée.
    Peter Pan.

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